Entre fastidieuses et monotones

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Les soirées ramadanesques dans la région d’Ath Waghlis et dans l'ensemble des villages environnants se suivent et se ressemblent.

Si dans les petits patelins, les soirées se résument à des visites familiales pour la gent féminine, pour les hommes, ce sont les prières surérogatoires et les jeux de cartes et de dominos qui meublent leurs veillées. Ainsi, depuis le début du mois sacré, une monotonie ambiante s’est emparée de tous les espaces censés offrir au citoyen des moments de détente et de repos, à même de soulager un tant soit peu un quotidien fait de difficultés et de stress. Les soirées sont d’une affligeante platitude culturelle. Les rares plateaux concoctés ici et là sont d’un tel niveau d’insipidité qu’ils relèvent déjà de la prouesse. D’Akfadou jusqu’au chef-lieu de la daïra de Chemini, en passant par les deux communes de Tibane et de Souk-Oufella, le constat est le même. Le vide culturel est criant, à telle enseigne que la morosité fait des siennes. C’est la monotonie au quotidien. Cafés, mosquées et dodo remplissent les soirées de leurs habitants. Que ce soit dans les chefs-lieux communaux ou dans les douars, c’est du pareil au même. Si la population âgée supporte tant bien que mal la routine ennuyeuse des soirées, pour les jeunes, c’est l’enfer journalier. Pour «tuer» le temps et se faire plaisir, les adolescents déambulent à travers les rues à la recherche d’une consolation qui ne dit pas son nom. Ils se soûlent d’eau minérale, de boissons gazeuses et de café. Au demeurant, les soirées des Ath Waghlis sont donc réduites aux discussions dans les estaminets et les parties interminables de dominos et de loto. Ce dernier semble être la distraction préférée de la population, toutes tranches d’âges confondues. Ne trouvant de quoi égayer leurs soirées ramadhanesques, les noceurs se sentent quelque part alpagués par ce vide culturel, contraints du coup à occuper les rares espaces qui s’offrent à eux. Entre les terrasses de café et les éternels trottoirs, les badauds grouillent sur la rue principale, et même les bambins accourent dans tous les sens au milieu d’une noria de voitures. Pour les passionnés des interminables parties de dominos et jeux de cartes, des tablées à perte de vue attenantes les unes les autres. Un brouhaha général couve ces parties de jeux et les esprits s’échauffent, mais le tout reste dans un cadre amical et familial. Comme chaque année, et malgré le caractère illégal de ce genre de jeux de hasard, des hangars et des garages sont réquisitionnés pour la circonstance un peu partout dans la ville et dans les villages les plus anonymes. L’atmosphère dans ces lieux est faite de crispation par moments et de distraction et soulagement par d’autres. Le jeu fait parfois des heureux circonstanciels, mais le seul gagnant, en fin de compte, n’est que l’initiateur du jeu et le propriétaire du local. Mis à part les parties de loto et de dominos, les citoyens se trouvent confinés dans une routine qui accentue leur stress et rajoute, chaque jour un peu plus, à leur saturation mentale. Les programmes d’animation culturelle sont quasi inexistants, excepté les rares tournois de foot qui se déroulent dans certains villages de la région. Aucun spectacle ou manifestation n’ont été prévus pour animer les soirées de ce mois. Les artères de la ville qui connaissent une effervescence et un mouvement de va-et-vient juste après le f’tour commencent aussitôt à se vider et deviennent désertes aux environs de 23 h. «Les manifestations et festivités culturelles sont inscrites aux abonnés absents. Nous restons sur notre faim ! Les veillées ramadhanesques sont loin de faire des émules au vu du caractère fastidieux qui les rythment», dira avec dépit, Salim, un jeune du village Tiliouacadi.

Bachir Djaider

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