La commune souffre de la « koulechite »

Plusieurs fois reportée pour une raison ou une autre depuis le mois d’avril dernier, la visite du wali de Tizi Ouzou, à M’kira a fini par s’effectuer en ce mardi passé. M. Hocine Ouaddah, qui s’est aventuré ainsi aux confins sud-ouest de sa wilaya, a eu tout le loisir de constater les grands retards dans tous les domaines qu’accuse et vit cette localité dont l’histoire est écrite en lettres d’or. Ainsi, en quittant Tizi Ghennif, première étape de sa visite, le long cortège de voitures de la délégation du wali a emprunté le chemin sinueux du CW 107 conduisant à Tighilt-Bougueni, chef-lieu de commune distant de dix kilomètres de celui de la daïra dont l’état de la chaussée est plus que déplorable. Outre, l’étroitesse de la chaussée, la largeur de la couche d’asphalte diminue de jour en jour. « Nous sommes obligés de nous arrêter sur le bas-côté pour permettre aux véhicules venant en sens inverse de passer car il y a toujours des risques de se retrouver au fond du ravin ou d’avoir la suspension hors d’usage », nous confient ces automobilistes qui se plaignent également de beaucoup de chauffards qui ne prennent pas la peine de sortir hors de la partie goudronnée. A partir de Sidi Hayoune, le panorama devient tout autre car il offre une vue d’ensemble sur une grande partie des wilayas de Tizi Ouzou et Bouira alors que les nombreux hameaux et autres habitations isolés enfouis au milieu des oliveraies sont pittoresques. « Il faut être vraiment fêlé pour entreprendre de telles constructions dans ces ravins ou vivre dans de telles conditions », nous a lancé un confrère. Tighilt-Bougueni, chef-lieu de commune, n’a rien de beau à offrir si ce n’est sa belle mosquée que jouxte la stèle érigée à la mémoire du chantre de l’amazighité, feu Matoub Lounès, alors qu’un peu plus loin, la stèle des martyrs vous donne le vertige avec près de 500 noms qui y sont inscrits. L’aménagement urbain a retenu l’attention du premier responsable de la wilaya qui a promis une enveloppe conséquente. Avant de rejoindre le centre de santé ou ce qui devait être une maternité qui n’a jamais fonctionné comme telle jusqu’à ce jour, le wali s’est arrêté au niveau de l’annexe du centre de formation professionnelle qui accueille depuis deux ans les jeunes filles de la localité. Il est question par ailleurs de l’élever au rang de CFPA avec le lancement d’autres secteurs. Au demeurant, cette bâtisse a été conçue à partir de 1992 pour servir de siège aux différentes associations et a été initiée par les responsables de l’association des activités de jeunes créée en 1988 mais il fallait pallier cette urgence. « Nous avons pensé qu’il valait mieux faire profiter nos sœurs d’une telle infrastructure que de les laisser traîner à Tizi Ghennif sans rien faire, c’est pour cela que nous l’avons cédé car pour nous, en tant que responsables d’association sociales ou culturelles, nous pouvons toujours solliciter les pouvoirs publics pour la construction d’un autre siège, c’est d’ailleurs, ce qui a été fait avec l’inscription d’un foyer pour jeunes dont les travaux vont commencer prochainement », nous a confié ce citoyen. La polyclinique, avec son service de soins, protection infantile, pouvait être un véritable joyau en matière d’infrastructure sanitaire mais ça n’a pas été le cas. Plusieurs fois sollicités pour mettre en marche la maternité, les différents ministres de la Santé, qui se sont succédé ainsi que les walis, ont toujours refusé parce que, selon eux, les critères mondialement requis ne sont pas encore rassemblés. « Sur les registres d’état civil, le taux de natalité, à M’kira est chaque année, équivalent à zéro », nous a déclaré cet agent de l’APC car, comme il a tenu à le souligner toutes les femmes enceintes présentant des complications sont évacuées à Tizi Ghenif, Draâ El Mizan, Boghni ou Tizi Ouzou. Comme il faut avant de quitter les lieux, verser par civilité quelque chose au moins dans la sébile, le wali a ordonné d’équiper le centre de santé d’une ambulance tout comme il a octroyé un logement d’astreinte pour le nouveau siège de l’APC qui se trouve mitoyen. Par ailleurs, d’autres problèmes ont été évoqués comme celui de l’AEP qui n’en finit pas ou l’aide à l’autoconstruction et d’autres encore. Cette commune souffre de tout (Koulèche) et c’est ce qu’on appelle « la koulechite », en terme médical bien de chez nous.

Essaïd N’Aït Kaci