La wilaya de Béjaïa a reçu la visite, avant-hier, lundi, de deux experts du programme d’appui à la protection et à la valorisation du patrimoine culturel en Algérie.
Silvia Cravero de l’Union Européenne et Boussad Aiche de l’université de Tizi-Ouzou se sont, ainsi, déplacés pour s’enquérir de l’état d’avancement du programme de réalisation de l’inventaire des meubles et immeubles relevant du patrimoine historique et archéologique de la wilaya de Béjaïa. La réunion s’est déroulée à la Direction de la culture, en présence du Directeur Djamel Benahmed, de la cheffe de service du patrimoine, Mme Imloul, ainsi que de la chargée de l’inventaire, Kenza Sidi Said. Cette dernière avait déjà présenté l’état d’avancement de son travail lors d’une conférence organisée à la Casbah, le jour de l’ouverture du mois du patrimoine, le 18 avril dernier. Selon Silvia Cravero, «l’inventaire est primordial dans le recensement du patrimoine». La fiche technique qui doit le décrire doit comporter des éléments sur son état de conservation et sa valeur historique. C’est un véritable outil de gestion. «Un inventaire ne se termine jamais. On sait quand il commence, mais on ne sait pas à quel moment il pourrait s’arrêter», a-t-elle dit. «Même en Europe, c’est un processus toujours en cours. Il y a eu un changement dans la méthode et les outils de travail. On est ainsi passés des méthodes traditionnelles à l’utilisation de l’informatique. Avant, c’étaient les scientifiques qui décidaient. Les monuments étaient liés aux élites : Fondations, États, église,… Maintenant, même un simple citoyen peut proposer un bien à recenser. Après, il y a le processus de son évaluation», ajoutera-t-elle. L’exemple du four à chaux qui se trouve à proximité de l’entrée du port pétrolier de Béjaïa a ainsi été évoqué.
Recensement du patrimoine
Les participants à cette réunion ont également abordé la question des personnes ressources. C’est-à-dire, toutes ces personnes, physiques ou morales, qui peuvent aider à l’identification des biens patrimoniaux et participer à leur ajout sur la liste officielle de l’inventaire supplémentaire qui est toujours en cours d’élaboration et ce, de façon continue. Pour cela, les sorties sur le terrain sont importantes. Le travail d’inventaire est fondamental. Béjaïa fait partie d’un programme pilote regroupant une douzaine de wilayas, chacune avec ses spécificités. Il y aura à terme une base de données sophistiquée. Ce sera un outil important dans le processus de sauvegarde et de valorisation de ce patrimoine. À Béjaïa, il y a plusieurs thématiques : histoire, patrimoine industriel, caves,… Dans ce processus, a ajouté Silivia Cravero, «il ne s’agit pas de recenser ce qui a déjà été classé, mais plutôt d’identifier ce qui n’est pas encore connu». Jusqu’à présent, le travail d’inventaire se fait sur le patrimoine mobilier et immobilier. Celui sur le patrimoine immatériel va bientôt commencer. Le groupe de travail est actuellement à la phase de recrutement d’intervenants qui vont être affectés au projet. Sur ce, le directeur de la culture a posé le problème des biens recensés sur inventaire supplémentaire depuis bientôt une dizaine d’années et qui ne sont pas encore classés. La réglementation prévoit leur protection pendant dix ans, et on arrive bientôt à l’expiration de ce délai légal. Que vont devenir ces biens ? Soit il faudra les classer définitivement avant échéance, soit trouver le moyen de prolonger leur protection avant que la commission nationale de classement ne statue sur leur cas. C’est le cas pour le mausolée d’Akbou, l’ensemble rural de Cheik Aheddad et le fort Abdelkader, entre autres.
Participation de l’université
Boussad Aiche, quant à lui, est intervenu pour annoncer la création d’un réseau universitaire qui est en projet. «Des contacts ont été pris et des conventions envisagées. Il faut travailler ensemble et fédérer tous les acteurs concernés par le sujet. On peut mettre des étudiants sur des projets d’inventorisation des éléments du patrimoine. D’ailleurs, le ministère de l’Enseignement supérieur demande de s’orienter davantage vers la recherche appliquée que la recherche fondamentale. Il faudra, donc, travailler sur des thèmes concrets». Il est à regretter que Béjaïa, région d’Histoire et de civilisation, ait tardé à intégrer au sein de son université un département d’histoire et d’archéologie. Cela aurait pu contribuer à former des spécialistes en la matière qui auraient pu être directement injectés au service de la protection de notre patrimoine. Mais il vaut mieux tard que jamais, car l’université de Béjaïa est en train de préparer l’ouverture de ce département, à l’heure actuelle. Il y a également des projets d’expositions thématiques pour donner de la visibilité à ce travail et sensibiliser le public à l’importance du patrimoine. Une des idées serait de retracer la route de l’Olivier pour faire connaître ce patrimoine si cher à la population partout en Afrique du Nord. Le travail d’inventaire joue aussi un autre rôle inattendu. En Italie, les autorités ont pu reconstituer des biens immobiliers détruits par les tremblements de terre, grâce à un travail de recensement précis. Il y a actuellement dans ce pays, plus de deux millions et demi de biens recensés. Ce travail a été fait par plusieurs acteurs : universités, associations, églises,… Il y a ainsi un travail qui est prévu pour les quarante-huit wilayas, à partir de juillet prochain, avec l’OGBC qui est l’Office de protection et de gestion des biens classés. Il se fera sur trois niveaux : Un recensement rapide dans une première étape, suivi de la sélection des biens à protéger, ensuite il y aura l’établissement d’un inventaire complet avec des fiches renseignées de manière scientifique. Il faudra aussi inventorier le savoir-faire, dans le cadre du patrimoine immatériel.
Convention algéro-européenne
Rappelons que le programme d’appui à la protection et à la valorisation du patrimoine culturel en Algérie s’inscrit dans le cadre de la coopération internationale de l’Algérie avec l’Union européenne en vertu d’une convention de financement de 2011, d’un coût total de 24 millions d’euros. L’objectif global du programme est d’accompagner la prise en compte du patrimoine culturel dans le développement économique et humain de l’Algérie à travers la stratégie sectorielle et nationale, en contribuant de matière significative aux actions prioritaires de son identification et de sa connaissance (inventaire), de sa protection (outils de protection) et de sa mise en valeur (outils de gestion et projets pilotes) par le soutien en méthodologies, en équipements et en formations, au niveau central et local dans une logique intersectorielle. La période d’exécution durera 72 mois, et la durée de la phase de mise en œuvre opérationnelle est fixée à 48 mois et celle de la phase de clôture à 24 mois. Les deux missionnaires du programme sont partis satisfaits quant aux opérations déjà réalisées et encouragent la chargée de l’inventaire à poursuivre son travail, l’assurant de la disponibilité de l’équipe et de la direction de la culture à lui apporter le soutien dont elle pourrait avoir besoin. Il est aussi intéressant de souligner que le patrimoine culturel, historique et archéologique dans la wilaya de Béjaïa est extrêmement riche et que cette opération va nécessiter encore beaucoup de temps.
N. Si Yani

