La Dépêche de Kabylie

Amdoun n’Seddouk El-Moumadha et El-Manfouka – Des sources séculaires intarissables

Situées sur le chemin allant vers le village Seddouk Oufella, dans le douar d’Amdoun n’Seddouk, les sources légendaires d’El Moumadha et d’El Manfouka ont été à l’origine de la sédentarisation de plusieurs générations.

Celles-ci ont formé les populations des quatre villages (Seddouk Ouadda, Ighil n’Djiber, Tibouamouchine et Seddouk Oufella), composant ce douar, des habitants qui leur vouent une vénération particulière en les adulant comme on adule des Saints. La pénurie d’eau qui a duré une semaine dans toutes les localités de la commune de Seddouk a fait que beaucoup de familles se rendaient à ses deux sources pour s’approvisionner en eau potable et les passagers aussi trouvent un réel plaisir à s’arrêter dans cet endroit édénique pour étancher leur soif. Certains, tellement le panorama est splendide immortalisent l’événement par la prise de photos souvenirs. Pour les besoins de ce reportage, on s’est rendu sur les lieux où on a constaté l’engouement des familles. En roulant sur la RN 74 et juste en dépassant l’école primaire de Lokri (Ex zaouia de Cheikh Ahaddad) on arrive à un trois chemins ou le panneau de signalisation indique que la route de droite mène au village Seddouk Oufella. Une route que nous avons empruntée agréablement du fait que la nature lui a façonné un environnement sauvage subtil, une vraie carte postale agréable à voir. À l’entrée de cette route et sur une distance d’environ 300 mètres, sont alignées à droite comme à gauche, des villas pavillonnaires nouvellement construites et assorties de jardins fleuris entourés de murets construits avec de la pierre locale. À la sortie de cette petite et paisible agglomération, la nature étale tout son charme avec des peupliers géants et centenaires ombrageux qui cachent le ciel. Ces arbres sont habités par des oiseaux de tout genre qui bercent avec leurs chants mélodieux et suaves. Des senteurs odorantes chatouillant les narines proviennent de cette nature sauvage. Une centaine de mètres de marche dans cette jungle et au détour d’un virage apparaissent les sources, lieu de notre destination d’o&ugrave,; de loin, une animation particulière et fébrile est perceptible. Les sources se trouvent à gauche à quelques vingt mètres au fond d’une impasse. L’eau qui se dégage de deux siphons se déverse dans un bassin. Hommes et femmes, en file indienne, jerricans, bidons ou tous autres récipients posés à terre attendent chacun son tour. Leurs voitures sont alignées d’un seul côté car la route est étroite. Les vertus de leurs eaux sont réputées bienfaitrices et nourricières pour les humains qui les utilisaient pour de multiples usages autrefois. Leurs eaux sortent des entrailles de la terre sur le flanc Ouest de la montagne d’Achtoug juste en dessous d’une grotte féérique. Une légende très répandue dans la région dit que des explorateurs français ont laissé présager, partant du bruissement d’eau qu’on entend dans les profondeurs de cette grotte qui s’apparente à un ruisseau qui coule, qu’un jour, celui-ci remonterait à la surface et inonderait tout le flanc situé en contrebas de la montagne jusqu’à l’oued Soummam. Bien qu’elles soient millénaires et prenant racine de la nappe phréatique du Sud algérien (Bousaâda) comme l’a laissé entendre un ingénieur en hydraulique ayant étudié la carte de la région, les premiers habitants qui les ont mises en valeur furent les Byzantins qui avaient installé leur forteresse sur un petit plateau (Ighoudhan) bordé par une rivière où convergent les eaux des deux sources. Les autochtones de l’époque les utilisaient pour l’irrigation des cultures, la fabrication des outils dans l’artisanat et l’alimentation des bêtes et des humains. Les Arabes en firent de même après avoir chassé les Byzantins. Cette forteresse aurait subi une destruction et on ne sait si par l’avènement d’une guerre, des forces de la nature ou par l’effet du temps (l’usure). La population abandonnant le lieu s’est amplifiée en s’éparpillant et en créant quatre villages de renaissance (Seddouk Ouadda, Ighil n’Djiber, Tibouamouchine et Seddouk Ouffela). Cheikh Belhaddad, en arrivant sur les lieux a découvert leurs vertus, notamment leurs débits constants durant les quatre saisons et ne s’était pas fait prier pour élire domicile et fonder une zaouia. Les colons français de même, bien qu’installés sur le vaste plateau de Tizi el Djamaâ, Seddouk centre actuel, à une dizaine de kilomètres ont vite repéré leurs eaux potables qu’ils ont captées et amenées dans une conduite jusqu’en ville où ils ont construit des fontaines publiques. Le surplus a été laissé pour les habitants des villages Seddouk Ouffela, et Seddouk Ouadda, qui les utilisaient dans le temps pour le fonctionnement des moulins à grains installés le long de la rivière d’Imane et pour l’irrigation des cultures. À cette époque, Seddouk est réputé pour la production de la citrouille. «Awi thakhsaith ar Seddouk» disait une légende pas assez lointaine. À l’indépendance, le modernisme a pénétré les villages et les citoyens s’imprégnant de la vie citadine ont abandonné les fontaines publiques pour les branchements d’eau courante dans les foyers. L’augmentation des populations et le manque