Ighil-Ali, chef-lieu de daïra (80 km de Béjaïa), n’arrive pas à joindre le fil au chas afin de sortir de son marasme et de sa léthargie. Se débattant dans de multiples problèmes, ce grand village n’a de daïra que le nom. En effet, il est dépourvu de beaucoup de choses qui, en d’autres lieux, ne constituent guère des casse-têtes, à l’image de Tazmalt et d’Akbou. A commencer par les pompiers, dont la présence demeure plus que capitale pour la population en cas d’urgence (accident, incendie, problèmes de santé, etc). Les autorités locales ont dégagé un local devant recevoir ce corps. Cependant, il tarde à y être affecté, en dépit d’incessantes demandes. Dans le même ordre d’idées, il y a le centre de santé, ou ce qui semble en être un où brillent les insuffisances et les carences. Un seul médecin pour une population qui avoisines les 8 000 âmes. Aucun pavillon d’urgence, ni radiologie, ni encore moins une ambulance. Pour l’extraction d’une dent, le patient doit acheter le produit anesthésiant chez le pharmacien pour se le faire injecter par le dentiste. Le comble du malheur, c’est qu’il n’existe même pas une maternité. Les parturientes doivent souffrir et patienter le long du trajet pour accoucher à l’hôpital d’Akbou, ceci pour celles qui ont la chance d’arriver à temps. Pour d’autres, moins chanceuses, on atteste sur l’honneur qu’il y a eu des cas d’accouchement… sous des oliviers. Des maris se sont improvisés en sages-femmes en aidant leurs femmes à accoucher et en coupant les cordons ombilicaux des nouveau-nés vagissant. Le gaz de ville, demeure une préoccupation à plus d’un titre. Le village cher à Jean Amrouche n’en dispose pas, nonobstant une demande introduite auprès de la direction des mines de la wilaya de Béjaïa, en 2004. Le tribunal, les banques, les corps de sécurité, sont autant d’institutions qui y font défaut, lesquels relèguent Ighil-Ali à un simple patelin où le nom « daïra » n’est qu’un vain mot. L’APC n’est pas bien lotie, puisqu’elle n’est pas « gâtée » en matière de budgets. Pour celui complémentaire et qui concerne l’année 2005, il est de l’ordre de 4 millions de dinars. A la question de savoir dans quels projets cette somme sera dépensée, les adjoints (deux) du maire, d’obédience RND, ont insisté tout d’abord sur « l’insignifiance » de cette cagnotte. Et de poursuivre qu’elle sera utilisée pour l’électrification de Boni, une localité distante de 15 km d’Ighil-Ali. Les recettes communales ne proviennent que d’une seule source : le marché hebdomadaire du samedi, géré par un adjudicataire qui paye 250 000 DA chaque année aux recettes. Cet argent est utilisé dans le traitement des salaires des fonctionnaires de l’APC. Le parc municipal, est qualifié de « cimetière » par le premier adjoint de l’édile. En effet, la majorité des engins et véhicules sont en panne (la niveleuse, le bull, le car, le camion). Seuls sont intacts les véhicules de service et le bus pour le ramassage scolaire. Celui-ci fait chaque jour 2 navettes le matin et 2 autres le soir pour transporter les collégiens et lycéens des villages de Zina, Belayel, Tiniri et At Serad.
Boni, « l’espoir » Boni est une localité (15 km d’Ighil Ali) comprenant une vingtaine de maisons non-électrifiées officiellement (par l’Etat) mais bénéficiant de l’électricité, selon une source crédible, de manière « piratée ». Ce à quoi les autorités locales s’échinent afin de munir cette région de l’électricité, car elles projettent, à l’ombre de ce projet, d’y créer une ZAC (zone d’activité commerciale). Toutefois, le problème qui se dresse à la « face » des autorités, c’est l’affectation des terres du domaine forestier du domaine de l’APC, dans l’optique de vendre des lots ou de les louer aux éventuels investisseurs qui n’attendent que le signal. Les autorités comptent beaucoup sur ce projet. « Si nous parvenons à créer une ZAC, ce sera en grande partie la solution aux problèmes du chômage et de l’exode que connaissent les villages avoisinants », a dit le premier adjoint.
L’exode « ferme » les écolesIllougane, Tabouaânant, Tazla, les écoles primaires de ces villages ont mis la clé sous le paillasson, faute d’élèves. L’exode a réduit au silence ces lieux du savoir. Les quelques familles qui y vivent encore, faute de moyens permettant de s’installer sous des cieux plus cléments, voient leurs rejetons contraints d’apprendre à Ighil Ali, en parcourant journellement, avec les moyens de bord (auto-stop, marche) des kilomètres pour rejoindre leur école.
Micipsa Y.