Les souscripteurs au logement dit AADL dans la wilaya de Tizi-Ouzou ne savent plus à quel saint se vouer.
L’euphorie de 2001 et 2002 s’est vite transformée en cauchemar, puisque certains d’entre eux ont payé deux tranches mais leurs logements ne sortent pas encore de terre. «J’ai cru que mon cauchemar d’habitat précaire allait vite finir mais il continue encore 14 ans après mon inscription. J’ai déjà payé deux tranches, hélas le bout du tunnel semble encore loin. Nous demandons aux responsable concernés de faire le nécessaire pour nous délivrer de ce calvaire quotidien», appellera un souscripteur. Il est nécessaire de rappeler que la wilaya a bénéficié d’un quota important dans le cadre de la formule AADL mais leur construction tarde à se faire. 1700 logements AADL ne sont pas encore lancés. Il s’agit des 500 logements d’Aghribs, de 200 à Tamda et de 1000 autres unités au pôle d’excellence. Les causes sont multiples à en croire une source proche du dossier qui indiquera : «Les oppositions, les actualisation des POS, les viabilisation d’assiettes et autres contraintes font retarder le lancement de ses projets». Concernant les projets lancés, ils accusent un retard monstre puisque le taux d’avancement est insignifiant. Les 2000 logements du pôle d’excellence ne sont qu’à moins de 20%. Ceux de Draâ El-Mizan (1000 unités) ne sont qu’à 0,5 % d’avancement, autant dire qu’ils ne sont pas lancés et les 1000 unités d’Azazga sont au même taux. C’est à croire qu’il y a une volonté de ne pas construire ces logements et de maintenir la crise actuelle qui malmène des pans entiers de la société.
10 278 logements LSP/LPA pour la wilaya mais…
Dans le cadre du logement social participatif et promotionnel aidé, la wilaya de Tizi-Ouzou a bénéficié d’un important quota qui est de 10278 unités mais leur construction tarde à se faire. Sur ce quota, 6 388 logements sont achevés. 2 600 sont toujours en cours de réalisation dont 730 ont atteint le taux de 30%. 970 sont à 60% et 900 à 60% également. 488 logements ne sont pas lancés et 800 autres sont à l’arrêt. Il est à signaler que les bénéficiaires des100 logements LPA de Draâ Ben Khedda se plaignent de l’élimination des balcons prévus initialement et cela réduit la surface de leurs logements. «Cette décision a été prise à notre insu», déplorera un des bénéficiaires. Au sujet des logements non lancés, ils sont répartis sur différentes localités de la wilaya. Idem pour les 800 logements à l’arrêt.
27 600 logements LPL/LSL
Dans le cadre du plan quinquennal 2010/2014, Tizi-Ouzou a eu la part du lion avec 27600 unités. Des logements affectés au chef-lieu de wilaya et des municipalités. Les 5000 logements LPL de Oued Falli scindés en plusieurs parties ne sont pas encore achevés. La première tranche de 1500 unités est en bonne voie puisque 1300 logements sont achevés, les 200 unités restantes ne sont pas lancées pour indisponibilité d’assiette. «Ces 200 logements seront délocalisés vers Irdjen», révélera notre source. La deuxième tranche, à savoir celles des 3 500 logements du pôle d’excellence, 1000 logements sont achevés mais les travaux de VRD sont toujours en cours. Les raccordements au réseau de gaz et d’électricité ne sont même pas entamés. «Le payement des devis établis par la Sonelgaz n’est pas encore effectué», précisera toujours notre source. Pour ce qui est de la 3e tranche de 1500 unités, le constat est pareil du moment que plus de 1 300 unités sont achevées mais les voies et réseaux divers ne sont pas entrepris et pire encore, la centaine d’unités restantes n’est pas du tout lancée. Pour la dernière tranche de 1000, plus de 400 logements sont achevés, 120 en cours de réalisation, 114 sont à l’arrêt à cause de la stabilité du terrain et encore plus de 50 unités attendent d’être lancées. Toutefois, bien que la plupart du programme soit achevée, leur distribution n’interviendra pas sous peu car les VRD, l’AEP, l’électricité et le gaz ne sont pas disponibles. Pour les 1000 logements LPL de Draâ El-Mizan, il n’y a que 140 qui sont terminés, les autres sont en cours de réalisation. L’entreprise prévoit leur livraison progressive à partir de ce mois jusqu’en septembre 2017.
