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Mobilisation contre l’insécurité à Bouzeguène

C’est dans un silence pesant que des milliers de personnes ont marché, hier, dans les artères de la ville de Bouzeguène, pour dénoncer «l’insécurité et l’impunité», mais aussi pour exprimer leurs présence et soutien à la famille de Farid Allane, disparu depuis neuf jours.

La ville de Bouzeguène a été, à cette occasion, entièrement paralysée par la grève générale à laquelle a appelé, vendredi passé, la Coordination des 23 comités de villages de la commune. Commerces, écoles, entreprises, administrations et institutions publiques et privées ont tous répondu à l’appel de la grève, en gelant leurs activités durant toute la journée d’hier. «Non à la perte des valeurs humaines», «Justice sur l’assassinat du frère Kaced Arezki», «Exigeons la vérité sur nos disparus», «Halte au banditisme», «La vérité sur la disparition de nos frères et sœurs/Non à l’insécurité», étaient, entre autres, les slogans et mots d’ordre portés sur des banderoles. Celles-ci ont été brandies par les manifestants tout le long du parcours de la marche qui s’est ébranlée à 10 heures, près du CEM Hammadi Mohand-Saïd, pour parcourir plusieurs centaines de mètres avant de s’achever non loin du siège de la daïra. Initialement, les organisateurs avaient prévu le siège de cette institution territoriale pour y tenir un meeting, mais «l’exigüité des lieux, qui ne peuvent pas contenir toute cette masse venue manifester, nous a contraints d’improviser la scène du meeting en contrebas», nous a expliqué un membre du comité d’organisation. Durant le déroulement de la marche, aucun mot d’ordre ou slogan ne furent prononcés. Les 11 mille marcheurs, selon les estimations des organisateurs, ont observé un silence quasi-religieux, tel que prévu par la Coordination des comités de villages. Par cette silencieuse, les organisateurs disent vouloir exprimer leur inquiétude et leur peur face au climat d’insécurité qui pèse sur la population locale, mais aussi sur l’ensemble de la population de la wilaya de Tizi-Ouzou. «L’aârch de Bouzeguène s’est soulevé, aujourd’hui, pour dire assez à l’insécurité (…). Nous réclamons au Pouvoir de se pencher réellement sur cette région qui vit l’insécurité totale. C’est du terrorisme qui s’abat sur nous. Nous avons peur de sortir de chez nous», a tonné Khellaf Azwaw, porte-parole de la Coordination des 23 comités de villages de la commune de Bouzeguène, lors de sa prise de parole. Et d’expliquer les raisons ayant motivé cette population à sortir dans les rues : «Si nous sommes aujourd’hui dans la rue, c’est pour dénoncer ces rapts à ne pas en finir. Que ce soit à Bouzeguène ou dans les localités qui l’entourent, et même dans les autres communes et régions de la wilaya de Tizi-Ouzou, qu’il s’agisse d’un enlèvement d’enfant, d’un assassinat ou de kidnapping d’adultes, pour quelque motif qu’il soit, les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités et protéger leurs citoyens», a encore clamé l’orateur. Hormis les parents de Farid qui n’ont pas pris part à cette manifestation car «incapables de marcher vu leur état émotionnel», selon Belkacem, frère aîné du disparu, l’ensemble des familles des personnes disparues ou assassinées dans des circonstances troubles et mystérieuses ont pris part à cette marche. L’un des membres de la famille d’Ouidir Idjri, disparu en août dernier, a eu l’occasion, lui aussi, de parler et de réclamer la vérité sur la disparition de son frère. Même revendication portée par l’un des membres de la famille de Kaced Arezki, retrouvé mort dans des circonstances que d’aucuns jugent «troubles» et qui réclame toujours des éclaircissements de la part des services en charge de l’enquête. Aujourd’hui, personne parmi la population de Bouzeguène, ni même celle de Tazerouts, village natal et de résidence de Farid Allane, n’est en mesure d’expliquer la disparition soudaine de cet homme de 40 ans, il y a neuf jours.

Mahdjouba Aggab et M.A.T

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