L’actualité de Mammeri

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En mourant tragiquement, il y a dix-sept ans, Mouloud Mammeri ne se doutait pas qu’il allait devenir un symbole, non seulement pour une cause mais aussi pour un pays. Homme du terroir, qui a défendu sa langue maternelle, qui a longtemps souffert de l’exclusion, il est d’abord le porte-drapeau de la berbérité en Algérie. Non pas une berbérité renfermée sur elle-même, exclusiviste mais une berbérité faite de tolérance et d’ouverture sur les autres. Si les chants du Gourara sont aujourd’hui classés patrimoine immatériel de l’humanité, c’est un peu grâce aux recherches de Mammeri qui a été le premier ou l’un des premiers à les révéler au monde. Homme de lettres, Mammeri est ensuite le représentant d’un humanisme tourné vers l’universel et qui se nourrit de valeurs communes à l’humanité : amour, liberté, progrès, solidarité…Certes, le point de départ de l’œuvre romanesque est la Kabylie, l’Algérie mais les valeurs véhiculées sont celles de l’humanité. Ces deux caractéristiques : homme du terroir et homme de l’universel font que l’œuvre et la pensée de Mammeri soient toujours d’actualité. Dans un monde qui vit à l’heure de la mondialisation, non seulement économique mais aussi politique, la tendance à l’universel devient une nécessité, mais en même temps, on assiste à une résistance des cultures nationales et des pays qui acceptent bien de communier avec le monde mais qui refusent de se diluer, car se diluer, c’est se perdre et se renier… L’Algérie, le Maghreb, le monde ont plus que jamais besoin de Mammeri, éveilleurs de consciences et sages, dans le sens berbère d’amusnaw.

S. Aït Larba

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