«Je ne renonce pas, je reviendrai plus forte»

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à travers cet entretien, la chanteuseb Siham Stiti s’explique sur son absence de la scène ces derniers temps et promet un retour actif et plein de surprises à ses admirateurs

La Dépêche de Kabylie : vous avez participé récemment à un gala de charité au profit des démunis. C’est pour vous une cause que vous soutenez ?

Siham Stiti : Ah oui totalement ! J’ai toujours répondu favorablement à ce genre d’actions. Franchement, c’est une très bonne initiative. L’entraide et la solidarité sont des valeurs ancrées dans notre société. Si nos aïeux ont pu survivre dans leurs contrées les plus reculées et les plus escarpées, c’est grâce, en premier lieu, à ces nobles valeurs. Alors, en tant qu’être humain et artiste, je fus touchée par l’appel de l’association qui est en train de faire un geste humanitaire en organisant des galas de charité au profit des démunis de notre région. Donc, je suis vraiment très contente d’être là.

Un petit retour sur votre parcours artistique…

J’ai commencé mon parcours artistique avec mon défunt père en 1994. Il a fait mon premier album en 1997, j’ai fait la promotion de ce produit un peu partout en organisant des concerts en Kabylie, à Alger ainsi que des émissions de télévision et de radio. Il m’a accompagné jusqu’à 2006, l’année de son décès. Sa disparition m’a anéantie, ce qui m’a obligée à prendre un peu de recul. Avec mon papa, je n’avais pas de contraintes. Je ne me souciais guère des problèmes. C’est lui qui faisait tout, je ne m’occupais que de ma voix. Depuis, j’essaie d’être positive avec le soutien des collègues et des amis. J’ai été bien entouré.

Avec votre père, vous avez chanté l’amour, ce qui était jusque-là un vrai tabou dans la société kabyle…

Mon père m’a donné mon plus beau cadeau le jour où il m’a dit ceci : «Tu sais ma fille, si tu veux chanter, je te composerai un album». Cela n’est en effet pas donné à tout le monde, et surtout dans une société comme la nôtre, à dominante traditionnelle. Je suis très contente et fière d’avoir eu un papa comme lui, que Dieu ait son âme. Maintenant, j’ai un mari qui fait de son possible pour que je me sente en sécurité. Ce n’est pas évident pour une femme qui a un handicap, elle dépend toujours d’une tiers personne.

Depuis, vous avez honoré plusieurs concerts en France, pouvez-vous nous en parler ?

Vous savez, me produire en France c’était le souhait de mon père, son rêve. Mais, malheureusement, j’ai fait la scène en France, mais il n’était plus là. C’était très difficile pour moi. C’était un père exemplaire. Ce sont des pères comme lui, dont les filles ont besoin. Les pères doivent être compréhensifs, car nous vivons dans une société un conservatrice où plusieurs domaines sont exclusivement ‘’réservés’’ aux hommes.

D’après votre entourage, votre défunt père vous a donné le prénom Siham en hommage à une chanteuse. Le confirmez-vous ?

C’est exact, mon prénom est celui d’une chanteuse égyptienne qu’il avait rencontrée et qui travaillait chez le grand artiste Mahboub Bati.

Et comment s’est passée votre expérience en France ?

J’ai travaillé avec beaucoup de chanteurs en France, mais la personne qui m’a marqué le plus, c’est évidemment Omar Mezayit, un organisateur de spectacles. Avait-il entendu l’émission que j’avais accordée à Berbère TV à l’époque où mon père avait émis le vœu de me voir me produire en France ? Je ne lui ai jamais posé la question. A partir de 2007, j’ai travaillé avec d’autres boites de production. J’ai fait plusieurs scènes en France et j’ai enregistré deux albums. Entre temps, j’ai essayé d’être un peu autonome, je travaillais toute seule. Je fais de mon mieux pour ne pas décevoir les gens qui m’aiment.

Des projets à court terme ?

Oui, j’ai beaucoup de projets. Je voulais juste dire que mon absence de la scène artistique est due à des raisons personnelles. Je ne renonce pas à ma carrière. Dans la vie, on doit faire des choix, établir des priorités, et ça on ne le fait pas toujours de gaieté de cœur. Maintenant que tout est rentré dans l’autre, je me consacre cœur et âme à la création et à ma passion qu’est la chanson. Une chose est sûre, mon public sera agréablement surpris. Je prépare actuellement une tournée en France, deux concerts au mois de mars et deux autres au mois d’avril, prochains. Je prépare également un album live.

Un mot sur la situation de la chanson kabyle ?

Chacun y va de son analyse de la situation actuelle de la chanson kabyle. Personnellement, je dirai que sur le plan de la commercialisation, ce n’est plus comme avant. La jeune génération a plus d’opportunités, même s’il y a des obstacles et des inconvénients ici et là. Il y a également le phénomène de piratage qui pénalise vraiment les artistes, la vente au marché parallèle des CD contrefaits, l’arnaque de quelques éditeurs et boites de productions, etc. Autre chose, et c’est mon droit également, j’insiste sur le statut de l’artiste, sur nos droits fondamentaux. Ça commence à voir le jour, mais timidement. J’aimerais bien qu’on soit comme les autres pays. Je ne veux pas me paraitre pessimiste ou négative, je reconnais les efforts fournis par l’ONDA envers les artistes, mais il reste beaucoup de choses à faire et à concrétiser pour atteindre un niveau acceptable. L’artiste est le miroir de la société, il travaille de jour comme de nuit, il souffre beaucoup. Et par conséquent, il mérite reconnaissance et considération.

On vous laisse conclure…

Je tiens à rendre hommage à mon défunt père, que Dieu ait son âme. C’est lui qui m’a aidé à donner un sens à ma vie. Nous ne sommes que des passagers sur cette terre. J’invite, par la même occasion, les gens qui ont les moyens à soutenir ce genre d’initiatives. Nous, nous le faisons avec notre art. Il faut être auprès des démunis qui souffrent en silence. Chacun avec ses moyens, nous pouvons et nous devons le faire.

Entretien réalisé

par Hocine Moula

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