à l’occasion des festivités de Yennayer, le public de Tizi-Ouzou était convié à une conférence-débat, animée par Mme Kherdouci Hassina, enseignante au département de langue et culture amazighes à l’Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. Elle avait pour thème «L’imaginaire du corps dans la poésie de Si Mohand U M’hand». «C’est un imaginaire de fantasmes et de rêves. C’est aussi une expression de sensibilité. Et le poète ne faisait référence qu’au corps de la femme», dira la conférencière. Elle ajoutera : «C’était quelqu’un qui aimait le beau, qui aimait la femme !». Elle dira plus loin : «Si Mohand U M’hand avait non seulement brisé les tabous d’une société conservatrice, mais il avait aussi défié le colon car il était amoureux de la fille du général Ravel. Mais la conjoncture ne lui permettait pas de s’en approcher» Tout au long de ses poèmes, «il a valorisé le corps de la femme d’une façon disciplinée, il citait les parties de ce corps par étape et suivait une certaine logique dans sa poésie», précisera encore Mme Kherdouci. Elle avouera, avec une note d’amertume, qu’il n’y a pas eu de recherches approfondies sur la poésie de Si Mohand U M’hand : «Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun, Camille Dujardin, le Fichier berbère avaient des renseignements, des notes sur ce poète, mais de façon restreinte. C’est un poète qui reste encore à découvrir, c’est le créateur de la poésie du corps !», ajoutera l’animatrice qui rejette tout propos qualifiant le poète de vulgaire : «Si Mohand U M’hand n’a jamais été vulgaire dans sa poésie en parlant du corps de la femme. La vulgarité, nous la voyons aujourd’hui, autour de nous, avec ce qui est importé d’ailleurs !». Cette culture, cette littérature est à valoriser, et pour la valoriser, il faut d’abord la connaître. L’animatrice exhorte la nouvelle génération à se pencher sur ces traditions, cette littérature d’expression amazighe, cette poésie kabyle qui constitue notre patrimoine à promouvoir, notre identité à conserver, tout en ayant un œil sur la modernisation. L’animatrice avertit : «La jeune génération ne doit pas consommer tout ce qui vient d’ailleurs en croyant que c’est la meilleure façon d’évoluer !».
M.A.Tadjer
