Le CHU de Tizi-Ouzou est l’unique établissement sanitaire digne de ce nom à travers toute la wilaya de Tizi-Ouzou, voire toute la Kabylie. En effet, les patients y affluent même de Béjaïa, Bouira, Boumerdès et même d’autres wilayas.
Ce flux de malades, toujours croissant, généré par la bonne réputation de l’établissement, a malheureusement été à l’origine de plein de soucis pour l’établissement qui se retrouve souvent submergé. Une donne qui complique la mission du personnel. Le directeur général, le professeur Abbès Ziri, fait le tour de la question, revient sur les acquis, les avancées, mais aussi sur les contraintes et ce qui reste à faire pour atteindre l’objectif de prises en charge de très haut niveau.
La Dépêche de Kabylie : Pourriez-vous nous faire un état des lieux qui prévaut au niveau de l’établissement ?
Pr Abbès Ziri : Le CHU de Tizi-Ouzou est un établissement à caractère administratif, d’une portée régionale, je dirai même nationale. Il a une capacité de 1 000 lits et emploie 3 700 personnes dont plus de 1 200 médecins. L’hôpital compte 40 rangs magistraux, 42 services hospitalo-universitaires et 35 consultations spécialisées.
Nous avons aussi 45 lits de réanimation et 42 blocs opératoires. Le CHU est scindé en deux : l’unité du centre-ville et l’unité de Beloua, à 3 kilomètres vers Rdjaouna. Pour vous dire toute l’importance de l’hôpital, rien que notre service des urgences fonctionne avec une dotation d’un hôpital ordinaire.
Les UMC ont aussi la particularité multidisciplinaire, c’est-à-dire un malade peu bénéficier de plusieurs services spécialisés en un temps record, chose qui ne se fait pas même dans les hôpitaux européens. Ceci est un acquis pour notre population. Un model d’organisation et de gestion a été mis en place depuis trois ans et ce système a donné ses fruits, ce qui explique également le flux grandissant des malades qui sollicitent notre établissement. Chaque jour, nous recevons en moyenne 400 malades, dont une centaine est hospitalisée quotidiennement.
Parlons du service des urgences…
Le service des urgences est doté d’un plateau technique des plus performants, avec un scanner de 16 coupes de dernière génération, qui réalise plus de 40 scans par jour. Mais le service n’a hélas que 12 lits et le nombre des hospitalisés dépasse parfois la quarantaine. Des patients viennent d’autres wilayas, ce qui fait que le moindre espace est utilisé.
Les brancards, les couloirs et les chaises sont occupés. Les moyens techniques existent mais l’exiguïté et la forte demande font que ce n’est pas toujours facile. Depuis plus d’un an et demi, nous avons mis aux urgences une équipe chevronnée en H24, qui a permit la prise en charge rapide et efficace des malades victimes d’AVC.
En 30 minutes, le malade subit tous les examens nécessaires et la prescription nécessaire lui est administrée immédiatement. Le service réussit des récupérations spectaculaires. Le lancement de l’unité de thrombolyse nous permet de récupérer 95% des malades qui arrivent à l’hôpital à temps, c’est-à-dire dans les 4 heures qui suivent l’AVC.
Je saisis l’occasion pour appeler à l’acheminement rapide des malades victimes D’AVC vers le CHU, le temps est déterminant pour une prise en charge efficace. Nous venons aussi d’installer 6 colonnes de célioscopie, un équipement qui permet des interventions chirurgicales par voie endoscopique. En une journée, le malade subit son intervention et rentre le soir même chez lui. Rien qu’en 2016, 1 190 interventions chirurgicales carcinologiques ont été réalisées.
Le service de chirurgie viscérale lui aussi enregistre une forte demande…
Oui en effet, mais depuis l’installation d’une jeune équipe motivée, omniprésente et pleinement dévouée à la prise en charge des malades, au lieu de les envoyer chez le privé comme cela se faisait il n’y a pas si longtemps, on est passés d’un bilan médiocre de 600 interventions par an, assurée par une équipe de 18 chirurgiens, à 1 400 interventions en 2016 avec seulement 9 chirurgiens. Une véritable prouesse que de doubler le nombre d’interventions avec un effectif réduit de moitié.
D’ailleurs je salue l’abnégation et le dévouement de l’équipe actuelle. Qu’en est-il de la chirurgie urologique et de la greffe rénale ? Dans ce service, des progrès sont enregistrés particulièrement depuis l’acquisition d’un équipement dit lithotripteur extra corporel. Un appareil qui permet de détruire les calculs rénaux à l’aide d’ultrasons. Un équipement qui nous a coûté 5,4 milliards de centimes. On réalise 3 séances par jour. Il faut signaler qu’une séance chez le privé coûte 6 millions de centimes, ce que ne peut s’offrir un malade modeste.
