Autour de la terre et des paysans…

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Profitant de la célébration de la Fête du paysan et de la double commémoration du 20 août 1955 et du 20 août 1956, l'association Assirem Gouraya de Béjaïa a présenté une communication traitant du thème de la terre et des paysans durant la guerre de libération.

Celle-ci a été entamée par le rappel de l’importance de la terre, laquelle fut le sujet de la revendication du peuple algérien vis-à-vis des colons français qui avaient confisqué la majorité des terres cultivables. Le peuple autochtone était refoulé vers les montagnes rocheuses et les zones arides qui constituaient l’essentiel des domaines sur lesquels il puisait sa subsistance. La terre a constitué la raison principale de la déflagration générale de Novembre 1954, qui projetait de réinstaurer la souveraineté du peuple algérien sur ses terres spoliées par le gros colonat français minoritaire. Les paysans algériens étaient incultes et pauvres et la domination du colonat sur eux était totale et ce seront les élites algériennes qui travailleront à la reconscientisation des masses paysannes et prolétaires. C’est ainsi que la communication a été basée sur les paysans de montagne qui furent à l’avant-garde du combat libérateur du pays contre le colonialisme français. La vie du village kabyle en montagne a été le premier point développé par le représentant de l’association. Ainsi donc, pour ce dernier, le village kabyle est structuré de la façon suivante et autour de quelques éléments importants qui sont la mosquée, tajmaât ou assemblée du village, le cimetière et la fontaine. Ces quatre éléments sont reliés entre eux par une route qui fait qu’il y a toujours le bas et le haut du village. Cette structure simple permet aux habitants de contrôler toute arrivée de personnes étrangères au village. Si la personne visiteuse n’est pas prise en charge par les gens du «bas du village», elle le sera par les gens du «haut du village».

La mosquée, tajmaât, la fontaine et le cimetière, des éléments structurants du village kabyle

Les quatre éléments structurants du village kabyle de montagne sont typiques de l’architecture simplifiée du génie kabyle. C’est autour de ces quatre éléments que se tisse toute la vie sociale du village. La mosquée est ce lieu de prière où les hommes pieux se retrouvent 5 fois par jour pour accomplir leurs devoirs religieux dans un partage spirituel unique et sous la conduite d’un imam pris en charge par l’assemblée des villageois. Tajmaât ou l’assemblée du village se compose toujours de 12 éléments (villageois) parmi les plus sages avec un tamen choisi parmi eux. Chaque tribu est représentée par un ou deux éléments selon son importance au sein du village. Cette tajmaât est là pour assurer un travail social en faveur du village et des villageois, comme la construction de nouvelles maisons au profit des nécessiteux, projets au profit des villageois, règlement de litiges et contentieux… et l’imam n’intervient que pour donner sa bénédiction aux décisions de tajmaât. La fontaine ou thala est ce lieu de prédilection de la femme kabyle. C’est dans cet espace offert aux femmes que se transmettent les nouvelles, les informations… que se nouent de nouvelles alliances entre familles par des mariages. Le cimetière est un élément important dans la vie sociale du village kabyle et l’enterrement d’un villageois revêt un caractère solennel pour tous les villageois qui doivent y assister sauf pour des raisons de santé ou d’absence temporaire.

La femme kabyle, la pièce maîtresse de tout l’édifice villageois

Le rôle de la femme a été le deuxième point développé. La femme kabyle a toujours assumé des fonctions sociales dans le village où elle a évolué. De femme, elle passe au statut de mère en ayant des enfants, puis de grand-mère quand elle marie ses filles et fils. La femme kabyle a été sage-femme par héritage, croque-mort pour les femmes décédées dans le village, cultivatrice de ses terres et jardins, gardienne des traditions et coutumes des ancêtres et de leur culture, artisane dans plusieurs domaines comme la tapisserie, la vannerie, l’orfèvrerie… Tous ces savoir-faire ont constitué autant d’atouts qui ont fait de la femme kabyle la pièce maîtresse de tout l’édifice villageois. Durant la guerre de libération, la femme kabyle du village de montagne fut d’une grande utilité dans tous les domaines : renseignements, liaisons, ravitaillements, soins… La situation de l’agriculture de montagne et la préservation des espaces montagneux et des forêts a été la dernière phase de la communication. Dans son intervention, l’orateur dira que durant la guerre de libération, les paysans de montagne avaient fait le pari de travailler les terres ingrates que le colonat leur avait réservées dans les montagnes rocheuses et dans les zones arides. Et c’est ainsi qu’une agriculture vivrière vivace a vu le jour dans les moindres recoins de nos montagnes et les maquis, comme les villages n’ont jamais manqué de blé d’orge ou de légumes et fruits. La solidarité était de mise durant les récoltes de blé d’orge, d’olives ou autres et on pouvait avoir autant de mains à sa disposition pour toute opération agraire au profit d’un villageois quelconque. Cette agriculture vivrière de montagne a fourni à la Révolution le pain, l’huile, la viande, les fruits et les légumes mais après l’indépendance, un exode massif des populations vers les villes a vidé les villages de leurs substances et cette agriculture a perdu de son importance depuis. Nous pensons que les pouvoirs publics peuvent revenir à ce choix capital qui est la relance de l’agriculture vivrière de montagne avec des projets autour des axes suivants : eau, forêts, agriculture, élevages, artisanat… et ce dans l’esprit de se réapproprier tous ces savoir-faire qui faisaient la puissance et la force villageoise dans un passé récent.

Promouvoir une politique de développement en faveur des paysans de montagne

Durant la guerre de Libération, la montagne et la forêt ont constitué des lieux de refuges pour les milliers de moudjahidine de la Révolution et elles ont apporté des biens de consommation aux djounoud de l’ALN : bois, nourritures, habitats, matériaux divers pour la construction de casemates et autres abris. La montagne comme la forêt exigent de nous une politique réelle de protection de ces espaces vitaux et un programme planifié doit être mené par les pouvoirs publics sur plusieurs axes : promouvoir une politique de développement en faveur des paysans de montagne dans les domaines suivants : agriculture, élevages, artisanat, culture, traditions architecturales et écotourisme, tout en favorisant le savoir-faire local, encourager les paysans qui ont montré leurs capacités à produire en les dotant de machines agricoles et autres et leur assurer des formations adéquates dans les domaines qui sont les leurs, prévoir un volet en faveur de la femme rurale pour la préservation des métiers traditionnels qui ont tendance à disparaître, mettre au point une politique de préservation des espaces montagneux et forestiers en association avec les villages concernés. La Révolution nationale de 1954 nous a démontré l’importance de la montagne, de la forêt, du village et des citoyens de ces espaces. L’homme et la femme kabyles ont su apporter une contribution importante à cet effort de guerre en mettant à profit leurs biens, leurs foyers modestes, leurs arts dans tous les domaines. Aujourd’hui, il est plus primordial d’attribuer à cette montagne et à cette forêt, protectrices et nourricières, une reconnaissance nationale et ce par le développement d’une politique de renaissance en faveur des populations qui ont été tenues en dehors du développement national.

A. Gana

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