Un miroir littéraire de l’actualité algérienne

Partager

Jours tranquilles à Alger, le nouveau livre d’Adlène Meddi et Mélanie Matarese, paru le 30 juin 2016 aux éditions Riveneuve, est un ensemble de chroniques qui parlent de l’Algérie dans tous ses aspects sociaux, économiques et politiques.

Ce sont des témoignages, du vécu et des constats. «En fait, «Jours tranquilles à Alger» est une collection des éditions «Riveneuve» en France qui s’intéresse à parler de la vie de tous les jours dans des villes pas du tout tranquilles au fait : Beyrouth, Kaboul, Ghaza, Tunis, le Caire… et le dernier de la série, Alger. Une manière de parler de ces villes, de ces pays, dont on ne connaît, en France ou en Occident, que ce que les médias rapportent quand il y a une crise ou un attentat. Or, dans ces villes, dans ces pays, il y a des gens qui vivent normalement, des enfants qui vont à l’école, des femmes qui se battent, des hommes militants, des gastronomies, des merveilles humaines, un patrimoine culturel, des sensibilités, des universités, des bars, des endroits pas du tout «dangereux» au sens occidental du terme… Donc Mélanie et moi on a raconté notre vie à Alger, en tant que journalistes, en tant qu’amoureux d’Alger, et du pays et aussi avec un regard double, un Algérien de naissance et une Algérienne de cœur qui aime ce pays et qui donne beaucoup pour lui par amour», nous dira l’écrivain Adlène Meddi sur l’idée de l’écriture de ce livre. «Il n’y a pas vraiment de message : ce sont nos impressions, au jour le jour, sur notre vie qu’on aime ici à Alger, sur nos ballades magnifiques ou douloureuses en Kabylie, à Tamanrasset, à Constantine, à Tébessa, à Relizane ou à Médéa… Ce sont nos témoignages très modestes sur ce qu’on vit en tant que personnes très attachées à cette terre pleine de surprises, riche de sa culture, si diverse malgré les apparences. Nous sommes contre le négativisme absolu développé même par nous-mêmes les Algériens. Nous aussi, nous sommes contre le discours officiel du «tout va bien» : la vie en Algérie est faite des haut et des bas, et souvent, c’est ce qu’on dit un peu dans nos chroniques, les hauts nous font vite oublier les «bas». Tous les deux, on apprend beaucoup grâce à notre métier de journalistes fouineurs et curieux, grâce aux superbes personnes qu’on découvre. Ce n’est pas un hasard si notre fille s’appelle Nedjma, allégorie de Kateb Yacine pour parler de l’Algérie» ajoutera-t-il concernant le contenu de ce livre passionnant, le moins qu’on puisse dire. «En vérité c’est un labyrinthe qui épuise et fascine. Ceux qui viennent d’ailleurs y laissent la chaussure à l’entrée puis s’y promènent pieds nus. C’est alors qu’ils comprennent que l’essentiel n’est pas sous les yeux. Il faut un guide pour les visiteurs étrangers qui viennent dans ce pays car il fonctionne selon une vieille recette de guerre ou de jungle : l’escamotage. Tout y obéit au couple réel/apparent : l’invitation mondaine, le pouvoir, les élections, les mœurs, le couple, l’amour ou le vin. C’est une terre où l’ombre et l’objet sont dépareillés. Il n’y a pas de guide, juste des pistes. Le pseudonyme y est plus consistant que le patronyme. Le soupçon est une lampe. Le soleil un faux panneau céleste. Dieu y est un poids (et mesure) et le ciel une preuve. La «maquisardisation» du réel, en somme. Donc on y a besoin d’un guide avant de céder à ce fascinant jeu de décodage qui reste la principale activité intellectuelle de l’étranger visiteur de l’Algérie. L’Algérie a du sens quand elle reprend les armes et les secrets. Elle en perd quand elle descend en ville, vers la plaine : l’ordre de la guerre devient désordre de l’urbain. La discipline du guerrier devient la licence vaniteuse du vétéran. La solidarité y devient nonchalance ou fatalisme. L’art de la guerre algérien. Ou l’art de ne rien faire quand on ne fait pas la guerre.» C’est cette vision qu’a voulu l’écrivain de la préface Kamel Daoud introduire dans ce livre dont les chroniques sont un miroir qui reflète l’actualité de ce peuple, tantôt ses misères et tantôt ses joies. Mélanie Matarese l’écrivaine du livre, est une journaliste française, installée en Algérie depuis 2006. De son côté son mari Adlène Meddi, est un journaliste algérien, à son effectif deux autres romans policiers, «le casse-tête turc» paru en 2012, et «la prière de Maure», en 2008.

Kamela Haddoum.

Partager