Aïn Zaouïa L’ANBT interdit l’irrigation – Les agriculteurs désemparés

Dans la commune d’Aïn Zaouïa, le développement local ne peut reposer que sur le secteur vital qu’est l’agriculture. La commune recèle d’énormes potentialités en la matière.

D’abord, elle dispose d’un barrage d’eau qui pourrait irriguer jusqu’à cinq cents hectares de terres. Ensuite, des dizaines d’agriculteurs et de fellahs tentent, tant bien que mal, de donner de l’essor à ce secteur, notamment en ce qui concerne le développement des cultures maraîchères. En dépit de tout cela, une note provenant du premier responsable de cette retenue dépendant de l’ANBT, vient de tomber comme un couperet sur leurs têtes. Ladite directive interdit aux fellahs d’irriguer les cultures d’arrière saison, apprend-on. Ainsi, ils viennent d’être confrontés à une situation qui leur cause de nombreux dégâts d’autant plus que certains d’entre eux se sont déjà engagés dans les cultures maraîchères. Un investisseur, venu d’une autre localité de la wilaya pour planter plus de trente hectares de pomme de terre, est un exemple type de ce désarroi créé par la note de l’ANBT. D’ailleurs, celui-ci a quitté les lieux depuis que cette directive ait été affichée sur les lieux. Par ailleurs, les autres se plaignent de cette décision. «Certes, le niveau de l’eau a baissé mais cela est dû à sa mauvaise gestion. Lorsque le niveau avait atteint le trop plein, toute l’eau pompée se déversait dans la nature à cause d’une vanne en panne. Ce n’est pas tout. Le réseau d’irrigation réalisé au début des années 1980 est vétuste. Les conduites en amiante ne sont plus d’actualité. Il faudrait que les responsables du secteur rénovent le réseau», fulminera l’un de ces fellahs rencontrés sur place. Un peu plus loin, l’on apprendra qu’un cultivateur de luzerne n’a trouvé mieux que de débourser encore de l’argent pour irriguer son champ grâce à une tuyauterie qu’il aurait acquis à coup de millions de centimes, lui qui a investi dans l’élevage de vaches laitières grâce à l’apport de l’Ansej. «Est-ce qu’il va laisser son bétail mourir ? Il n’y a pas d’autres moyens que de recourir à l’irrigation même clandestine», ajoute la même personne. Il y a lieu aussi de signaler qu’à cause de la défectuosité du réseau, certains ne voient de solution que de recourir à l’irrigation à partir des oueds où parfois l’eau est polluée. C’est dire qu’il est temps de passer à la rénovation des structures de ce grand bassin qui pourrait booster la filière maraîchère dans sa diversité. «J’ai investi beaucoup d’argent, croyant que j’allais couvrir toute la région allant au moins des Ouadhias jusqu’à Tizi-Gheniff en passant par Draâ El-Mizan et Boghni en piment et en poivron», nous dira ce maraîcher dont les cultures se trouvent au contrebas de la RN30 vers Boghni. Et de nous faire part de sa mésaventure : «je recours à l’irrigation par le système du goutte à goutte. C’est un moyen fiable et efficace. Cela permet d’irriguer les plantes à leur pied et non sur les fruits et les légumes. Pour l’année dernière, j’ai maintes fois intervenu pour réparer les pannes du réseau. D’ailleurs, la récolte a été excellente. Pour un peu moins de deux hectares, nous avons récolté 1800 quintaux de piment et de poivron, à raison de 70 à 80 sacs de 25 kilos par jour. Malheureusement, cette saison, pour tous les problèmes signalés, nous ne récoltons que 25 sacs par jour. Nous ne savons plus à qui s’adresser. Que faire ? Pourtant, nous voulons donner à notre région un caractère agricole des plus rentables». Ce maraîcher pense, aussi, qu’en introduisant le goutte à goutte ne visait pas à devenir le pionnier en la matière mais tout juste un bon exemple pour les autres. Les fellahs de cette localité pourront remplir des pages de journaux pour exposer tous leurs problèmes. Certains d’entre eux évoquent le chemin qui mène vers cette étendue d’eau. «Est-ce vraiment une route pareille qui devrait desservir un tel ouvrage hydraulique ? Lorsque l’huile s’était déversée dans ce barrage, pour l’aspirer, les intervenants avaient trouvé d’énormes problèmes pour y arriver. Le bitume a entièrement disparu. En hiver, il est impraticable», insiste notre accompagnateur. Pour en savoir plus sur cet épineux problème et sur ce qui a été fait pour améliorer un tant soit peu le réseau d’irrigation, le maire M. Merzouk Haddadi, nous confiera qu’il n’a ménagé aucun effort mais en vain. «J’ai saisi par écrit toutes les parties concernées, à savoir ANBT, l’hydraulique, la direction de l’agriculture. Vous voyez que rien n’a été fait», nous répondra-t-il. Devant l’état de ce barrage en désuétude, le cri de détresse des agriculteurs est lancé. Aura-t-il un écho chez les hauts responsables pour encourager ces fellahs à aller de l’avant ?

Amar Ouramdane