L’écrivain Ferhat Ali a consacré ses deux premiers ouvrages à la guerre de libération nationale, «Thifra, le village aux trois cents martyrs » et «Tifra, le village martyr aux mille et une vanités»
La dépêche de Kabylie : voudriez-vous bien vous présenter à nos lecteurs ?
Ferhat Ali : Je m’appelle Ferhat Ali, je suis âgé de 66 ans, natif du village de Tifra, relevant de la daïra de Sidi-Aïch (Bejaïa), que j’avais quitté très tôt avec ma famille au moment fort de la guerre de libération pour Alger. J’avais déjà dix ans quand j’ai entamé là les études primaires. J’obtins mon certificat d’études primaires (CEP) qui me permit de passer avec succès le concours de recrutement des élèves maîtres de l’école normale de Bouzaréah où,; tout en exerçant ma profession, je suivais ma formation d’instituteur. Par la suite, j’ai continué mes études sanctionnées par l’obtention d’une licence d’un magister pour me retrouver une seconde fois à l’école normale qui était devenu un institut de formations des professeurs d’enseignement moyen comme formateur jusqu’à mon départ à la retraite.
L’envie d’écrire vous l’avez depuis votre jeune âge ?
De nombreux camarades tenaient au quotidien leur journal intime, écrivaient des poèmes ainsi que des textes mais en ce qui me concerne, j’avais également des projets d’écriture que je ne pouvais pas finaliser en ce temps là car je n’étais pas assez armé.
Revenons à vos livres, comment avez-vous «pensé» leur publication ?
Pour ce qui est de la première publication, j’avais effectivement pensé à publier «Thifara, village aux trois cent martyrs» en deux tomes mais l’éditeur avait jugé plus utile de le faire en un seul volume de 481 pages alors que «Thifra, le village martyr aux mille et une vanités» en compte 359 pages.
Deux ouvrages consacrés à votre village natal, peut-être encore un troisième ?
En plein dans le mille!(rire) C’est exact, le livre est fin prêt pour être édité et il n’y a qu’à trouverune maison d’édition.
Vous avez mis trois décennies au moins pour les publier. Quelles en sont les raisons ?
C’est vari qu’avec des éditions autres, j’aurais pu les éditer bien avant mais comme je me devais de rapporter des évènements
historiques, il fallait chercher, trouver et atteindre les vraies sources d’informations pour transcrire les évènements avec toute l’objectivité. Ce n’était pas facile. En tant que journaliste, vous savez pertinemment que la partie écriture vient en dernier mais bien avant, vous deviez avoir de la matière à partir des différentes notes que vous auriez ramassées au préalable, n’est-pas ? Aussi, depuis longtemps, je me rendais au village pour recueillir ces précieux témoignages comme je l’avais fait auprès de mes parents et de toute ma famille ainsi qu’auprès des anciens maquisards qui étaient dans notre région et qui avaient survécu à cette guerre quant aux anecdotes, les histoires. C’est également un travail de recherche avec de nombreuses lectures mais le plus difficile, c’est bien évidemment tout ce qui concerne la guerre.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous mettre à l’écriture ?
(Après un long moment de réflexion). Ce n’est pas facile d’oublier toutes les misères endurées surtout pour un enfant dont la mémoire est infaillible. C’est donc à l’école normale de Bouzaréah où l’internat était obligatoire que les images et les atrocités de la guerre me hantaient chaque soir. Je me suis juré alors d’écrire tout cela afin de rendre un hommage pour l’éternité, à la mémoire, à tous les enfants de la guerre, à toutes les familles endeuillées et à tous nos martyrs. Cela m’a permis de me libérer un peu. Juste un peu ! Car lorsque quelqu’un avait été traumatisé dans son enfance, il ne peut oublier. La guerre c’est aussi un viol. Moi, je l’espère du moins, qu’avec mes premiers ouvrages, j’aurais rendu hommage à nos martyrs qui avaient tout sacrifié, tous les enfants, les veuves et les orphelins de cette horrible guerre mais soit dit en passant, la meilleure plume, le meilleur cinéaste ne peuvent faire décrire véritablement les horreurs vécues. . Il n’y a que ceux qui les ont endurées qui les ressentent.
Un mot pour conclure…
Permettez-moi de remercier le journal «La Dépêche de Kabylie» qui, comme tout le monde le sait œuvre à la promotion de la culture de notre région et s’intéresse de plus près à toutes les créations, comme je profite de cette occasion qui m’est offerte pour lancer un appel aux éditeurs qui seraient intéressés par la publication de mon troisième ouvrage.
Entretien réalisé par Essaid Mouas

