Le barrage à son plus bas niveau de remplissage – Taksebt passe sous les 38%

La première réserve en eau potable de la wilaya de Tizi-Ouzou, à savoir le barrage de Taksebt, est descendu à un niveau critique de remplissage.

Le plus bas depuis sa mise en service en 2007. Désormais, il passe sous les 38%. Ce constat alarmant a été fait par le premier responsable du secteur de l’hydraulique dans la wilaya, M. Hameg. Le barrage de Taksebt est pour rappel d’une capacité de 180 million de mètres cubes. Il est situé sur la rivière de Takhoukht, à 10 km du chef-lieu de la wilaya. Il est la principale source d’eau potable de la wilaya de Tizi-Ouzou, et même pas uniquement. En effet, le barrage de Taksebt alimente, aussi, d’autres wilayas du centre, telles Alger (jusqu’à un passé récent avant la suspension justement faute de réserve suffisante), et Boumerdès notamment. Le taux de pluviométrie, très réduit ces derniers temps, a visiblement affecté sérieusement le niveau de remplissage du barrage qui ne cesse de baisser. Ayant été à 41% au mois de novembre dernier, les responsables du secteur avaient décidé à ce moment-là de suspendre l’alimentation de la capitale depuis ce barrage. La décision avait comme justificatoin de «permettre au barrage de se remplir avec les dernières pluies». Cette mesure était aussi censée faire économiser quotidiennement les 200 000 m3 qui étaient destinés à l’alimentation de la capitale. Ceci dit, la situation n’a visiblement pas évolué dans le sens réjouissant mais a bien empiré. La mesure aura eu sans doute pour effet d’atténuer la baisse du taux de remplissage à un niveau plus alarmant. Mais il est vraisemblablement à venir, si les pluies tardent à se manifester. Le manque se fait déjà sentir dans les différentes localités de la wilaya alimentées à partir de ce barrage. Au chef-lieu de la wilaya, à titre illustratif, les citoyens se plaignent de perturbations dans l’alimentation de jour comme de nuit, dues aux mesures de «restrictions» prises pour, soi-disant, «rationaliser la consommation d’eau», nous dira une source bien avisée de l’ADE.

«Dans trois ou quatre ans le barrage ne pourra même pas suffire à la Kabylie»

Par ailleurs, ce désagrément est loin d’être le seul problème qui accompagne la baisse du niveau d’eau au barrage de Taksebt. En effet, un autre problème, et pas des moindres, se pose. Il s’agit du risque «élevé» de pollution. «Le risque de pollution augmente avec la baisse du niveau d’eau dans le barrage», a avoué M. Hameg. Un aveu qui relance le débat sur le projet de six stations d’épuration, gelé. Le directeur de l’hydraulique de la wilaya indiquera que «5,5 milliards de dinars est le budget alloué à ce projet». Il ajoutera que les mesures d’austérité seraient à l’origine du gel. Néanmoins, M. Hameg dit espérer que la situation sera bientôt débloquée. Si la situation perdure, et avec l’augmentation des besoins de la population alimentée à partir du barrage, ce dernier ne pourra plus répondre à cette demande d’ici trois à quatre années. Pour M. Hameg, la solution serait de concrétiser les différents projets inscrits à l’indicatif du secteur dans la wilaya, notamment le barrage de Souk N’Tlatha, d’une capacité de 100 million M3, destiné exclusivement à l’alimentation de Tizi-Ouzou et Boumerdès. Ce projet enregistre un retard de 36 mois, a déclaré M. Hameg. Pour ce qui est de la date de son exploitation, elle est prévue pour la fin de cette année, voire l’année prochaine. En outre, les autorités comptent sur le projet d’un barrage à Sidi Khlifa, d’une capacité de 23 millions de M3, destiné à l’alimentation du nord de la wilaya. Le projet sera inscrit cette année en réalisation, selon toujours la même source. «Le barrage d’Aït Khelili pourra aussi soulager la wilaya avec sa capacité de 24 million de M3», a estimé le directeur de l’hydraulique de la wilaya. «La wilaya pourra tenir encore 20 ans sans soucis d’eau, si ces projets sont concrétisés», a précisé M. Hameg. Néanmoins, sur le terrain, la situation économique ne joue pas trop en faveur de la réalisation de ces projets, du moins dans les délais espérés, ce qui laisse présager une pénurie d’eau qui sera sans merci pour la région, si, d’ici là la nature n’est pas plus clémente.

Kamela Haddoum.