Smaïl Yefsah, par delà la mort…

Timide. Son visage de studieux étudiant portait son caractère timide, comme on porte son casier judiciaire vierge au milieu de la face. Et il ne disait pas une chose sans afficher son sourire, gros comme ça, qui lui éclairait le visage prodigieusement. Il est comme un ange à l’avenant sympathique. Et il a été victime d’un attentat terroriste, au sortir de chez lui. Ils le connaissaient, peu probable. Qu’est-ce qu’ils lui reprochaient ? Peut-être son amazighité son ascendant pour la démocratie ou son anti intégrisme ou peut-être le tout, globalement et dans le détail. Il est mort le 18 octobre 1993. Il était journaliste à la Télévision algérienne et il se préparait à se rendre à son lieu de travail, au 21 Boulevard des martyrs, lorsque trois ennemis qui lui tendaient une souricière dans le parking de la cité des 2068 Logements, le surprennent pour lui porter plusieurs coups de couteau avant de l’achever par balles. Yefsah Smail venait à peine de convoler en justes noces, à peine a-t-il bouclé 39 jours de son mariage, c’était trop ou pas assez. Le destin en a décidé ainsi ce jour-là. Il est né le 28 octobre 1962, il a suivi des études en sciences politiques. En 1987, il fera un cours passage dans un journal économique arabophone avant de rejoindre l’équipe rédactionnelle de l’ENTV. Très rapidement, il gravit les échelons de rédacteur-présentateur à sous-directeur de l’information. Aujourd’hui, il repose à côté de son oncle, portant le même prénom que lui, Smaïl, à Tala Amara (Tizi Rached), son village natal. Smaïl Yefsah fait partie de la longue liste de journalistes assassinés par les hordes intégristes. Une centaine de journalistes et professionnels de l’information ont été tués en Algérie depuis le 26 mai 1993, selon la liste dressée avec l’Association nationale des familles de journalistes assassinés par le terrorisme et publiée dans le rapport 1999 de la Fédération internationale des journalistes du centre d’Alger. Il était un temps où les journalistes, les professeurs d’université les progressistes et tous ceux qui pensaient à l’Algérie, qui l’aimaient par-dessus tout, tombaient un à un,Djaout, Mekbel, Stanbouli Rabah, Sanhadri, et tant d’autres succombaient aux frappes des chasseurs de lumière. Ils ne tueront pas la lumière, ils ne nous empêcheront pas d’exister ni de créer ni de rendre vie à tout ce qui se meurt. Maintenant que la paix est revenue, nous ne raterons pas l’occasion de rendre hommage à leur sacrifice, de les évoquer, de les garder vivants dans nos cœurs et nos esprits.

Par S. Ait Hamouda