La wilaya de Tizi-Ouzou, avec pourtant une assez bonne pluviométrie de plus bien captée au barrage de Taksebt, souffre presque continuellement du manque d’eau dans les robinets. Particulièrement en été. à ce sujet, M. Amar Berzouk, directeur de l’unité de Tizi-Ouzou de l’Algérienne des eaux (ADE), brosse un tableau peu reluisant de la situation.
La Dépêche de Kabylie : Dès le début de la saison estivale, l’alimentation en eau potable a fait défaut dans certaines communes. Comment expliquez-vous cette situation M. le Directeur ?
Amar Berzouk : Il est bon de rappeler que nous avons commencé à être rationnés dès le mois de Février, vu la réduction des réserves constatée dans le barrage de Taksebt. Néanmoins, nous pourrons faire face aux besoins des populations jusqu’au mois de novembre.
Et au delà ?
Ce sera l’alerte si les conditions atmosphériques restent inchangées. Quant à la saison estivale, je rappelle que nous avons mis le paquet en faisant fonctionner toutes les stations de pompage, au nombre de 170, à l’échelle de la wilaya. Nous produisons de 250 000 à 300 000 mètres cubes par jour, de quoi alimenter théoriquement toute la population. Mais, malheureusement, la distribution n’est pas faite équitablement, ce qui est dû à plusieurs paramètres qui provoquent des disparités. Nous, ADE, nous ne sommes pas assez présents sur le terrain pour assurer une distribution équitable.
Pouvez-vous expliquer les raisons de cette absence de l’ADE sur le terrain ?
Les principales raisons sont les manques de personnel, de matériel et de parc roulant. Nous manquons de tout et l’ADE ne peut pas fonctionner sans rien. Les citoyens ne cessent de nous accuser, mais faire face à 1 540 villages, ce n’est pas facile !
Les accusations sont en effet fréquentes et concernent notamment les fuites et les pénuries récurrentes…
Tout est relatif dans notre métier ! Tous les éléments cités ci-dessus concourent aux pénuries et aux retards dans les réparations des fuites.
Alors, quelle est la solution préconisée par votre unité ?
Nous procédons par ordre de priorité dans les réparations, afin de minimiser les déperditions. Franchement, nous sommes dépassés et ce n’est pas facile de gérer 7000 km de réseau dont les conduites sont vétustes et datent de plusieurs années.
Au niveau du ministère des Ressources en eaux, y a-t-il du nouveau pour atténuer les souffrances des populations en matière d’alimentation en eau potable ?
Au niveau du ministère, la problématique est posée, mais il faut trouver des issues. Il est regrettable qu’à chaque été nous vivions les mêmes problèmes. Il ne faut pas penser que l’ADE est la seule responsable. Sur le plan énergie, nous payons 5,40 DA le mètre cube, alors que le prix de base est de 6,30 DA. C’est l’affaire de tous et non de l’ADE seule. Les citoyens doivent faire attention à cette ressource qui tend à s’épuiser. Par ailleurs, n’utilisons pas cette absence d’eau à des fins électoralistes ou politiques.
Il y a des villages qui n’auraient pas d’eau depuis des semaines, pour ne pas dire des mois. Qu’en est-il exactement ?
Non, je ne suis pas d’accord avec vous ! Nous essayons de faire parvenir cette eau dans tous les villages et avec le peu de moyens que nous possédons. Toutes les chaînes fonctionnent. Il y a juste un problème dans la distribution qui n’est pas équitable.
Quelles sont les solutions que vous préconisez pour les piratages ?
Nous sommes «volés» quotidiennement, à tel point que 40% des avoirs restent à recouvrir. Déjà que nous avons des problèmes avec les abonnés qui tardent ou refusent carrément de payer. Pour ce qui est des piratages, nous devons contrecarrer cette situation ! Et chacun doit jouer son rôle !
Quel est le montant des factures impayées ?
Nous perdons une moyenne 20 milliards de centimes par mois, faute de présence effective sur le terrain. Les pertes commerciales sont énormes, c’est un volume qui avoisine les 50% de notre production.
Cette absence sur le terrain n’a que trop duré n’est-ce pas ? Y a-t-il des solutions à cela ?
Actuellement, il y a des choses qui se dessinent. Nous pensons à la création de brigades, au moins 5 par daïra. Des plombiers-releveurs seront nécessaires et il faudra en recruter. Ce plombier pourra faire de la coupure, installer un compteur, faire le relevé faire du recouvrement. Nous pouvons passer à un mode de coupure assez rapide avec la généralisation des robinets inviolables. En ville, c’est déjà fait ! C’est aussi un moyen de réduire le gaspillage et d’arriver à facturer toute l’eau que nous produisons et qui est estimée à 200 litres par jour et par habitant. Selon des calculs élaborés, nous constatons que l’eau est cédée par l’Etat gratuitement. Des efforts sont faits par l’Etat qui dépense des sommes énormes pour ce secteur.
Le barrage de Taksebt subit des pollutions continuelles et de toutes parts. Des mesures sont-elles prises ?
La première mesure doit venir des citoyens qui doivent arrêter de picoler, de rôtir et de manger tout au long du barrage, en laissant volontairement tous les déchets sur place, quand ils ne les jettent pas carrément dans l’eau. La création d’un service public de voirie est indispensable !
Parlez nous des projets ?
Des efforts vont se faire, tel le barrage de Si-Khelifa, celui de Souk N’Tléta et bien d’autres. Il y a aussi la mise en service de la chaîne de refoulement d’Aït Abdelmoumen, quant au projet de Bouzeguène, ce sera pour bientôt.
Un mot pour conclure…
Je tiens à rappeler que l’ADE n’est pas la seule responsable du problème d’eau au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou. Les populations doivent veiller à utiliser l’eau sans gaspillage. Arrêtons de faire du mal à cette précieuse ressource ! Arrêtons de faire du mal à ce service public !
Entretien réalisé par Arous Touil

