Inquiétude chez les éleveurs !

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Depuis une semaine, les paysans de la région d’Ath Waghlis se sont appliqués à préparer leur attirail, pour amorcer la campagne de fenaison. Cette campagne porte sur le fauchage des prés qui constituent, pour leur majorité, un legs précieux des aïeux.

Connu pour être une saison de renouveau et de fécondation, le printemps de l’année en cours n’est pas aussi prometteur que l’auraient souhaité les fellahs. Et pour cause, la faible pluviométrie a sérieusement anéanti les espoirs des agriculteurs qui ne s’attendaient pas à un tel revers, d’autant plus que les premières chutes de neige ont laissé croire que la saison serait de meilleur rendement.

Les tapis floraux bariolés ont vite laissé place à des champs gagnés par la fanaison sur un fond monochrome jaune. Sur les hauteurs de la vallée de la Soummam, les terrains abrupts et escarpés grouillent de monde en ce début du mois de mai. Dès l’aube, les fellahs rejoignent leurs parcelles de terrains, armés de faux et de faucilles, pour entamer la corvée de la fenaison, comme le faisaient leurs aïeux depuis des générations.

Ces outils rudimentaires ont été affûtés, pour amorcer cette campagne de fenaison. Ces opérations, qui exigent finesse et dextérité, ne sont pas à la portée du néophyte. En effet, l’affûtage de faux et faucilles donne le coup d’envoi pour l’entame de la fenaison, qui n’est nullement une partie de plaisir pour les novices.

Quant à la seconde opération, la lieuse prend le relais. Une dure besogne nécessitant patience et preuve d’abnégation, car les jeunes renâclent à l’idée de passer leurs temps sur les champs, laissant ainsi leurs parents à en pâtir tout seuls. Munis de faux, de faucilles, mais surtout de leur gamelle de victuailles, constituées de pommes de terre frites, poivrons, tomates, œufs durs, couscous aux légumes et à la viande, desserts et bien sûr du café, les citoyens démarrent tous ensemble pour rejoindre, dans la fraîcheur matinale, leurs propriétés et commencer le travail aussitôt. Cette année, la fièvre est montée d’un cran, car la production de fourrage est en nette baisse.

Il y a une semaine, la botte de foin a atteint 1600 DA. La production s’est même répercutée sur les prix dans les marchés aux bestiaux qui ont enregistré une baisse remarquable. Cette saison, les faucheurs ont investi les champs abrupts de la tribu N’Ath Waghlis avec plusieurs jours d’avance sur le calendrier agraire.

En effet, les travaux de fenaison qui, d’ordinaire, coïncident avec la période dénommée « Ussan Izegzawen » (journées vertes) et comprise entre le 17 et le 24 mai, ont été engagés dès la première décade du mois de mai. Un climat sec et aride a régné en maître de lieux durant les mois de février, mars et avril. Une période copieusement arrosée par le passé.

Ces conditions hygrométriques très défavorables ont accéléré la fenaison des plantes fourragères et a contraint les agriculteurs à procéder prématurément à la récolte du foin. Les bottes de foin récoltées par lesdits paysans sont souvent destinées à l’alimentation de leur bétail et non pas à usage commercial. De surcroît, la récolte n’est pas aussi substantielle pour que les fellahs aspirent à revendre leur moisson.

En substance, ils peuvent réduire la facture d’achat du foin qui ne cesse de connaître des flambées de prix ces dernières années. «Les temps sont durs. Il n’est pas aisé de faire de l’élevage en ces temps de disette, notamment avec la montée en flèche des produits destinés à l’alimentation du bétail. On arrive à peine à s’en sortir avec cette activité», avoue, dépité, Dda Mokrane, fellah de son état.

Ces calculs font frémir les propriétaires de cheptels qui devront débourser de l’argent pour l’achat supplémentaire de fourrages, si l’hiver prochain ressemble à celui de cette année.

Bachir Djaider

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