Pour la troisième fois en l’espace de quelques jours, la RN 26, reliant la wilaya de Béjaïa à Alger, a été fermée, encore hier, à la circulation à hauteur de la zone industrielle Taharacht d’Akbou, par des demandeurs de logements. Ces derniers, déjà exaspérés par des années d’attente d’un logement, réclament la distribution immédiate des 573 logements sociaux réalisés dans la commune d’Akbou. Des logements dont les travaux ont été achevés en 2013 mais qui restent inoccupés à ce jour. Prévu pour hier, le wali de Béjaïa a déclaré sur les ondes de la Radio locale que l’affichage de la liste des pré-bénéficiaires est reporté à une date ultérieure, suscitant du coup la colère des nombreux citoyens attendant un toit décent depuis des années. Ces derniers sont descendus, dès avant-hier en milieu d’après-midi, dans la rue, défiant ainsi le wali qui avait dernièrement menacé ceux qui s’aventureraient «à fermer la route ou un édifice public de poursuites judiciaires». Le chef de l’exécutif de wilaya a expliqué que l’affichage de la liste des pré-bénéficiaires a été «ajourné pour des raisons juridiques». «Au jour d’aujourd’hui, il n’existe aucun procès-verbal signé par les différents membres de la commission de daïra pour procéder à la distribution de ces logements», a-t-il indiqué, en invitant les souscripteurs à faire preuve de «patience» à même, a-t-il insisté, «de permettre au nouveau chef de daïra d’Akbou de travailler». Le wali a, en outre, mis en garde les souscripteurs que toute action de protestation de leur part sera contre-productive et engendrera «davantage de retard».
Le désarroi des souscripteurs
Une offre au ras des pâquerettes et une demande explosive. C’est ainsi que se décline l’insoluble équation du logement social à Akbou. En effet, alors qu’un lot de 573 logements publics locatifs (LPL) est achevé, et donc théoriquement prêts à être distribué, les dossiers en attente de traitement atteignent le chiffre sidérant de 8 000. Un record absolu pour cette commune populeuse et qui plus est, paralysée par les tiraillements entre l’exécutif de l’assemblée communale et les élus de l’opposition. Une situation qui dure depuis des années et qui n’est pas sans susciter le mécontentement et soulever le ras-le-bol des citoyens, notamment les demandeurs de logement. Le point d’orgue de l’exaspération populaire, par rapport à ce dossier du logement et bien d’autres préoccupations, a été la fermeture de la RN26, au cours de la première décade du mois de novembre. «Les élus ont trahi notre confiance. Ils ont mené notre commune à la dérive. Ils doivent s’en aller car ils ont failli à leur mission, en faisant preuve d’incompétence», peste un citoyen. «Pendant que des centaines de milliards dorment dans les caisses de la trésorerie communale, les problèmes s’accumulent et une pléthore de projets sont renvoyés aux calendes grecques. Cela ne peut plus durer», fulmine un autre habitant de la commune. Des souscripteurs au logement social nous font savoir que des dizaines de dossiers datent de plus d’une décennie, et leur traitement n’est toujours pas à l’ordre du jour. «J’ai déposé une demande en septembre 2008 et je suis toujours en attente. Chaque fois que je sollicite l’administration sur la situation, on me rassure que les choses évoluent favorablement, mais sans aucune suite concrète à ce jour», dira, document à l’appui, un père de famille du quartier Guendouza. «J’habite dans des conditions à peine imaginable en 2016. Il y a des centaines de familles mal-logées comme moi, et qui n’aspirent qu’à sortir de cette misère», enchaine un autre souscripteur d’Arafou. Et de conclure : «Pour autant que je sache, ces logements sont construits à l’intention des mal-logés de la commune. Il est à se demander ce qui pousse les autorités à prolonger notre souffrance, au risque de provoquer des réactions violentes».
D. S. et N. M.
