Tazrout 4ème village le plus propre en 2015 – Un village qui avance !

Tazrout est l’un des plus beaux villages de kabylie. Il est situé à quelque 3 km du chef-lieu communal de Bouzeguène dans la région d’Ath Handela près d’Ikoussa, Ighil Tiziboa, Ibouyisfene, Aït Saïd, Ibekarene et Aït Ikene.

Il culmine à près de 900 m d’altitude. Sa population est estimée à environ 1500 personnes et compte près de 700 âmes établies à l’étranger. Elle est répartie sur sept quartiers : Elhara Oufella, Elhara Bouada,Valoudh,Tassayate,Tvaq, Bougzine et Essoukiane pour sept fractions (idherma) Ath Kaci, Ath Ali, Ath Oumeziane, Ath Touathi, Ath Besii, Ath Hand, Ath Amar Ouali. A Tazrout, les villageois désignent chaque année un homme d’une fraction pour prendre les rênes des affaires du village. Tout citoyen a le droit de prétendre à cette charge. Le Taman qui est lui-même le président du comité du village est choisi selon la charte de 2016. Il doit être un père de famille, sage, clairvoyant, juste et surtout disponible pour bien gérer les affaires des habitants. Ces derniers doivent tous l’accepter, le Taman choisit à son tour deux hommes dans chaque fraction (Adrum ) qui formeront le comité du village. «C’est en fait un défi que se lance l’équipe nouvellement installée d’assumer la bonne gestion du village à chaque fois mieux que ses prédécesseurs pour être à la hauteur de ce que les gens attendent d’elle», nous explique Kachetel Cherif, président du comité. «Le Taman ne peut en aucun cas prendre une décision ou action liée à l’avenir du village sans organiser une réunion au préalable avec l’ensemble des habitants âgés de plus de 18 ans. Ainsi, toutes les décisions sont prises d’un commun accord et avec le consentement de tous les présents», explique Azouaou Khellaf, enseignant, actuellement membre de la commission de réflexion. «A Tazrout, aucun conflit ne doit être exposé en dehors du village. Les affaires se traitent en assemblée générale et celui qui choisit de recourir aux tribunaux pour une quelconque affaire de justice aura ainsi transgressé la loi et sera considéré comme un manque de respect à l’égard des représentants. Le contrevenant est mis dans ce cas en quarantaine. Nous, on croit au proverbe qui dit : «Il vaut mieux un mauvais arrangement qu’un bon jugement» parce qu’en justice, il y a perte d’argent, de temps et de possibilité de réconciliation, ce qui génère souvent des conséquences fâcheuses au sein des familles en conflit. Bien des cas traînent depuis plus de 10 ans en justice pour rien», nous expliquent nos interlocuteurs. Tadjmaat est représentée par le comité. Un lieu qui réunit tous les enfants du village du sexe masculin. Néanmoins en assemblée, tous les villageois sont égaux. Ni couleur politique ni même la religion n’y ont le droit de cité.

