Célébration de la Journée nationale du Chahid – Ath Mendès en fête…

La Journée nationale du Chahid a été célébrée avec faste à travers toutes les localités de la wilaya.

La population d’Ath Mendès, sur les hauteurs de Boghni, n’a pas été en reste. Son comité de village, en collaboration avec les autorités locales, à leur tête le maire et l’ONM locale, n’a pas lésiné sur les moyens pour célébrer comme il se doit cette date. Au lieudit Thiniri N’Ah Mendès, des banderoles sur lesquelles on pouvait lire en arabe, en français et en tamazight, « Ath Mendès vous souhaite la bienvenue », ont été brandies. Le regard est tout de suite attiré par la belle maison de jeunes, inaugurée il y a un mois à peine par le ministre de la Jeunesse et des sports, M. Ould Ali El Hadi. La structure s’est parée de ses plus beaux atours pour son premier rendez-vous d’une longue liste de célébrations. Des centaines de personnes descendues de l’aârch d’Ath Mendès attendaient depuis le matin l’arrivée des officiels dont le chef de daïra et les responsables civils et militaires. Dans la foule compacte, on remarquait la présence de plusieurs moudjahidine venus des quatre coins de la wilaya, à l’instar de Mohamed Zahzouh, Ali Goucem, Ali Yadadène et bien d’autres. Il y avait aussi les maires des communes de la daïra, des représentants des organisations de fils de chahid, Nordine Aït Hamouda, le fils du colonel Amirouche, président de la fondation qui porte le nom de son illustre père, Miloud Iboud, l’ancienne gloire de la JSK et du Jumbo-Jet…

Qui est

El Hadj Arezki

Messaoudène ?

Après le dépôt d’une gerbe de fleurs au carré des martyrs d’Ath Mendès et la lecture de la fatiha, l’assistance s’est dirigée vers la maison de jeunes qui fut baptisée, avant-hier, du nom du Moudjahid El Hadj Arezki Messaoudène.

Il est né en 1939 à Ath Mendès (Boghni). Il rejoignit ses frères au maquis alors qu’il n’avait que 16 ans. Il fut activement recherché par la police française, alors il quitta l’Algérie pour aller s’installer en France où il activa au sein de la fédération du FLN sous le commandement d’Ali Haroun. Peu de temps après, il fut désigné comme responsable de la section du groupe de choc de Valence. Là aussi, il devint la cible des services de la police métropolitaine. Ce qui l’obligea à s’enfuir en Allemagne avant d’être affecté à Oujda (Maroc) pour activer aux côtés de Boussouf jusqu’à l’indépendance du pays. Il reprit du service dans les rangs de l’ANP en occupant le poste de directeur du matériel militaire au Caroubier. Ensuite, il fut nommé au cabinet de la présidence par feu Houari Boumediene, puis par Chadli Bendjedid avant d’être promu en 1988 directeur central au sein de cette institution. Il prit sa retraite en 1992 et s’installa dans son village. Mais, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, le rappela comme chargé de mission à la présidence. Le 5 mars 2014, il eut un malaise cardiaque. Transféré en urgence à l’hôpital militaire d’Aïn Naâdja, il y fut pris en charge. Quelques jours après, il sortit de l’hôpital mais une autre attaque cardiaque eut raison de lui, le 9 mars. Il fut enterré dans son village natal. Pour en revenir aux festivités de samedi, une marche silencieuse s’est ébranlée de la maison de jeunes, juste après sa baptisation tant applaudie. La procession avança sur 2 kilomètres, jusqu’à l’école primaire Frères Belarbi, un ancien centre de détention et de torture durant l’occupation française. Certes, cet établissement a été rénové, mais les vieilles personnes n’oublieront jamais le « puits de la mort ». «C’est ici que les soldats français torturaient nos frères algériens. Si quelqu’un y entrait, il ne revoyait plus les siens. Une fois torturés à mort, les prisonniers étaient jetés dans le puits», nous raconte un ancien moudjahid. Pour cette commémoration, cette école fut donc transformée en lieu de recueillement. En effet, en plus des expositions, on pouvait entendre à des kilomètres à la ronde tous ces chants patriotiques dont la célèbre chanson « a yema azizen ouroutsrou » du grand moudjahid Farid Ali. Ensuite, des jeunes du village armés de fusils de chasse attendaient l’inauguration de la stèle dédiée aux trois chahids : Rabah Slimani, Said Dahmani et Mouloud Hargaz, torturés à mort en 1958 par les tortionnaires de Bigeard et consorts avant d’être jetés dans ce puits maudit. Avant l’inauguration de la stèle, les centaines de personnes présentes écoutèrent l’hymne national en entier, dans une ambiance pleine d’émotion. Certains moudjahidine et moudjahidate ne purent retenir leurs larmes. Des jeunes filles récitèrent ensuite des poèmes relatant la bravoure des enfants d’Algérie et ceux d’Ath Mendès en particulier. De jeunes chanteurs montèrent sur scène pour entonner quelques refrains de chansons dédiées aux combattants de l’ALN. Puis, ce fut l’inauguration solennelle de cette stèle par les autorités locales et les membres du comité de village sous des coups de baroud tirés en l’honneur des trois martyrs. Les femmes laissèrent échapper des youyous stridents qui remplirent les airs. Une fois dévoilée, la stèle fut immortalisée par une succession de prises de photos. Des témoignages poignants viendront ensuite dire le courage de ces trois chahids qui ne livrèrent aucun renseignement à leurs tortionnaires qui leur ont fait subir les pires sévices, voulant coûte que coûte démanteler l’organisation à Ath Mendès. Les membres du comité de village invitèrent ensuite tout le monde à un couscous royal servi dans la cantine scolaire qui se trouve juste à côté du « puits de la mort » fermé pour le préserver et ne pas déconcentrer les petites têtes brunes qui viennent quotidiennement à la conquête du savoir dans cette école.

Amar Ouramdane