Les logements APC/CNEP, le laisser-aller a irrité le wali
Des centaines de logements lancés à travers plusieurs localités de la wilaya depuis parfois les années 1980 sont soit inachevés, soit abandonnés, soit à la traîne et dégradés ou même squattés. Un état des lieux qui a fait réagir l’actuel wali Mohamed Bouderbali. Il a en effet piqué une crise de nerf vu le laisser-aller qui a caractérisé certaines opérations. En effet, le chantier des 8 logements des Ath Yenni est à l’arrêt depuis…. 1998 ! Les 26 logements de Zekri sont squattés. Les 24 unités de Frikat sont en dégradation et non occupées. Les 24 d’Aghribs et d’Iferhounène sont achevés mais non affectés et en état de dégradation. A Irdjen 20 logements sont utilisés pour reloger les sinistrés du séisme de 2003. Les18 logements d’Ait Aissa Mimoun sont achevés mais non affectés, les dégradations sont inévitables. À Iboudraren et Bounouh, les logements ne sont pas affectés et toujours en dégradation. Les 100 logements de Draâ Ben Khdedda sont à l’arrêt, le béton est dégradé et les aciers corrodés. Le même constat est observé à Boudjima, Tizi Rached, Mekla et Aïn El Hammam. C’est à croire que cette crise de logement a été provoquée. L’achèvement de tous les programmes est tout indiqué pour mettre un terme définitif à cette fausse crise puisque des logements par milliers sont à la traîne. Un observateur notera : «Si tous les programmes sont menés à bon port, même les mineures auront des appartements. À chaque membre son poulet, pour reprendre le dicton kabyle, koul aâgal sou ayazidh-is».
Habitat rural, 76 300 aides allouées
La formule de l’aide à l’habitat rurale a donné ses fruits notamment dans les zones montagneuses et à travers les communes rurales, les pouvoirs publics ont certes fait des efforts en vue, d’une part, de faire reculer la crise de logement et d’autre part, de maintenir la population en place. Du coup, depuis le lancement de cette formule, la wilaya a bénéficié en tout de 76 300 aides financières. Le nombre de souscripteurs est de 73 484. Les aides distribuées sont de l’ordre de plus de 70 000 dont 59 800 aides ont été consommées et les appartements arrivés à la dernière tranche. Il en reste encore 13 600 aides dont 8 000 sont distribuées et la première tranche entamée. Toutefois, sur le terrain, le constat n’est pas satisfaisant puisqu’au niveau des APC et même au niveau de la direction concernée, le nombre de postulants demeure fort. A travers les communes, la demande est toujours aussi importante. Les bénéficiaires soulèvent un autre problème, à savoir l’insuffisance de l’aide financière de 70 millions de centimes. «Chez nous, le foncier est fortement accidenté. La moitié de l’aide est consommée dans les travaux de terrassement. Donc, avec l’aide, nous n’arrivons qu’à construire la carcasse de la maison. Les travaux de finition devront attendre des jours meilleurs. Il faut aussi savoir que les matériaux de construction flambent. L’aide de 70 millions de centimes est insuffisante pour bâtir une maison finie. Nous demandons aux autorités concernées de revoir le montant à la hausse», suggérera un bénéficiaire du côté de Tizi N’Tléta. À Tirmitine, le maire que nous avons questionné à propos de l’habitat rural dira : «C’est un segment important mais les aides ne viennent qu’au compte-goutte. Nous comptons actuellement 500 dossiers ficelés au niveau de la direction du logement». C’est comprendre que les quotas alloués aux communes sont en deçà de la demande.
Hocine T.