Il est interdit de porter son conflit en justice. Tout se règle à Tajmaât

La plus grande et unique priorité est la cohésion qui doit régner au village. En dehors de Tadjmaat, il y va de soi que le villageois à sa liberté de culte et la liberté d’exprimer ses idées politiques. La mosquée est un espace sacré à respecter suivant les principes qu’ont donnés nos ancêtres à ce lieu de culte. Le village veille aussi à maintenir les traditions, les actions de volontariat et Timechret. Le village compte un club de jeunes créé vers le début des années 60. «C’étaient des lycéens qui ont créé un club sportif à la base, ils ont par la suite pensé à faire paraître un journal mensuel du village. Juste après l’indépendance, on a commencé à donner des cours de soutien, à organiser des kermesses, des jeux… Durant l’Aïd, c’est ce club même qui s’est transformé en 1989 en association culturelle. En 1991, une semaine culturelle a été organisée à Bouzeguene pour célébrer le 20 Avril. «À partir de là on organisait souvent des fêtes culturelles tout en assurant des cours de soutien aux élèves des trois classes d’examen. L’année passée, on a pu obtenir des résultats formidables. On assure même des cours d’alphabétisation aux femmes du village et aux filles qui n’ont pas eu la chance de continuer leur scolarité à l’école que le village a construite pendant la guerre», nous apprendra un membre de ce club. «Vu le nombre de poètes que compte notre village, on a initié une activité culturelle qui revient chaque année : un festival de théâtre et de poésie. Ce qui nous manque, c’est une auberge pour accueillir les invités. On doit aider les jeunes à échapper aux fléaux sociaux à travers les rencontres théâtrales, musicales et toute activité artistique qui soit une occupation pour les adolescents et les enfants qui sont notre avenir et l’avenir de tout le pays. Il y a une maxime à méditer : «Si tu veux un fruit à court terme, sème une semence, à moyen terme, plante un arbre et à long terme, éduque un enfant», dira Khallaf Azouaou. A Tazrout, toutes les plaques et panneaux sont rédigés en Tamazight. Depuis les années 90, le village dispose d’un parking gardé par un ouvrier que paye le village grâce aux contributions des villageois. L’usager doit payer une somme d’argent symbolique qui s’élève à 400 dinars pour l’année complète. Quant à ceux qui n’y gare leur voiture qu’occasionnellement, ils contribuent avec 100 dinars. Le stade inscrit en 2006 réalisé en un temps record a été livré en 2007. Il a été réalisé sur un terrain offert par les villageois. Les enfants y jouent au volley, au foot et s’adonnent à d’autres jeux en toute sécurité. Cet espace abrite aussi les fêtes et rencontres villageoises avec tout l’équipement nécessaire, scène, chaises… Côté sénior, les vieux et moins vieux se réunissent au jardin qui leur a été dédié au milieu des arbres et des fleurs multicolores, non loin du monument des 33 martyrs. Les femmes, quant à elles, attendent avec impatience le soleil pour se regrouper dans leur coin du quartier pour discuter de leurs sujets favoris ou relater des souvenirs. Elles attendent aussi avec la même impatience l’eau couler du robinet… C’est le grand manque dont souffre Tazrout ! «Cela fait 11 jours qu’on n’a pas vu une goutte d’eau. Sinon, l’eau d’Adardar ne nous arrive qu’une fois par mois», se désole un citoyen. «Nous faisons partie de ceux qui vont être alimentés à travers les forages d’Azaghar. Nous souhaitons leur mise en services dans les plus brefs», dira le président du comité de village.

«On attend toujours, de l’APW, notre chèque du concours du village le plus propre !»

Le volet environnemental a toujours été un défi pour Tazrout. Ici, «chaque citoyen gère ses déchets. On essaie toujours d’apporter un plus pour la société et d’améliorer le quotidien des concitoyens. On a tous des terrains qu’on utilise pour le compostage des déchets organiques et des moyens pour incinérer les ordures. C’est vrai que c’est nuisible aussi pour l’environnement mais ça reste la solution la moins polluante», dira Azouaou Khellaf. Tazrout a pu réussir là ou les communes et daïra ont échoué grâce aux cotisations des villageois et des émigrés, qui contribuent annuellement avec 1200 euros, et à quelques aides de l’Etat. Le village a réalisé un centre de tri aux normes requises qui est en phase de finition «Grâce à une citoyenne du village, on a pu bénéficier d’un broyeur qui coûte 45 millions. On a acheté un tapis roulant qui trie les déchets et un incinérateur écologique de 60 KG, en attendant de doter ce méga projet de toutes les machines et équipements qui coûtent des milliards pour une fonction d’une importance inestimable comme solution pour le problème des déchets. Un projet premier à l’échelle nationale. Sauf que la réalisation de ce projet dépend de l’attribution de la cagnotte gagnée au concours. Cela pourra créer des postes d’emploi et ça aidera à résorber le chômage dans une région qui manque atrocement d’usines. On espère voir aboutir ce projet pour recycler les déchets. Nous lançons pour cela un appel aux responsables de l’APW afin qu’ils accélèrent la procédure d’attribution de la somme qui nous a été offerte voilà une année», assène Kachetel Cherif. Au plan infrastructures, un projet de réalisation d’un foyer de jeunes à Tazrout est inscrit depuis 2007. Le P/APC avance que l’enveloppe est allouée et le projet confié à une entreprise locale mais sur le terrain, rien n’est encore fait, même pas le démarrage des travaux. Les routes attendent aussi leur prise en charge. Cela dit grâce aux cotisations des villageois résidents et non résidents, des mini projets ont été réalisés durant les années 90. Plusieurs pistes ont été ouvertes, ce qui a permis aux gens de construire dans des terrains auparavant enclavés. «Nous souhaitons le revêtement des routes en béton bitumineux parce qu’il ne peut y avoir de développement sans accès», arguera un sage du village.

Fatima Ameziane