Pendant que l’Etat algérien insiste sur le «traitement humain» des réfugiés subsahariens, ces derniers feraient de la terre d’accueil un eldorado pécuniaire non négligeable, via les sommes d’argent jugées importantes qu’ils amassent avant de les transférer dans leurs pays de manière ingénieuse. Un vaste réseau de transfert de l’Algérie vers le Niger de l’argent ramassé par les migrants nigériens sur les trottoirs et aux abords des routes, aurait été mis à nu ces dernières semaines, impliquant ces réfugiés, guidés et orientés, à en croire des informations ébruitées, par des «têtes pensantes» parmi cette communauté qui a trouvé refuge dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Et pas seulement, le procédé utilisé à Tizi-Ouzou semble être le même qui est pratiqué dans toutes les wilayas du pays qui pullulent de migrants subsahariens. La méthode de transfert de l’argent collecté quotidiennement par ces réfugiés, qui s’adonnent aux pratiques de l’aumône en individuel ou en famille, est pour le moins futée et ingénieuse. Usant de transferts qui se pratiquent via les applications Flexy, Strom et Arselli des trois opérateurs de la téléphonie mobile, des points de vente agrées par ces trois opérateurs seraient ainsi mis à contribution dans ce procédé, qui consiste en la conversion de l’argent en unités de communication que le préposé du point de vente, qu’il soit à Tizi-Ouzou ou dans une autre wilaya, envoie vers un autre point de vente agréé dans la wilaya de Tamanrasset.
L’astuce du Flexy et Arselli…
Ce dernier, qui reçois donc la recharge en unités de communication, verse alors la somme d’argent équivalente (moins un pourcentage cela s’entend) à un interlocuteur nigérien sur place, qui se chargera par la suite de l’opération de change en devise, avant de l’acheminer vers son pays d’origine. La somme minimale de chaque transfert en unités de communication serait fixée, selon les informations fuitées, à 30 000 dinars, sur laquelle l’agent agréé des ou de l’un des trois opérateurs de la téléphonie mobile encaisse 10%, soit 10 dinars sur 100 dinars transférés. Le point de vente récepteur à Tamanrasset perçoit quand à lui une commission de 10 à 20% sur chaque transfert équivalent à 30.000 dinars. Une recharge en unités qu’il revend par la suite aux nationaux établis dans cette wilaya, avec une autre majoration de 10%. C’est connu, à travers le territoire national, et malgré les rappels à l’ordre des opérateurs, pour chaque Flexy, l’usager doit verser en plus 10 DA au préposé (en dehors des points de vente propres aux opérateurs) qui vous assure le service. Ce procédé ingénieux aurait été découvert par les services de sécurité suite à une plainte qui aurait été déposée par un groupe de réfugiés nigériens contre un agent agréé par les opérateurs de la téléphonie mobile à Tizi-Ouzou. Accusé de les avoir arnaqué en transférant l’équivalent de 30 000 dinars en crédit de communication vers un autre numéro que celui remis par ces réfugiés. L’agent a néanmoins apporté la preuve aux services de sécurité qu’il avait bel et bien transféré cet argent au correspondant que les Nigériens lui avaient indiqué. La plainte n’aurait finalement pas été prise en compte, a-t-on appris, mais cet incident a soulevé bien des soupçons chez les services de sécurité qui auraient enclenché une enquête sur cette pratique de transfert illégal d’argent vers l’étranger. Les sommes transférées quotidiennement peuvent s’avérer colossales, en ce sens que l’argent collecté par les seuls réfugiés installés dans la wilaya de Tizi-Ouzou, estimé à plus de 490 personnes, entre enfants et adultes des deux sexes, avoisinerait une moyenne de 245 000, 00 DA, soit près de 1300 euros/jour, en change sur le marché parallèle. Mais les autorités restent persuadées que la somme d’argent transférée en devise est supérieure à cette moyenne théorique établie suivant une supposition que chaque réfugié amasse 500 dinars/jour sur les trottoirs, dans les magasins et aux abords de la route. Ce qui paraît très loin de la réalité, d’autant plus que lors d’une opération menée à Azazga, il y a quelques mois, les policiers ont récupéré une somme de 240 millions de centimes sur la poignée de réfugiés qui rodaient dans cette ville. De l’argent qui aurait été collecté en moins de dix jours, croit-t-on savoir.
Mohand-Arezki Temmar
