Le directeur de l’industrie et des mines de la wilaya de Bouira, M. Nadjib Achouri, revient dans cet entretien sur ce qu’il qualifie d’aubaine et d’opportunité en matière d’investissements dans les zones d’activités et globalement à travers les zones industrielles de la wilaya de Bouira.
La Dépêche de Kabylie : Depuis les années 80, des milliards ont été dépensés pour l’aménagement de la zone industrielle de Sidi Khaled ainsi que pour la création des zones d’activités à travers la wilaya de Bouira. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Nadjib Achouri : Permettez-moi d’abord de vous faire un petit récapitulatif sur l’industrie à Bouira, qui se distingue toutefois avec la multiplication et la diversité des activités dans différents secteurs et à ce propos, les chiffres sont éloquents. De 2011 à fin octobre 2016, la direction de l’industrie et des mines de Bouira a enregistré la création de 16 694 PME-PMI, toutes branches d’activités confondues, soit une évolution de 9% au cours de ces cinq dernières années. Le nombre de postes d’emploi créés est aussi en évolution. De 42 711, nous sommes passés à 50 795 postes de travail créés. Toujours durant la même période, 564 dossiers ont été déposés au niveau de la direction de l’industrie et des mines, ce qui engendrera la création de 45 238 postes d’emploi et le coût global de ces investissements s’élève à 634 milliards de dinars. Il y a également une évolution d’année en année des demandeurs d’assiettes au niveau de la wilaya de Bouira, surtout auprès des investisseurs issus des wilayas limitrophes, telles Tizi-Ouzou, Béjaïa, Alger, Boumerdès, Bordj Bou-Arreridj, Blida… De surcroit, la disponibilité d’assiettes foncières est un atout majeur avec deux zones industrielles de 415 hectares, plus la zone industrielle de Dirah de 795 hectares, sans compter les 15 zones d’activités qui disposent de 181 hectares abritant 300 projets, avec à la clé la création de plus de 2000 postes d’emploi. Par ailleurs, nous avons créé une nouvelle zone d’activité de 50 hectares au niveau de Bir Ghbalou, au Sud-ouest de la wilaya.
Donc avec sa vocation agricole, Bouira est destinée à devenir un pôle de l’industrie agroalimentaire ?
L’agroalimentaire est, certes, un secteur phare de la wilaya de Bouira car comme vous le savez, la wilaya est à vocation agricole, essentiellement avec des productions record en pomme de terre et en viande blanche, sans oublier le bassin laitier qui se trouve concentré essentiellement au Sud de la wilaya. Mais ce sont les wilayas limitrophes qui profitent de ce bassin. Pour cela et afin de parer au déficit en matière de lait et en substitution au lait en poudre, nous avons accordé, au niveau du CALPIREF, 4 grands projets pour l’industrie du lait et ses dérivés. Le conditionnement du lait cru est l’une des activités retenues ainsi que la fabrication de beurre, crème fraîche, fromage, yaourt… Dans ce secteur, nous avons validé le projet d’une entreprise de Tizi-Ouzou au niveau de la zone de Sidi Khaled ainsi qu’une autre entreprise de Constantine et nous venons d’approuver deux autres projets, toujours dans le domaine du lait, au niveau de la méga zone de Dirah. Ceci permettra à court terme de combler le déficit en lait que connait la wilaya de Bouira et ses alentours. Toutefois, la wilaya de Bouira s’illustre dans la production de la viande blanche en étant classée 1ère à l’échelle nationale. Des projets d’abatage industriel et de transformation au profit des supermarchés de la région sont retenus également. Cependant, nous avons validé des projets divers et innovants et ce pas uniquement dans le domaine de l’agroalimentaire.
Quels types de projets ?
Nous avons retenu des projets dans le domaine des high-tech. Nous avons un investisseur de Bouira qui veut produire des tablettes, des smart phones et son dossier a été validé. Nous avons validé un dossier pour le montage de concasseurs et de compresseurs pour la zone de Dirah, où il a bénéficié d’un actif résiduel. Mais surtout, n’oublions pas que la wilaya de Bouira va devenir un pôle en matière de production de médicaments. Nous avons attribué six hectares à la firme Biopharm, dont une partie de 15 000 m2 dans le cadre d’une joint-venture avec des Hindous qui est un projet fort. Au niveau de la nouvelle zone industrielle, un autre projet a été accordé pour la fabrication de médicaments réalisés à base de plantes médicinales. Un autre projet émanant des pharmaciens de Bouira a été attribué et concerne toujours l’industrie pharmaceutique. Dans d’autres zones d’activités, des projets sont en cours d’installation des équipements. Ils portent sur l’industrie pharmaceutique, comme c’est le cas à Lakhdaria avec un Algérien en partenariat avec des Hindous ainsi qu’un autre projet similaire à Sour El Ghozlane. Nous avons d’autres demandeurs qui attendent leurs affectations sur différents sites, toujours dans l’industrie pharmaceutique. Un autre projet dans le domaine de l’électroménager a été validé comme celui de Starlight qui est installé au niveau de la nouvelle zone industrielle de Bouira. Ce projet a bénéficié d’une parcelle conséquente pour la production des climatiseurs, des réfrigérateurs et d’autres produits de sa gamme. Nous avons un autre investisseur dans l’ancienne zone pour la fabrication d’équipements des collectivités locales, cuisines industrielles, réfrigérateurs… Un autre pôle se développe avec l’industrie automobile et nous avons beaucoup de demandeurs à Bouira.
