Il y a de cela huit ans, un certain mercredi 20 août 2008, la ville de Bouira s’est réveillée sous une détonation. Une explosion dont le souffle a été immédiatement ressenti dans toute la ville et sa périphérie, et dont les séquelles demeurent vives jusqu’à présent pour les familles des 12 victimes employées auprès de la société SNC Lavalin. Des jeunes fauchés à la fleur de l’âge pour la plupart et qui avaient été recrutés par cette société d’ingénierie canadienne chargée de la réalisation des canalisations du transfert AEP du barrage de Koudiet Acerdoune. Le minibus Toyota dans lequel se trouvaient les victimes a été percuté par un véhicule de marque Clio bourré d’explosifs, conduit par un kamikaze. L’agence Djezzy, située à proximité se retrouvera également soufflée par l’explosion, et des dizaines de blessés ont été déplorés. L’hôtel Sofy abritant les locaux de cet opérateur de téléphonie mobile sera partiellement ravagé par cet attentat et de nombreux clients blessés, mais surtout traumatisés par ce qu’ils venaient de vivre. Ce n’est que bien plus tard, au niveau de l’hôpital Mohamed Boudiaf de Bouira, que la macabre liste sera affichée, et après que les chirurgiens mobilisés en cette occasion soient intervenus pour tenter de sauver les victimes grièvement blessées. Une liste affichant les noms de : Amrani Amrane (Tizi-Ouzou), Ghelmane Khaled (Tizi-Ouzou), Meghraoui Kamel (Tizi-Ouzou), Lakrout Farid (Tizi-Ouzou), Rebahi Azeddine (Médéa), Demouche Abdenour (Takerboust – Bouira), Hamoumi Sofiane (Takerboust – Bouira), Boutrik Kamel (Bouira), Kanoune Mohamed (Bouira), Gherbi Djamel (Bouira), Benyamina Karim (Ain Bessam – Bouira), Djouadi Abdeslam (Bechloul – Bouira). Ce jour-là deux attentats suicides ont été perpétrés à Bouira, à quelques minutes d’intervalle, l’un devant l’hôtel Sofy et l’autre devant le secteur militaire sis au centre-ville. Deux déflagrations qui précéderont durant toute la journée un incessant va-et-vient des ambulances et des véhicules de la Protection civile.
Au quartier de la CADAT
Au quartier de la CADAT, à proximité du secteur militaire, c’est un véhicule de marque Renault Kangoo, bourré d’explosifs et conduit par un kamikaze, qui heurtera de plein fouet le portail de l’institution militaire. Les bâtisses se trouvant aux alentours avaient été sérieusement endommagées et plusieurs personnes ont été blessées par les éclats de verre projetés sur plusieurs dizaines de mètres à la ronde. L’ex-ministre des Moudjahidine, Mohamed-Chérif Abbas, l’ex-ministre de la Santé Said Barkat, ainsi que l’ex-wali de Bouira, Ali Bouguerra, s’étaient alors rendus au chevet des blessés au niveau de l’hôpital Mohamed-Boudiaf, tandis que la population de la région affluait pour faire des dons de sang. Un immense élan de solidarité s’en était suivi, à tel point que les services de l’hôpital, débordés, avaient dû refuser l’accès aux donneurs de sang. En tout, ce double attentat-suicide aura coûté la vie à 12 civils et 45 blessés. Une journée fortement ancrée dans les mémoires, mais pas dans celles des officiels de la wilaya qui n’ont jamais cru bon d’organiser une quelconque cérémonie de recueillement en l’honneur de ces martyrs.
Hafidh Bessaoudi