Le cours de change officiel de la devise semble avoir amorcé une courbe ascendante irréversible. Le marché parallèle, quant à lui, vit des heures difficiles faute d’acheteurs en ce mois de juillet. La flambée des cours de ce marché est à l’origine de la stagnation des ventes des billets.
Les monnaies en devise les plus utilisées par les Algériens coûtent de plus en plus cher. Le déséquilibre, sciemment (ou faute de disponibilité) entretenu par les pouvoirs publics dans l’alimentation des banques en billets étrangers, conjugué au cycle ininterrompu de dépréciation du dinar, raffermissent d’avantage les cours. Hier, la monnaie unique européenne, l’euro, s’échangeait sur la place publique de Tizi-Ouzou à 192,5 dinars contre un euro à la vente, et à 191,5 DA à l’achat. Une cotation rarement atteinte, selon Ismaïl, «courtier» sur le marché noir. «L’euro est de plus en plus cher, certes, mais pour ce mois de juillet, le marché a stagné faute d’acheteurs», explique-t-il. Ismaïl précise néanmoins que «faute d’acheteurs, le cours a chuté cette semaine pour les trois devises les plus répandues sur la place». Rien que pour la devise de la zone euro, celle-ci est passée de 19,40 fin juin à 19,25 actuellement, selon le langage utilisé dans le milieu. Idem pour les dollars américain et canadien. Pour le premier, la perte en cotation est minime, puisqu’il s’échangeait à 169,0 dinars pour un dollars US fin juin, contre 168,0 dinars à l’ouverture du «marché» hier. Le second, quant à lui, a plus perdu en cotation puisqu’il était à 131,0 dinars pour un dollars CA fin juin, contre 127,0 dinars hier. Sur la cotation officielle de la banque d’Algérie, les records sont désormais battus, notamment pour l’euro et le dollar US. Ainsi, durant cette semaine qui s’achève aujourd’hui, l’euro est vendu dans les banques à raison de 130. 46, contre 129. 36 la semaine d’avant. Le dollar US est cédé à 114. 27 à la vente contre 107. 69 à l’achat, alors que le dollar canadien est vendu à 89. 72. «Les cours vont en augmentant, nous nous attendons à leur montée dès lundi (aujourd’hui, ndlr). Le dinar est en constante dépréciation, pendant que les devises se raffermissent à l’international», nous avoue un cadre d’une banque publique. L’envolée de ces prix comparativement au premier trimestre de l’année en cours où le dollars US, à titre d’exemple, se vendait à 163,0 maximum, a donné un coup de frein à ce marché. «La demande a véritablement chuté. Nous espérons tout de même qu’elle reprenne des couleurs durant le mois d’août avec le départ des pèlerins vers les lieux sains», nous dira avec un large soupir Ismaïl.
Tension sur le marché et réticences des courtiers
À quelques pavées de la boutique d’Ismaïl, dans laquelle il pratique son activité de courtier en devise, à l’instar de plusieurs autres «courtiers», qui font de leurs magasins des guichets de change, se dressent d’autres «mandataires de la devise». Ceux-là agissent à l’air libre. Ils tiennent lieu d’une placette qui porte depuis quelques années le nom de «place de la devise», ou «café de la devise», en référence au café maure dont la terrasse bordée d’arbres et qui s’étale sur une partie du trottoir fait office d’adresse pour ceux qui échangent les billets de banques. Hier donc, à 8h40. Deux des plus anciens «courtiers» de la devise sont déjà sur place. L’un au chapeau couleur noir corbeau se tient debout. Tantôt adossé à l’arbre, tantôt exécutant des pas saccadés. Il tient dans ses deux mains de petites liasses de billets de la monnaie algérienne. Il scrute de temps à autre les passants qui l’effleurent, croyant avoir affaire à un potentiel acheteur. Sa voix est à peine audible «devise, devise, devise », répétait-il comme un refrain. Son collègue, aussi ancien que lui, portant des chaussures de sport de couleur marron, paraît plus stressé. Il s’assoie, il se met debout, fait des vas et viens entre la terrasse du café et le trottoir d’en face qui pullule en cette matinée de premier jour de semaine d’une foule nombreuse. Des hommes et des femmes en âge de la retraite forment une file d’attente devant la porte de la banque BADR. C’est que la date du 23 de chaque mois représente pour ces retraités le jour de perception de leurs pensions. Renseignement pris, même les pensions de retraite des anciens immigrés sont perçues la dernière semaine de chaque mois. Le second «courtier» n’arrête pas de bouger, tenant dans sa main une grosse liasse de billets en dinars. Il compte et recompte son argent ! Près d’une heure plus tard, aucun acheteur ni vendeur de la devise ne s’est présenté à nos deux «courtiers». «Nous sommes habitués à connaître des jours de disette, mais pour cette fois-ci, ça ressemble à la saison des vaches maigres, le marché est moins animé qu’avant. Je ne peux vous expliquer pourquoi, mais cette situation rend quelques uns nerveux», nous confie l’un d’eux. Pour les plus avertis, la flambée des cours n’est aucunement la source de la frilosité du marché parallèle, qui reste l’unique pourvoyeur de la devise pour les Algériens qui voyagent pour des raisons de commerce ou de soins. «Le mois de juillet est connu pour être la saison idoine des arrivées en masse des immigrés qui ramènent avec eux l’euro. Ils inondent, en quelque sorte, le marché par la suroffre pendant que la demande reste telle quelle», tente de justifier l’autre courtier du «café de la devise». À dix jours du premier départ des hadjis vers les Lieux Saints, les tenanciers des cours de la devise sur le marché parallèle à Tizi-Ouzou ne désespèrent pas de voir les affaires reprendre leurs couleurs.
Mohand-Arezki Temmar
