TIMIZART Anarchie, absence d’espaces d’abattage et de stockage, hausse des prix des aliments… – La filière avicole en danger

Ces dernières années, l’activité avicole à Timizart, à 35 km au Nord du chef-lieu de Tizi-Ouzou, vit au rythme d’une déclinaison progressive, au regard de la baisse considérable de la productivité et la fermeture de plusieurs exploitations et poulaillers.

Un bilan paradoxal de la filière avicole est dressé. La commune, qui recèle d’importants moyens et ressources lui permettant de développer, de promouvoir et de faire de l’aviculture un vecteur central de son développement local, bute, hélas, sur plusieurs facteurs qui empêchent son essor. Le problème de la filière n’est pas lié, seulement, à la baisse de la capacité de production des éleveurs ou encore aux conjonctures circonstancielles qui peuvent affecter la prestation des producteurs de la volaille, mais aussi à l’organisation du secteur tout entier. Un secteur qui enregistre des dysfonctionnements récurrents dus principalement à la hausse des prix des intrants (aliments et produits vétérinaires), l’instabilité de marché du gros, la prépondérance de l’élevage clandestin, qui représente 90% de la production locale, et l’absence d’espaces d’abattage et de stockage dans la commune.

Mission impossible…

L’aviculture n’est pas seulement un métier ou un investissement quiconque, elle représente une ressource vitale de quoi survivent des centaines de familles de la région. Toutefois, depuis quelques années, tout le monde a tendance à fuir cette activité. Les aviculteurs ont du mal à supporter les charges de production devenues très onéreuses. La flambée vertigineuse des prix des aliments a sérieusement fragilisé cette activité. «C’est devenu pratiquement impossible pour l’éleveur d’engranger le moindre bénéfice, avec un poussin à 70 DA l’unité, l’aliment à 5 300 DA le quintal, sans parler des prix très élevés de produits vétérinaires et de différents frais liés à l’électricité et à l’eau. A l’arrivée, on est obligés de vendre notre produit au prix que nous imposent les spéculateurs, et croyez-moi, c’est perdu d’avance. Donc, j’ai décidé de transformer mes hangars pour l’élevage de chèvres. Au moins comme ça, je ne risque pas de perdre beaucoup d’argent, même si les bénéfices sont très minces», explique Mahieddine, jeune éleveur de Timizart, qui, après sept ans d’exercice dans le domaine avicole, a fait faillite. Il tente aujourd’hui de se relancer dans l’élevage des chèvres laitières. Pour le Dr Idir. S, vétérinaire exerçant dans la commune, «la pérennisation de cette filière stratégique passe par un accompagnement des producteurs locaux, tant au niveau de l’information et de la communication, dans le but d’inciter les éleveurs à intégrer le circuit légal, qu’au niveau de la structuration de la filière, à travers la mise à la disposition des producteurs d’espaces d’abattage et de stockage, ainsi que la régulation de marché en mettant à contribution l’ensemble des acteurs locaux. » Et d’ajouter : «Timizart est classée première commune productrice du lait à l’échelle nationale et elle regorge d’importants atouts agricoles, mais elle ne dispose même pas d’une subdivision agricole, d’une coopérative ou de n’importe quel service en relation avec le secteur de l’agriculture. Vous voyez le paradoxe ? Les agriculteurs de notre commune sont livrés à eux-mêmes».

La commune doit tirer profit de son potentiel

La commune de Timizart est incontestablement l’un des patelins les plus dotés naturellement de moyens et d’atouts agro-pastoraux, lui permettant de devenir le fief, par excellence, de l’aviculture à travers tout le territoire de la wilaya de Tizi-Ouzou et pourquoi pas à l’échelle nationale. Pour ce faire, estiment les plus avertis, les acteurs locaux, qui peuvent être les éleveurs, les fabricants d’aliments composés et les petits investisseurs du secteur avicole, doivent s’organiser davantage aux seins d’associations ou de comités, pour alerter les responsables, exposer leurs préoccupations les plus urgentes et participer à la réorganisation de la filière de la volaille au niveau local. Aussi, il est attendu des responsables du secteur de réagir, pour exercer leur droit de contrôle sur cette activité. Ce qui permettrait d’assainir la situation et de mettre fin à l’anarchie qui y prévaut. Une meilleure organisation du secteur passe, également, par l’intégration dans le circuit légal du marché informel, qui échappe au contrôle des structures de commerce et de l’inspection vétérinaire. Ce qui constitue à la fois un danger sur la santé des consommateurs et une grande perte en matière de recette fiscales pour la collectivité. La redynamisation de cette filière constituera, sans aucun doute, un véritable coup de starter pour la relance de développement local dans cette commune, à travers un investissement durable créateur de richesses et générateur d’emplois.

Ahmed Oulagha