Alors que les années passent, la wilaya de Béjaïa peine toujours à sortir de l’état de sous-développement. Les investissements, publics ou privés, se comptent sur les doigts d’une main, laissant des milliers de demandeurs d’emplois, de surcroît diplômés des universités, sur le carreau ! Cette situation de déchéance totale, aggravée par le retard dans la mise à niveau des zones industrielles, d’activités et de tourisme, le foncier industriel détourné de sa vocation pour en faire des salles de fêtes, les tracasseries bureaucratiques, le blocage de quelques projets, le retard dans le lancement des nouvelles zones industrielles, provoque incontestablement des retards et des manques à gagner pour la wilaya et tout le pays. C’est du moins ce qui ressort des débats des élus de l’APW de Béjaïa, réunis, avant-hier, en session ordinaire, après la lecture du rapport relatif à l’investissement et le développement au niveau de la wilaya. Des débats minés dès l’ouverture des travaux de la session par le bras de fer Cevital – EPB, sans pour autant faire l’impasse sur «le gel» des projets structurants inscrits à l’indicatif de la région depuis belle lurette. Les élus de l’assemblée, nuançant leurs approches du conflit entre Cevital et l’EPB, en fonction de leur appartenance politique, ont pour la plupart évoqué le blocage de la mise en place de l’usine de l’entreprise Cevital de trituration des graines oléagineuses. Plus offensifs, les élus du RCD n’ont pas mâché leurs mots, accusant vertement le P-dg du port d’être le principal acteur de ce blocage. «À travers l’affaire Cevital, je peux dire qu’il y a un acharnement contre notre wilaya pour la rendre peu attractive. D’ailleurs, nombreux sont les investisseurs qui ont fui la région», dénonce d’entrée le chef de groupe RCD à l’APW, Mouloud Debboub, en interpellant la wali «à tout mettre en œuvre pour relancer l’investissement». Lui succédant, Hafid Kasri, élu FFS, tout en dénonçant le blocage du projet de Cevital, a plaidé pour «un développement dans le strict respect des lois de la république». Son colistier, Karim Natouri, a, pour sa part, estimé que «Béjaïa est sujette à un embargo économique». Un élu du RND, Abderrahmane Boukendoul, a, lors de son intervention, exhorté le wali et le P/APW à «élaborer un rapport concernant tous les projets bloqués y compris celui de Cevital». Ce travail, a-t-il encore recommandé, doit être transmis au ministre de l’Intérieur et aux services du Premier ministre, tout en invitant l’agence foncière et le cadastre à établir une cartographie précise du foncier industriel de la wilaya.
«Il y a encore à faire mais Béjaïa est tout de même 4e au niveau national avec ses 23 513 PME»
Le wali de Béjaïa, Mohamed Hattab, intervenant avant-hier à la clôture des travaux de la session, a indiqué que «l’investissement est l’affaire de tout le monde», invitant les élus et tous les responsables locaux à «tirer les enseignements» de l’échec des précédentes politiques de développement mises en œuvre dans la région. «Il y a beaucoup de choses à faire dans cette wilaya ; Un peu de vent on a une coupure d’électricité, de la chaleur on a des feux de forêts et j’en passe. L’on doit aussi se poser la question pourquoi quelques projets structurants ont été gelés ? Et bien parce qu’ils n’ont pas été lancés à temps et la responsabilité est partagée», a-t-il précisé. Le chef de l’exécutif de la wilaya a estimé que «la question du développement et de l’investissement doivent être pensés à l’aune des spécificités de la wilaya», tout en soulignant que la situation de la wilaya n’est pas pour autant catastrophique. «Béjaïa n’est pas, comme le prétendent certains, dans le rouge. Classée 4e à l’échelle nationale avec ses 23 513 PME, générant quelque 63 700 postes d’emplois directs, Béjaïa est une wilaya dynamique», a-t-il insisté, promettant de revoir les modalités de gestion du foncier industriel. «Nous avons décidé d’assainir la nomenclature et de récupérer les assiettes de terrains non-exploitées pour les mettre à la disposition des vrais investisseurs», a-t-il dit, en qualifiant les investisseurs et les promoteurs immobiliers locaux «de force de frappe». Interpellé sur l’arrêt des travaux du chantier de la pénétrante de Béjaïa, Mohamed Hattab, tout en reconnaissant que les travaux tournent au ralenti, a indiqué que la deuxième tranche de 10 kilomètres entre Akbou et Ighzer Amokrane «sera mise en service le mois d’août prochain». Autant pour le CHU qui, selon lui, sera «bientôt lancé».
Dalil S.