En 2016, 1 350 opérations ont été réalisées, soit une quarantaine par semaine. Il faut comprendre que beaucoup d’efforts sont faits par nos équipes. Pour ce qui concerne la greffe rénale, disons que depuis le lancement de la greffe en 2006, plus de 136 interventions ont été faites. En 2016, nous avons réalisé 17 opérations de greffe. Pour 2017, nous prévoyons le chiffre de 30 greffes. Nous avons aussi acquis de nouveaux équipements, de dernière génération, dans diverses spécialités.
C’est le cas de la neuronavigation qui a coûté 25 millions de dinars mais qui permet de visualiser en 3D le cerveau et la colonne vertébrale, un véritable GPS anatomique pour la neurochirurgie. Il permet de localiser avec beaucoup de précision la cible choisie. Cela avec l’assistance de l’ordinateur et d’une caméra infrarouge.
L’opération se réalise aussi avec un microscope. Un équipement qui a donné de très bons résultats. Tout cela au service du malade et pour des soins de haute qualité. Et le service de cardiologie, où en est-il ? Ce service est lui aussi très sollicité. En 2016, il a eu à assurer 6 008 consultations spécialisées et 1 370 admissions pour un total de 7 917 hospitalisations/jour.
Toujours la même année, notre service a réalisé plus de 4600 écho-cœur, 400 pacemakers posés et environ 1 800 contrôles de pacemakers. Ajoutez à cela les coronographies, les montées de sondes, l’implantation de défibrillateurs et des stimulateurs cardiaques. Nous comptons aussi créer un centre de l’électrophysiologie cardiaque pour la prévention des morts subites.
Le manque de radiologues est signalé quasiment à travers tous les établissements sanitaires nationaux. Est-ce aussi le cas au CHU Nedir Mohamed ?
Il faut préciser que nous disposons d’un plateau technique avec 2 scanners et 1 IRM, ce qui a coûté la bagatelle de 40 milliards de centimes. Hélas, nous n’avons que 3 radiologues. Pour remédier à cette situation, il nous faut un rang magistral. Malgré cela, nous avons, en 2016, réalisé 12 830 scanners et 3 299 IRM.
Pour ce qui est de la radiologie conventionnelle, nous en avons réalisé 187828, soit 6 milliards de clichés. Pour réduire cette facture, nous avons un projet pour établir des scanners et IRM sur CD. Concernant la biologie, nous disposons d’équipements qui nous permettent de réaliser la plupart des analyses, même celles sophistiquées, avec précision. Il n’y a que quelques examens que nous faisons à l’institut Pasteur d’Alger avec lequel nous sommes conventionnés.
En 2016, nous avons réalisé 1 351 462 examens biologiques, pour 35 milliards de centimes. Nous avons aussi un PCR, qui permet le suivi des malades atteints de Sida, nous sommes le second CHU à en disposer, avec celui d’El Kettar. En cancérologie, nous enregistrons 1 500 nouveau cas annuellement et rien qu’en 2016, 56 480 séances de chimiothérapie ont été assurées pour 8 229 malades.
C’est comprendre que votre établissement est surchargé…
Oui, d’ailleurs on ne parle plus de CHU de Tizi-Ouzou, mais d’un hôpital de dimension nationale. Les malades nous viennent de partout surtout pour certaines spécialités. Les efforts consentis et les résultats obtenus à Tizi-Ouzou sont pour beaucoup dans l’augmentation du flux des malades.
C’est dans cette optique que nous avons réalisé un nouveau pavillon des urgences qui a été inauguré par le ministre Boudiaf lors de sa dernière visite au début de l’année. Un service doté de toutes les commodités. C’est une bouffée d’oxygène pour toute la population. Nous comptons également lancer à partir de cette année la greffe de la moelle osseuse, au grand bonheur des malades qui souffrent de leucémie aiguë.
Les installations sont prêtes, nous attendons juste la livraison d’un irradiateur externe du Canada, un équipement de 54 millions de dinars. Nous avons aussi lancé de nouveaux services, comme celui de la gastroentérologie et un centre de désintoxication, qui est le premier du genre au niveau national. L’hôpital du jour est en cours de réalisation et il a atteint le taux de 80% d’avancement.
Y a-t-il une pénurie de médicaments au niveau du CHU ?
Nous consacrons un budget de 400 milliards de centimes pour le médicament. Depuis deux ans, nous n’avons enregistré aucune pression et aucune pénurie. La stratégie efficace mise par le ministre est à saluer. Nous prenons aussi en charge 23 maladies rares ou dites orphelines, ce qui revient à 23 milliards de centimes.
Tout cela n’a été réalisé que grâce au travail collégial et à la concertation, mais aussi grâce au soutien et aux encouragements de M. le ministre Boudiaf qui est toujours à nos côtés malgré les contraintes internes et externes compte tenu de l’environnement sociologique dans lequel nous évoluons. En tout cas, nous avons mis le cap sur la restructuration et la modernisation pour atteindre des soins de haut niveau.
Entretien réalisé par Hocine T.