d’entretien de ces deux sources qui n’ont connu aucune amélioration ont fait qu’elles ne suffisaient plus à alimenter les quatre villages d’Amdoune Seddouk, et le chef-lieu communal. Pour cela, une décision a été prise par le maire des années 1970, d’alimenter la ville de Seddouk de la nappe phréatique de l’oued Soummam, laissant les eaux des deux sources pour les quatre villages. Quelques années seulement s’étaient écoulées pour que ces villages ressentent à leur tour un besoin supplémentaire en eau suite au rétrécissement comme peau de chagrin des deux sources dont les débits ont diminué considérablement. L’assemblée populaire communale des années 1980, au lieu de réaliser un forage sur les lieux des deux sources pour capter le maximum d’eau, n’a pas trouvé mieux que d’alimenter les trois villages (Seddouk Ouadda, Ighil n’Djiber et Tibouamchine) de la nappe phréatique de l’oued Soummam d’une eau fade utilisée uniquement pour le ménage et laissant les eaux potables de ces deux sources pour la consommation. Ces dernières années, même avec l’alimentation des deux sources et de la nappe phréatique de l’oued Soummam, les trois villages (Seddouk Ouadda, Ighil n’Djiber et Tibouamchine avec l’augmentation de leurs populations qui va toujours crescendo présentaient encore un besoin en ce précieux liquide. Les populations, pour étancher leur soif pendant des années et durant les saisons estivales, iront chercher l’eau de ces sources dans les fontaines publiques installées juste en dessous sur le chemin de Seddouk Ouffela à quelque 3 km. Des chaînes interminables se constituaient de jour comme de nuit par des citoyens venant de partout. Pour ce faire, Tibouamouchine et Seddouk Ouadda deux villages visiblement éprouvés par des années de sécheresse où l’insuffisance de l’eau potable induite par le rétrécissement des débits des deux sources s’est fait ressentir ont, à compter de 1994, multiplié les démarches auprès des autorités locales demandant une distribution judicieuse et équitable des eaux de ces deux sources pour quatre villages et constatant avec désolation que leur demandes restaient à chaque fois vaines. Devant la passivité de la municipalité, ils ont essayé tant bien que mal de solutionner à leurs dépens leurs déboires en initiant des forages grâce aux efforts conjugués entre les populations locales et leur communauté émigrée. Si Seddouk Ouadda a réalisé une bonne affaire en captant la source millénaire et séculaire d’Ighzer Netsrougoua dont le débit constant en hiver comme en été leur donne une entière satisfaction. Tibouamouchine, village le plus important de la commune de Seddouk, fort de plus de 1500 habitants, a préféré réaliser deux forages de 50 m chacun, qui finalement, n’ont pas apporté de solution finale, puisque ce village traîne toujours un manque d’eau avec une distribution par quartier de 1h toutes les 48h, servie de nuit. Fort heureusement pour le village Tibouamouchine, son digne fils, Amouche Mohand, le moudjahid authentique et grand chanteur de l’émigration est venu à rescousse des habitants de son village natal. Pour bien dire les choses, Da Mohand comme l’appelaient les villageois était très attaché à son pays. Pour cela, il cotisait en permanence à la caisse de la communauté émigrée de France dont l’argent servait au rapatriement des corps des adhérents. Pour Da Mohand, le destin a voulu qu’il soit enterré en France. Mais seulement, avant de mourir il a laissé un testament pour ses enfants qui voulaient qu’il soit enterré là où ils vivaient dans lequel il a émis le vœu que l’argent devant servir pour le rapatriement de son corps soit envoyé aux notables du village Tibouamouchine en précisant qu’il soit destiné pour la modernisation de la fontaine de la placette d’Agoulmim, située à quelques pas de leur maison. Immédiatement, un projet comprenant le forage d’un puits a été réalisé sur un terrain donné gratuitement par un généreux donateur du village. Son eau est ramenée dans une conduite jusqu’à la fontaine construite à cet effet dans l’endroit où Da Mohand a souhaité qu’elle soit implantée. Ce joyeux édifice d’une architecture typiquement kabyle embellissait la placette d’Agoulmim lui rajoutant du charme. Son eau dépannait les villageois au moment des pénuries. Pour les habitants du village Seddouk Ouadda, la source d’Ighzer n’Tsrégoua a été améliorée d’abord par la construction d’un château d’eau objet d’un projet accordé par la municipalité. Ce château d’eau a été construit sur un terrain donné par un généreux donateur du village Tibouamouchine. Un terrain surplombant le village Seddouk Ouadda, qui a été choisi du fait que l’eau arriverait dans tous les foyers. Si l’on s’en tient à cela, un projet pour le changement de la tuyauterie de la conduite principale qui a servi une quinzaine d’année environ pour la simple raison qu’elle est usée et saturée de fuites, vient d’être réalisé et les essais concluants ont été effectués Samedi passé. Ce projet est d’un montant de 2. 000. 000,00 dinars. Ces deux sources qui ont été jadis des facteurs de communion et de solidarité entre les populations à Amdoune Seddouk, s’il faut le dire, sont devenues à un certain moment des points de divergences entre ces mêmes populations.

L. Beddar

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