A propos de l’industrie automobile, où en-est le projet Fiat Iveco qui devait produire ses premiers véhicules à Bouira au cours de ce mois de novembre ?
Pour l’industrie automobile, je vous assure que nous avons ouvert nos portes pour accompagner ce genre d’investissements, car ce sont des projets qui vont créer de la richesse, de l’emploi et relancer la dynamique économique au niveau de notre wilaya. Concernant cet investisseur, la procédure administrative est en cours. Il a déposé son permis de construire mais quelques réserves ont été émises par les services techniques, alors l’investisseur a demandé la levée de ces réserves et nous, à la direction de l’industrie et des mines, avons rédigé un écrit et M. le wali a reçu l’investisseur et a demandé à ce que la clôture de sa parcelle soit réalisée afin qu’il puisse réaliser rapidement son projet. Cet investisseur est coincé par la réglementation qui exige, à partir de janvier 2017, qu’il entre en activité partielle du moins. Il a cherché au niveau de notre wilaya un actif résiduel pour réaliser ses hangars pour démarrer temporairement la production pendant l’achèvement des travaux, mais les propositions que nous lui avons faites ne lui convenaient pas. De ce fait, il a délocalisé son unité au niveau d’Ouled Hadadj, dans la wilaya de Boumerdès, temporairement car son siège social et son registre de commerce sont toujours domiciliés à Bouira. La réalisation des hangars lui aurait pris beaucoup de temps et c’est pour cela qu’il a préféré entrer en activité le plus rapidement possible, en délocalisant temporairement, je le répète. Par ailleurs, nous avons un autre investisseur pour le montage des camions de marque «Astra», au niveau de l’extension de la zone industrielle d’Oued El Berdi pour lequel nous avons accordé plus de 7 hectares. Pour l’industrie mécanique et automobile, nous avons plusieurs demandeurs qui attendent toujours l’affectation de terrain. Nous avons également des entreprises chinoises en activité à Bechloul qui font des portes blindées ainsi que l’aluminium et à Oued El Berdi qui sont spécialisées dans du marbre. Nous avons aussi des Français qui sont dans le groupe Lafarge, dans le cadre d’un partenariat, dans la fabrication de gypse et plâtre au niveau d’Ahnif. Des Portugais ont aussi manifesté leur désir d’investir à Bouira.
Des investisseurs se plaignent de manque de certaines commodités pour exercer leurs activités au niveau des zones industrielles et des zones d’activités. Vos services ont-ils agi pour remédier à cela ?
Beaucoup d’investisseurs nous interpellent pour nous soulever ce problème de viabilisation des zones, et il faut savoir que notre wilaya a bénéficié de onze opérations de viabilisation pour les zones d’activités. Il y a des opérations achevées comme l’opération de la zone de Bechloul et de Sour El Ghozlane, mais il reste le raccordement en énergie électrique qui est en cours pour les zones d’Aomar, de Lakhdaria ainsi que pour la zone de Bouira à Oued Dhous. Il y a une autre opération qui touche cinq autres zones mais qui est touchée par le gel dû à la politique d’austérité et nous attendons que ces mesures soient levées pour les relancer. Concernant les zones industrielles, la zone d’Oued El Berdi, créée dans les années 1980, a bénéficié de 4 opérations de viabilisation, dont la dernière en date remonte à 2007 pour un montant de 42 milliards. Cependant, vu l’opposition des expropriés, il y a eu l’arrêt de l’opération. Notre ministère a résilié son contrat avec l’entreprise chargée de la réalisation des travaux de viabilisation en attendant la levée des oppositions soulevées, chose faite en 2013. Nous avons eu gain de cause auprès de la justice et nous avons réactivé l’opération de viabilisation et aujourd’hui notre tutelle a retenu un bureau d’étude qui va préparer le cahier des charges pour les besoins de cette zone. Et dans un avenir proche, une entreprise sera désignée pour débuter les travaux de réalisation. Je tiens à tranquilliser les investisseurs installés au niveau de l’ancienne zone industrielle en leur disant que l’opération est en cours et qu’ils ne doivent pas s’inquiéter. Pour la nouvelle zone, l’extension de la zone d’Oued El Berdi qui entre dans les 50 parcs industriels au niveau national, les permis de lotir pour 189 hectares ont été délivrés et le cahier des charges est presque finalisé. Au mois de décembre prochain, nous allons lancer l’avis d’appel d’offre pour le choix de l’entreprise et nous serons fin prêt pour le lancement des 50 parcs industriels à l’échelle nationale qui se fera au cours du 1er trimestre 2017, conformément aux instructions de notre ministre. En plus, concernant le parc industriel de Dirah, de 795 hectares, le Conseil National de l’Investissement (CNI), présidé par le Premier ministre, nous a accordé 250 hectares comme première tranche, mais l’étude, elle, sera faite sur l’ensemble de la zone, c’est-à-dire 795 hectares.
Entretien réalisé par Hafidh Bessaoudi

