Draâ El-Mizan – Les rémouleurs très sollicités

A quelques jours de l’Aïd El Adha, les rémouleurs prennent place dans plusieurs coins de la ville. Le premier d’entre eux s’est déjà installé à la place du marché. En effet, contrairement aux anciens, ces nouveaux rémouleurs recourent à des meules électriques.  » Le dernier rémouleur a quitté la ville à la fin des années 80. C’était avec la méthode traditionnelle qu’il accomplissait cette minutieuse tâche. Il ne trichait jamais. Et puis, il était dans son échoppe durant toute l’année. C’était un véritable professionnel. Mais, depuis, on n’entend plus le bruit de son appareil. Parfois, il se déplaçait dans les villages de la région embarquant sa brouette, sa meule et tout son petit matériel », se souvient cet octogénaire. Celui-ci tenait une hache et un couteau de cuisine. Il attendait son tour tout comme de nombreux clients venus de tous les villages environnants aiguiser leur matériel à l’approche de la fête de l’Aïd. Eu égard à la file qui grandissait, le rémouleur recourait à des jetons qu’il distribuait aux personnes alignées devant sa meule qui grinçait.  » Je ne peux pas vous satisfaire tous en même temps. Ce travail exige de la patience. Si je ne me concentre pas bien, je risque de me blesser. Si vous voulez, je commencerai par ceux qui habitent loin », leur recommandera-t-il. Ainsi, il ramassa presque la totalité des objets contondants et leur remit des tickets. Chacun attendra son tour. Quant aux tarifs appliqués, ils varient entre cent et deux cent cinquante dinars selon  » l’arme » déposée. Les clients remarqueront tout de même que les tarifs ont quelque peu augmenté par rapport à l’an dernier.  » Déjà l’augmentation se situe entre cinquante et cent dinars par objet. Elle pourrait être revue à la hausse d’ici la veille de la fête », nous répondra un client qui venait de s’accomplir de cette tâche. Car, vraiment, c’en est une.  » Pour égorger son mouton, il faut avoir tous ces accessoires indispensables. Et puis, il faut qu’ils soient bien tranchants sinon vous risquez de rater votre rituel », nous expliquera une autre personne venue récupérer les objets déposés la veille. Par ailleurs, il nous a été donné de constater que même au niveau du forgeron, le seul en activité à la sortie de la ville en allant vers Tizi-Gheniff, il n’y a presque plus de rendez-vous.  » C’est le seul forgeron qui reste en ville. Il a remplacé son père parti en retraite. Mais, c’est beaucoup plus mieux que chez ces rémouleurs de notre temps qui ne sont pas vraiment expérimentés parce qu’ils utilisent des meules électriques qui pourraient facilement abîmer l’acier des couteaux et autres objets tranchants », estimera un septuagénaire qui nous avouera qu’il aiguise lui même ses objets en utilisant une pierre ronde et lisse sur laquelle il fait repasser la lame plusieurs fois. Dans certains villages de la région, ce sont les forgerons ambulants qui vont vers leurs clients.  » Nous attendons que notre forgeron vienne de Timezrit ( Boumerdès). D’ailleurs, auparavant, il venait chaque mardi. Mais, ces derniers temps, c’est par occasion qu’il le fait. Comme c’est le cas pour la fête de l’Aïd. Au plus tard, d’ici samedi, il sera là », nous confiera un habitant du village Tafoughalt. En tout cas, tout comme à chaque événement comme celui-ci, beaucoup changent de métier dans le seul but de gagner un peu d’argent.

Amar Ouramdane