La commune d’Aït Yahia Moussa, dans la daïra de Draâ El Mizan, est l’une des communes les plus pauvres de la wilaya de Tizi-Ouzou. En plus de son relief montagneux, de son manque de foncier, elle n’a aucune ressource. Aucune entreprise aussi petite soit-elle n’est implantée dans cette municipalité créée en 1971. Cette commune a enfanté le colonel Krim Belkacem, signataire des accords d’Évian et l’un des premiers maquisards d’Algérie en 1947, il est connu pour avoir donné à la révolution algérienne un nombre de Chouhada qui avoisine le millier. Dans cet entretien, M. Bougheda Saïd, 8ème maire d’Aït Yahia Moussa, en parle.
La Dépêche de Kabylie: Vous êtes à la tête de cette APC depuis maintenant presque quatre ans. Quel constat faites-vous ?
Saïd Bougheda: Je dirai que ce n’est pas facile de gérer une municipalité qui n’a aucune ressource et dont la population est exigeante. Nous avons souffert énormément durant ce mandat parce que les défis à relever étaient nombreux et les problèmes que nous avons hérités de l’ancien exécutif étaient complexes. Tout de même, avec la volonté de notre exécutif et la disponibilité des autorités de la daïra et de la wilaya, nous avons répondu un tant soit peu à l’attente de nos concitoyens et à leurs préoccupations.
Pour commencer, quel est le secteur que vous jugez le plus développé dans votre commune ?C’est celui de l’éducation. En plus des 17 écoles primaires, nous avons un lycée et quatre collèges d’enseignement moyen. Durant notre mandat, nous avons mis en service au moins trois cantines scolaires, dont la plus importante est celle de l’école primaire d’Ighil El Vir pour plus de cent rations, celle de l’école d’Ath Salem, l’école primaire d’Iâzavène à Tafoughatl. L’autre réalisation est l’inauguration du CEM Base 5 venu remplacer celui du chef-lieu (frères Oudni) vétuste. Par ailleurs, je tiens à signaler que le ramassage scolaire est assuré à 100% aux élèves de notre commune, aussi bien pour les collégiens que les lycéens. Nous assurons même le transport scolaire aux élèves du village d’Ath Sidi Ali qui étudient dans une école primaire à Timezrit (Boumerdès).
Et quel est le secteur qui accuse du retard ?
Évidemment c’est le gaz naturel. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, aucun foyer ne bénéficie de cette commodité. Pourtant, nous avons arraché des opérations pour tous les villages. Actuellement, les réseaux de distribution ont été réalisés dans beaucoup de villages alors que d’autres sont en cours. Mais leur mise en service est subordonnée à la réalisation de la ligne de transport. Malheureusement, celle-ci est à l’arrêt depuis plus d’une année. D’ailleurs, je saisis cette occasion pour lancer un appel pressant en direction des responsables concernés afin d’intervenir pour relancer ce projet d’autant plus que nous sommes à l’approche de l’hiver. J’enchaînerai en parlant de la généralisation de l’électricité. Même si nous avions pu arracher quelques petites opérations, celles-ci restent insuffisantes. Nous avons plus de deux mille foyers qui attendent cette énergie. Ce sont généralement des habitations réalisées dans le cadre de l’habitat rural.
Dernièrement, des villageois ont fermé l’APC pour revendiquer leur part d’eau potable. Quelle est la situation qui prévaut dans ce secteur ?
Quand nous sommes arrivés à cette assemblée, il y avait à peine 30% de notre population qui bénéficiaient de quelques heures de pompage d’eau. Notre commune est desservie par trois chaînes : celle de Oued Bougdoura qui alimente les villages à partir de Tachtiouine jusqu’à Ath Rahmanoune, celle de Kantidja qui dessert le versant d’Iâllalen et les villages environnants et enfin celle qui vient de Draâ El-Mizan à partir du barrage de Koudiat Acerdoune (Bouira) vers Tafoughalt et Imzoughène. Mais s’il y a des manques ici et là cela est dû essentiellement à la vétusté des réseaux de distribution et des conduites principales laissant perdre une importante quantité d’eau dans la nature. Pour une meilleure gestion de ce liquide précieux, je demande aux responsables de l’ADE de placer les compteurs dans tous les foyers. Cela va réduire le gaspillage.
Vous venez de dire qu’en 2012, il n’y avait que 30% de la population qui était alimentée et de manière aléatoire. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, la situation est nettement meilleure ?
Bien sûr. Non seulement nous avons renouvelé la conduite de Oued Bougdoura à 70%, mais aussi nous avons tout fait pour que Tafoughalt, un village de plus de 5 000 habitants, et Imzoughène soient alimentés à partir du barrage de Koudiat Acerdoune. C’était alors pour nous un grand problème de résolu. En plus de cela, nous avons réalisé un réservoir d’eau à Tachtiouine, un autre à Ath Moh Kaci et un forage à Tifaou. Et nos efforts sont toujours en cours en vue de régler définitivement ce problème.
