Hamid Bilak, membre du HCA, à Bouira – «Rendre hommage à Mammeri, c’est déjà le lire»

«La meilleure façon de rendre hommage à Mouloud Mammeri, c’est de lire ses œuvres», résumait Bilak Hamid, membre du HCA qui a animé mercredi dernier, à la Maison de la culture de Bouira, une conférence-débat sur l’homme et son combat pour la langue amazighe.

Mais quelles sont ces œuvres ? Celles du romancier ou du linguiste ? Le conférencier ne citait pas l’œuvre romanesque de celui qu’il appellera tout au long de sa communication Da Mouloud.

Celle-ci, si elle présente des rapports avec ce travail de Titan pour la langue amazighe, elle est cependant loin d’égaler les travaux du linguiste qui consistaient en la publication de quatre ouvrages majeurs et de nombreuses conférences à l’intérieur du pays comme à l’extérieur.

Aussi, comprenons-nous que saisissant l’occasion que lui offrait la Journée du patrimoine culturel amazigh, et ayant à souligner les efforts faits par l’écrivain algérien d’expression française pour la préservation et la promotion de cette langue tenue longtemps pour mineure, il ait axé son discours sur cette partie de l’œuvre de Mouloud Mammeri qui parle le mieux de ce patrimoine.

Le conférencier relèvera que ces quatre ouvrages réunissent plus de 2 000 pages. Le premier est une biographie que son auteur consacre à Si Mohand u Mhand. Le livre comporte une soixantaine de pages, mais c’est la plus réussie à ce jour, selon l’orateur. La seconde est également une biographie, mais plus volumineuse, car, elle est composée de 480 pages. Elle retrace la vie du Cheikh Mohand u l’Hocine, un autre poète kabyle.

Dans le même registre, il écrit un livre de 470 pages sur Gouraya, un livre remarqué par l’Unesco qui devient vite un ouvrage de référence pour cette organisation. Mais le combat de cet écrivain engagé ne se limite pas à la seule écriture. Pour appuyer ce combat par la plume, le conférencier dévoile une autre facette du romancier et du linguiste : Mammeri, le conférencier.

Cette vocation est née avant les années 80. On retrouve Da Mouloud pour une conférence à Constantine en 1974. Mais le colloque est annulé par les autorités. On le voit encore vers les années 80 à Tizi Ouzou pour une conférence sur la langue amazighe, et même au Maroc. Mais, le champ des libertés étant rétréci, ce n’est qu’avec l’avènement du pluralisme, c’est-à-dire vers 1989, que les efforts de ce grand écrivain vont enfin porter leurs fruits.

Il aura fallu 36 ans de lutte continue pour qu’enfin la langue amazighe ait le statut de langue nationale et officielle. Il reste, ainsi que le fera observer ce membre du HCA, à consacrer son enseignement obligatoire à l’échelle nationale. Le thème de cette conférence est «La renaissance de Tamazight», le conférencier a pris soin de distinguer le patrimoine culturel matériel (monuments, vestiges… ) et patrimoine culturel immatériel (langue, coutumes, costumes, fêtes, chants… )

Le conférencier, dans un aperçu historique, nous fait remonter jusqu’à cette période «romano-amazighe, puis chrétiano-amazighe». Pour lui, la langue amazighe était d’abord orale. La poésie et le chant ont tenu un rôle majeur dans la préservation de ce patrimoine matériel à tel point qu’il emprunte cette représentation sociale imaginée par Mouloud Mammeri : au sommet de l’organisation sociale amazighe, trône le marabout.

À un échelon plus bas, officie le poète. Et en bas, vit le peuple qui a besoin du marabout pour assurer sa cohésion grâce à son autorité et du poète pour vivre en harmonie avec le monde qui l’entoure grâce à sa sagesse et à ses conseils.

Le deuxième conférencier, qui n’est autre que Melunan Hacène, professeur à l’université de Tizi Ouzou, mettra surtout l’accent sur l’œuvre romanesque de Mouloud Mammeri, celle qui renferme le trésor caché de l’identité amazighe. Et il a réussi à intéresser le public qui se reconnaît dans cette peinture d’une époque déjà révolue mais qui revit dans le cœur de chacun par le truchement des poètes et des écrivains de la trempe d’un Si Mohand u Mhand, d’un Mouloud Feraoun ou de chanteurs classiques de renom.

Aziz Bey