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Bouteflika tranchera-t-il sur les salaires ?

C’est donc un demi-siècle d’existence, de combat et de luttes revendicatives que l’UGTA, la vedette de ce week-end, va célébrer aujourd’hui. Et comme invité d’honneur, elle recevra, pour la deuxième fois consécutive, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Ce dernier prononcera un discours dans lequel il répondra, inéluctablement, aux travailleurs qui espèrent entendre de bonnes nouvelles concernant leur épineux problème relatif aux salaires. Un problème qui a soulevé un vrai tollé, et ce, à plusieurs niveaux. C’est ce qui fait que la cérémonie de célébration du 50e anniversaire qui se déroulera au Palais des nations, où sera présent tout le staff du gouvernement, les directeurs des SGP, cadres de la nation et, bien sûr, les militants de l’UGTA, intervient dans un contexte particulier marqué par une effervescence du front social et également par un remarquable revirement dans le mouvement syndicale. La grève ayant paralysé les écoles ces trois derniers jours, pour ne citer que celle-ci, renseigne sur le marasme qui ronge les travailleurs, qui n’ont pas cessé ces derniers temps de crier leur ras-le-bol et leur désappointement quant à leur situation socioprofessionnelle caractérisée par un pouvoir d’achat “érodé”. Cela étant dit, les travailleurs attendent de cette journée, notamment de la part du premier magistrat du pays, des mots réconfortants qui soulageraient leur esprit. Rappelons que la protestation est montée d’un cran notamment après avoir entendu les déclarations du chef du gouvernement à la fermeture de la session automnale de la Chambre basse parlementaire, qui avait souligné que la revendication salariale des travailleurs reste « pressente mais illégitime ». Le chef d’Etat contredira-t-il son chef du gouvernement ? Comment compte-t-il répondre aux maintes interpellations et lettres ouvertes qui lui ont été dressées par les travailleurs ? Que dira, tous simplement, Bouteflika à tous ce monde en détresse ? Lors du 49e anniversaire, Bouteflika qui, rappelons-le, avait partagé la fête des syndicalistes, avait dans un langage populaire, annoncé son parrainage aux troupes de Sidi Said, soulignant qu’il « ne reconnait que l’UGTA comme organisation syndicale ». De son côté M. Malki, chargé des relations publiques auprès de l’UGTA, souligne que « le président va honorer la cérémonie par sa présence ». Mais, si Bouteflika maintiendra la même position déjà prononcée par son chef du gouvernement ? A cette question, Malki a rétorqué que dans le cas où l’hôte de l’UGTA ne se prononcera pas sur les deux dossiers controversés relatifs à la révision du SNMG et celui lié au statut général de la fonction publique, constituant la pierre angulaire de leur plate forme de revendication, « nous allons les remettre sur le tapis lors de la prochaine tripartite ».

Anniversaire et bilan rétrospectif

La centrale syndicale veut faire de cette journée commémorative une fête grandiose. Plusieurs festivités sont à l’affiche. La maison du Peuple s’est faite belle pour la circonstances. A travers tout le territoire national, il a été programmé des manifestations culturelles, historiques et des galas artistiques. Pour demain vendredi, des gerbes de fleurs seront déposées à la mémoire des martyrs du mouvement syndical à la maison du Peuple en présence du chef du gouvernement, a fait savoir Malki. Il est attendu que la centrale syndicale dressera à cette occasion, le bilan d’un demi-siècle d’existence. Dans une lettre adressée aux travailleurs et travailleuses, le secrétaire général de cette organisation de masse a, après avoir rendu un vibrant hommage « aux travailleurs et aux travailleurs et aux martyrs syndicalistes de la révolution et de la sauvegarde de la République », souligné que « l’UGTA est l’aboutissement d’un passé d’efforts, de sacrifices, et de dévouement. Avoir des joies communes dans le passé, une volonté commune dans le présent et un espoir dans l’avenir. Avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour une organisation syndicale ». Le SG de l’UGTA a, toutefois, appelé les travailleurs à faire face « au grand nombre de défis complexes et croissants, conséquences du modèle actuel de mondialisation et de la pression sur les droits et conditions des travailleurs et travailleuses ». Pour Sidi Said, « une organisation syndicale est une âme, un principe moral. Deux choses qui n’en font qu’une ». Ce dernier a appelé, plus loin, tous les travailleurs d’”orienter le combat pour la dignité prôné par l’UGTA vers l’effort et la grandeur.” Il les a même exhorté à réunir leurs pensées avec confiance, loyalement pour la justice et l’équité sociale. « Un effort renouvelé exige, d’après lui, l’union de tous les travailleurs et travailleuses ». Mais « une union sincère et fraternelle, non point celle que l’on proclame, mais celle que l’on pratique ». Ceci pour calmer les esprits et mettre de côté les haines et les rancunes surgies au niveau des cadres syndicaux à la veille de la tenue du congrès. Pour un constat, il y a lieu de dire, que l’UGTA, après 50 ans d’existence, se retrouve à la croisée des chemins. Au moment où elle est confrontée à un conflit interne, elle doit faire face aux appels pressants de la classe ouvrière, qui lui échappe de plus en plus.

Wassila Ould Hamouda

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