Les islamistes bloquent un projet de brasserie

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Youcef B., investisseur spécialisé dans la brasserie, a entamé en association avec un spécialiste belge l’installation d’une fabrique de bière à la périphérie sud du village, il y a bientôt deux ans. Les services de la Direction de la réglementation et des affaires générales (DRAG) de la wilaya de Béjaïa ont ordonné l’ouverture d’une enquête sur l’impact de ce projet sur l’environnement. Un commissaire enquêteur est nommé, un registre de doléances publiques est ouvert auprès de l’APC de Tazmalt, pour une durée de 45 jours à compter du 11 février passé Les citoyens sont invités à consigner leurs observations. Il s’agit de déterminer si l’entreprise gène les voisins par ses nuisances supposées, ses fumées, ses bruits, ses odeurs, ou ses rejets. Affaire de routine administrative donc ! Loin s’en faut puisque ce projet mobilise contre lui toutes les énergies islamistes de la région. Des dizaines de quidams, rameutés par les tribuns islamistes locaux, signent sur ce registre d’enquête des déclarations relatives au caractère nuisible et illicite de l’alcool en général, et à l’immoralité du projet et le renfort qu’il ne manquera pas d’apporter à la débauche ambiante. Nous nous sommes présentés au bureau chargé de recueillir les doléances des citoyens. Un jeune employé nous reçoit, nous demande les papiers d’identité, nous ouvre le registre et nous indique un endroit où mentionner nos observations. Après 9 jours d’ouverture, la liste est au numéro 398. Jamais une enquête de voisinage n’a autant passionné les citoyens ! Face à notre air interrogatif, le jeune employé embarrassé affirme : « Il y a des pour et des contre, à vous de voir et de mentionner vos arguments ». Le citoyen est donc supposé averti et documenté sur la nature de l’enquête qui vise à établir les nuisances de la fabrication de la bière sur l’environnement, alors que de nombreux signataires que nous avons interrogés sont venus porter un jugement sur le caractère licite ou illicite du produit, la bière en l’occurrence. L’objet de l’enquête est visiblement détourné, qui tourne en sondage d’opinion. Le citoyen est désormais placé dans le domaine de la symbolique sociale, sommé de dire si la production de bière dérange la morale ambiante, comme s’il s’agissait de choisir entre la bière et la prière ! Il y a donc au départ vice de forme dans ce recueil de doléances où le signataire est censé lire l’objet de l’enquête avant d’apporter ses observations ! N’ayant pas restreint la résidence des signataires, on observe que l’enquête attire des citoyens d’autres communes qui couchent de véritables dissertations de morale religieuse sans définir en quoi la production de bière gène l’environnement.M. Youcef B. savait qu’il y avait des coûts administratifs à comptabiliser dans les frais préliminaires, des difficultés de nature bureaucratique à lever par des interventions coûteuses, mais il ne se doutait pas qu’à la mise en service de sa brasserie, il butterait sur des obstacles de nature idéologique. »Mon projet a passé toutes les étapes réglementaires sans embûches ; c’est vers la fin que j’ai été bloqué une première fois par l’APC, dirigée par le maire sortant qui a renvoyé l’enquête diligentée par les services de wilaya en émettant un avis défavorable, une seconde fois par le commissaire-enquêteur pour un problème de délai, l’enquête étant tombée au moment des élections communales partielles ! Aujourd’hui après l’élection d’un nouveau maire qui connaît bien sa commune, la situation est débloquée mais les mêmes adversaires d’hier se mobilisent aujourd’hui pour soumettre mon projet à une enquête de moralité. L’enquête « commodo et incommodo » réglementaire qui concerne le voisinage est détournée par des groupes religieux en sondage de moralité islamique. » affirme le jeune investisseur qui a déjà dépensé près de 10 milliards pour cette unité intégrée ultra moderne managée par M. J.P. Bleuyart, le même expert belge qui a installé la fabrique « Castel » d’Oran et qui assure la maintenance de l’usine de Rouiba qui fabrique la « Tango ». « Aucun de mes voisins n’a signé contre mon projet qui ne recèle aucune nuisance. Une brasserie identique est sur le point d’ouvrir à El-Kseur sans susciter cette intolérance fanatique propre à Tazmalt, où des jeunes chômeurs à qui profitera l’investissement sont mobilisés par les animateurs d’un clan bien connus dans le cadre d’un règlement de comptes pour gâcher mon affaire », ajoute Youcef B..A contrario de nombreux citoyens qui savent que la fabrication de la bière résulte d’un processus de fermentation du malt (orge germée), sans aucune nuisance à l’environnement, apportent leur soutien au projet créateur de plus de 200 emplois directs et indirects, et générateur d’importantes ressources fiscales pour la commune lourdement endettée (9 DA par bouteille fabriquée seront versés à la municipalité. Avec 18 000 bouteilles par jour, la commune recevra plus de 17 millions de centimes par jour). « Empêcher une brasserie de créer des emplois pour les jeunes de la commune et de fournir des ressources pour le développement local, ne diminuera en rien la consommation d’alcool dans la région. J’ai vu dans l’usine de Rouiba des jeunes musulmans pratiquants fabriquer les cannettes de Tango, sans que cela dérange leur foi ! A Tazmalt on est plus musulman que tout le monde ! Il s’agit en réalité d’un blocage clanique sur lequel se greffe des manifestations d’ostentation religieuse. Malgré tous les obstacles je mènerais mon projet à terme », conclut le jeune investisseur.Il n’y a ni plus ni moins de débauche à Tazmalt qu’ailleurs. Economie parallèle, drogue, prostitution, alcool sont le tribut à payer à la crise sociale d’envergure nationale. Le puritanisme au nom duquel se mobilisent les islamistes locaux, est d’autant plus suspect qu’il se manifeste sur des résurgences tribalistes médiévales ouvrant la voie à la concrétisation d’intérêts mafieux.

Hassen Sadek

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