Le centre nodal de tous les items est l’alimentation. Tant qu’on ne trouve pas quoi manger, on reste frustré, fatigué, mal en point, et surtout si on ne dégote vraiment pas de quoi se sustenter. Qu’on se fasse une idée sur les prix des fruits et légumes, les envols astronomiques de la mercuriale et la poche du citoyen, il y a des écarts fabuleux. La pomme de terre à 70 DA et l’ail à 1 200 DA le kilo, la tomate à plus de 100 DA et allez dénicher de quoi faire votre marmite. De tout venant et de rien à moins que vous vous rabattiez sur les légumes moins nobles et pourtant qui prennent leurs airs ces derniers temps, navets, et secs et même ceux-là sont parfois inabordables. Quant aux viandes n’en parlons pas. Il arrive qu’on se lamente pour se lamenter, il arrive qu’on hurle au-secours, il arrive qu’on se laisse aller à des gémissements tragiques de ne pas boucler les fins de mois difficiles. Le dernier des cris on le tire de vos tréfonds qui geignent sans personne pour vous sauver, ni pour vous assister, ni pour vous soulager encore moins pour vous tendre la perche. Ici est le règne des marchands de fruits et de légumes sans scrupules, de mandataires ignominieux et de négociants et importateurs de bananes et autres kiwis sans pitié pour les petites bourses. Mais les bas salaires, qui s’en soucie, qui les prend en sollicitude et leur accorde des prix avenants, assurément personne. Il n’y a rien de plus tragique que lorsque vous prenez votre couffin et le ramenez vide à la maison. Il n’y a rien de plus dramatique, de plus touchant, de plus désarçonnant, de plus désolant que quand vous revenez chez vous sans rien apporter à vos enfants. Parce que vous, vous n’avez rien à cirer pour vous-même. Les gosses doivent manger, ils sont vos alphas et omégas, ils sont tout pour vous. Ils sont l’avenir pour cette Algérie qu’on veut au-dessus de tout. Mais les indigents on ne les regarde pas, on ne leur accorde qu’un regard du coin de l’œil, on ne les entraperçoit que lorsqu’ils sont en colère.
S. A. H.
