La statue à l’effigie de Cheikh Mohand Ameziane Belhaddad, érigée dans la ville de Seddouk, est abandonnée à son triste sort. Elle a été réalisée en 1995 au centre de la rue piétonnière allant de la grande placette de la mairie au marché hebdomadaire de la ville. Aujourd’hui, la canne, un élément de cette statue faite avec du béton, se dégrade de plus en plus en perdant progressivement l’enduit en ciment, laissant apparaître la barre de fer dénudée. Ce délabrement de la canne de la statue a commencé l’année passée. Seulement, à l’approche de la célébration de l’appel lancé par cet illustre personnage en date du 08 avril 1871 qui a conduit à l’insurrection paysanne dans la haute vallée de la Soummam, elle fut rafistolée à la va-vite. Une réparation qui n’a pas tenu une année, puisqu’elle s’est de nouveau dégradée beaucoup plus que l’année passée. Comme la date symbole du 08 avril approche, sûrement elle va encore être rafistolée pour la circonstance. Cheikh Belhaddad mérite mieux qu’une statue en béton, lui qui, après avoir fait de hautes études, avait fondé la zaouïa de Lokri où il enseignait le Coran à des apprenants qui venaient de partout. Il était aussi désigné Mokadem de la Tarika Rahmania, une puissante confrérie religieuse, pour propager l’islam dans la vallée de la Soummam. En 1857, il a été désigné à la tête de cette confrérie religieuse qui comptait une centaine de zaouïas réparties à travers le territoire national et ayant un effectif de plus de 300 000 fidèles. Quand Mohamed El-Mokrani avait déclenché les hostilités contre l’armée coloniale, il a sollicité l’érudit et charismatique Cheikh qui jouissait d’une popularité jamais égalée pour lancer un appel au djihad, faisant rallier à la cause plus de 250 tribus. Une guerre menée par ces deux fils Aziz et M’hand aux côtés de Mohamed et Boumézrag El-Mokrani. Pour toutes ces raisons, ce grand homme dont l’engagement patriotique pour la nation est prouvé par ces milliers de Khouanes de Tizi-Ouzou et d’Alger qui lui sont encore restés fidèles en venant en famille plusieurs fois dans l’année se recueillir sur sa tombe à Seddouk Oufella et demander sa baraka. Il y a un proverbe qui dit : «Nul n’est prophète en son pays», autrement dit, Cheikh Aheddad mérite bien une statue digne de ce nom, en bronze ou autre matériau solide et pas seulement à la placette de Seddouk mais dans une grande place comme la ville de Béjaïa. Cet exemple est valable aussi pour les deux Bouguermouh, Abderahmane et Malek. Pour s’être investis pleinement dans la culture, ils ont eu droit à des statuettes à leurs effigies sur la placette de la mairie d’Ouzellaguen, leur terre natale. Elles ont été vite vandalisées. Par ailleurs, la statue à l’effigie de l’écrivain Mouloud Mammeri, érigée à la placette de la salle de spectacle Youcef Abdjaoui à Sidi Aïch, a été complètement détériorée. La liste est loin d’être exhaustive. Ces mépris vis-à-vis des illustres hommes qui ont, chacun dans son domaine, écrit une page de notre histoire, méritent des égards et du respect de notre part.
L. Beddar