L’autre revendication qui est soulevée à chaque action de protestation est l’état du réseau routier…
Cela ne doit pas échapper à nos concitoyens que l’amélioration de ce réseau est visible sur le terrain. Si certains chemins ne sont pas encore bitumés, c’est parce que des réseaux y sont programmés. Par contre, je pense que 70% des chemins à l’intérieur de nos villages sont soit bitumés, soit bétonnés lorsque les engins ne peuvent pas y accéder.
Et à propos de l’assainissement ?
Beaucoup reste à faire dans ce domaine. Même si l’hydraulique a réalisé plus de 12 kilomètres et que l’APC a concrétisé de nombreuses opérations, il faudrait encore d’autres études pour améliorer ce secteur en souffrance dans de nombreux villages, à savoir Tifaou, Tafoughalt, Afir…
Qu’est-ce qui a été fait dans le domaine de la jeunesse et des sports ?
Tout d’abord, nous nous réjouissons de l’opération de la pose du gazon synthétique sur le terrain communal. Même si nous avions eu une opposition au début par les soi-disant propriétaires de cette assiette foncière, nous avions finalement gagné la bataille juridique. Aujourd’hui, nous sommes la seule commune de la daïra, après Draâ El-Mizan, à avoir arraché un tel projet. En plus de cela, nous avons aménagé des aires de jeux à Ath Moh Kaci, à Tafoughalt, à Ath Amar Moussa, à Ighil El Vir à Ivouhrène en attendant le lancement du stade d’Iâllalen communément appelé «Double virage». Et puis, n’oublions pas que nous subventionnons les clubs sportifs amateurs de Tafoughalt, d’Aït Yahia Moussa, d’Iâllalen à raison de 2 millions de dinars chacun. Quant aux foyers pour jeunes, nous avons achevé celui de Tachtiouine en souffrance depuis des années et mis en service en 2016 et un autre à Ath Amar Moussa.
D’autres projets en souffrance ?
Nous avons surtout les 30 logements sociaux réalisés à la place du marché. Mais à ce propos, je vais annoncer qu’ils sont confiés. Espérons qu’ils seront réalisés d’ici la fin de notre mandat. Par ailleurs, la problématique se situe au niveau de la crèche communale. Sa situation peine à être débloquée, contrairement à la bibliothèque communale qui vient d’être relancée.
Qu’en est-il de la protection de l’environnement ?
Eh bien comme toutes les communes, nous souffrons de ces déchets jetés n’importe où et principalement sur les abords de la RN25 qui traverse notre commune sur plus de 20 kilomètres. Nous avons beau tenté de la nettoyer, mais en vain. Par ailleurs, nous avons mis en place dans tous les villages des bacs à ordures. La collecte se fait par le biais d’un camion privé d’Ath Attella, de Tafoughalt, d’Iâllalen et d’Ath Rahmoune jusqu’au chef-lieu, puis vers le CET de Draâ El-Mizan et nous assurons aussi l’enlèvement des ordures ménagères du lycée, des écoles primaires et des 4 CEM.
De quoi souffre exactement votre municipalité ?
Notre APC n’a aucun mètre carré de vide pour implanter un quelconque projet aussi petit soit-il. Pour la réalisation du CEM et du lycée, il a fallu obtenir une dérogation de la part de la direction des forêts. Justement, à ce sujet, nous avons déposé un dossier bien ficelé et argumenté pour bénéficier du transfert d’une part des terres forestières qui entourent notre chef-lieu au patrimoine de notre commune. Sinon, on peut dire qu’aucune extension et qu’aucun développement ne seront possibles sans cet aval.
Par rapport à l’amélioration du service public, qu’est-ce qui a été fait durant votre mandat ?
Tout d’abord, je tiens à préciser que nous avons pu mettre en service le nouveau siège APC en 2014. Ce qui nous a permis d’améliorer l’accueil de nos administrés. Nous avons aussi inauguré l’antenne de mairie d’Iâllalen en attendant celle d’Ath Attella. Quant aux documents, à savoir les cartes d’identité les passeports, les cartes grises et récemment les permis de conduire, ils sont tous délivrés au niveau de notre APC.
Qu’est-ce qui vous tient à cœur à moins d’une année de la fin de votre mandat ?
Évidemment c’est la fibre optique. Pour cela, un projet de réalisation d’un poste est en cours à Ighil Mouhou et Iâllalen pour couvrir nos villages de la 4G LTE. Et nous œuvrons de façon continue avec Algérie Télécom en vue de généraliser cette commodité dans tous les villages.
Y a-t-il quelque chose d’autre que vous voudriez ajouter ?
Oui, que nous avons pu arracher un projet de stèle pour rendre hommage aux martyrs de notre commune, à leur tête le colonel Krim Belkacem et une autre en projet à Madnoune du côté de Tachtiouine. Globalement, je peux dire que nous sommes satisfaits de nos résultats en dépit de ce qui se dit ici et là.
Entretien réalisé par Amar Ouramdane

