Mouloudj Mouloud, maire d’Ath Bouaddou – «Que l’ADE nous décharge de la gestion de l’eau»

Mouloudj Mouloud, maire d’Ath Bouaddou, dans la daïra des Ouadhias, parle dans cet entretien des manques qui freinent le développement de sa localité.

La Dépêche de Kabylie : Issue du dernier découpage administratif de 1984, la commune d’Aït Bouaddou n’arrive toujours pas à se hisser au niveau des autres localités en matière de développement, quelles en sont les raisons ?

Mouloudj Mouloud : Bonne question. Toutefois, ces raisons sont claires, évidentes et logiques. Le développement se la commune est en effet difficile à atteindre, malgré nos efforts et ceux de toute l’assemblée. Quand on gère une commune qui ne fonctionne que grâce aux subventions de l’Etat, il devient alors difficile d’avoir une grande marge de manœuvre. Insuffisance des financements, reliefs accidentés et montagneux, indisponibilité d’un foncier public, lenteurs administratives et manque d’entreprises performantes… Il devient alors clair comme l’eau de roche que nous n’avons pas les coudées franches. Toutefois, nous essayons contre vents et marées d’aller de l’avant. Cela ne se fait pas au rythme voulu, mais on fait avec les moyens du bord et nous avançons comme nous pouvons et non comme nous le voudrions.

Le secteur de l’eau reste la préoccupation majeure. Qu’avez-vous fait pour solutionner le problème ?

Le manque d’eau continue en effet de malmener notre population, notamment en été. Nos villages sont alimentés à partir des captages en montagne. Pendant la saison chaude, l’eau manque et cela se répercute négativement sur l’alimentation des foyers. Ce secteur, que notre APC continue de gérer, nous coûte beaucoup trop d’argent. C’est le 2e budget après celui du fonctionnement. Nous souhaitons que l’Algérienne des eaux prenne le relais. A présent, une nouvelle conduite est en réalisation à partir du Barrage de Koudiet Acerdoun dans la wilaya de Bouira, nous comptons bien sûr alimenter tous les villages. Mais l’Algérienne des eaux devra prendre ses responsabilités dans sa mise en service et sa gestion. Pour ce qui est des captages actuels, une partie sera destinée à la réalisation de fontaines publiques et une autre sera lâchée dans les habituels cours d’eau et la nature, pour préserver la faune et la flore et maintenir dans la montagne les singes magots qui font des incursions dans les villages et sont malheureusement à l’origine de beaucoup de dégâts. Du côté de l’assainissement, il est vrai que les villages sont raccordés mais ses eaux usées vont droit dans les cours d’eau et ruisseaux. Cela cause aussi du mal à l’environnement. Les responsables du secteur sont appelés à nous inscrire quelques bassins de décantation et, au moins, une station d’épuration.

Qu’en est-il du gaz naturel ?

Dans ce secteur, j’estime que nous sommes gâtés. Le taux actuel à travers la commune est de plus de 80%. Il ne reste que le village d’Aït Amar où les travaux sont en cours et je pense que le réseau sera mis en service avant la fin de cette année. Il restera toujours quelques habitations éparses que nous prendrons en charge dans le cadre des programmes d’extension à venir. De toutes les manières, une liste de toutes les habitations omises a été établie. Nous n’attendons qu’un nouveau programme pour lancer les travaux. Je pense qu’une fois le réseau mis en service à Aït Amar, le taux de raccordement au gaz naturel sera l’un des meilleurs au niveau de notre wilaya.

Venons-en au secteur de l’éducation et au ramassage scolaire…

Nos écoles ont toutes été réhabilitées. Là où la surcharge existe, nous avons construit de nouvelles salles de classe. Deux salles de classes sont réalisées à l’école Aït Khelfa, deux autres salles sont en cours, en plus d’une cantine de type 100R qui est en voie d’étude. A Aït Maalem, Aït Djemaa et Aït Amar plusieurs écoles ont été réhabilitées. Pour ce qui est du ramassage scolaire, nous assurons le transport de tous les lycéens. En plus des 7 minibus de la commune, nous recourons aux services de 24 fourgons et de 2 bus privés. Concernant les collégiens, nous ne leur assurons pas le transport, car d’une part ils sont scolarisés dans notre commune et d’autre part nous n’en aurions pas les moyens.

Qu’en est-il du logement et de l’habitat rural ?

Concernant le logement, notre commune est vraiment lésée. Nous n’avons hélas aucune assiette foncière appartenant à l’Etat. Nous demandons des financements pour acquérir des terrains et pouvoir lancer quelques projets. Pour ce qui est de l’habitat rural, la formule a permis à des centaines de familles de construire leur logement depuis son lancement. Rien que pendant l’année 2015, 339 décisions nous ont été accordées. A présent, nous comptons 244 dossiers qui sont déposés au niveau de la DLEP, 22 au niveau de la daïra et 24 autres dossiers sont en instance au niveau des services de notre APC.

Et le secteur de la jeunesse et des sports ?

Nous avons réalisé plusieurs aires de jeu et des foyers de jeunes à travers les villages. Nous avons aussi récupéré notre stade communal qui fut occupé par l’ANP pendant de longues années. A présent, il est en voie de réhabilitation et les travaux avancent bien. D’ailleurs, le gazon synthétique est déjà posé. Le drainage des eaux pluviales, l’éclairage, la clôture et la réhabilitation des vestiaires sont en cours. Le stade sera remis à neuf avant la fin de l’année. Je saisis cette occasion pour inviter nos jeunes sportifs à se regrouper en clubs et en associations pour relancer l’activité sportive dans notre commune. Quant à une salle polyvalente, notre commune n’en est malheureusement pas pourvue. Nous appelons les directions concernées à nous en inscrire une pour généraliser la pratique sportive dans notre région.

Songez-vous à vous représenter aux prochaines élections locales de 2017 ?

Normalement, je serai candidat, mais cela dépend aussi de mon parti et de la population de la commune. Si l’on décide que je ne doive plus me représenter, je resterai simple militant et je servirai là aussi mon parti et ma commune. Mais il y a tant d’autres projets importants qui me tiennent vraiment à cœur, à savoir la relance du tourisme de montagne, la construction d’une polyclinique, d’une salle omnisport et d’un lycée. Pour concrétiser ces projets, je suis prêt à consacrer cinq autres années au service de mes concitoyens, même si la mission de maire est épuisante.

Entretien réalisépar Hocine T.