Première escale à la maison de la culture Krim Belkacem de la tournée de la pièce théâtrale Ajebbani mise en scène pas Ahmed Ben Aïssa et adaptée de «Le Foehn – La preuve par neuf», œuvre de Mouloud Mammeri, traduite en kabyle par Nouredine Aït Slimane et Rabah Boucetta.
C’est avant-hier qu’a eu lieu cette première présentation en dehors du théâtre régional Kateb Yacine de la ville de Tizi-Ouzou. Il faut dire qu’à Azazga, l’assistance était faible. Les jeunes préférant suivre un tournoi de football organisé sur la nouvelle aire de jeux, juste en face de la maison de la culture. Peut-être aussi, parce que les Azazguis ne se sont pas encore imprégnés des événements culturels qu’on présente ou projette en salle. Il faut dire que le désert culturel a été fatal pour plusieurs régions et localités de la wilaya de Tizi-Ouzou, à tel enseigne que des pans de ces populations se sont morfondus dans des passe-temps outres que culturels ou artistiques. Qu’à cela ne tienne ! À chaque chose son début, et c’est par le Foehn qu’on a voulu entamer l’opération de culturation dans les importants centres urbains de la wilaya. À la levée du rideau, l’on découvre l’intérieur de la maison au décor berbère mais sobre, la mère Zohra incarnée par Hayat Tadjer, discute avec sa fille Aïni, rôle attribué à Kenza Talbi. Elles portent des habits traditionnels. C’est le couvre- feu et le fils Tarik, joué par Malik Fellag, n’est pas encore rentré. C’est inquiétant ! La mère essaie de dormir mais le sommeil ne vint pas. Une rafale de mitraillette fait monter la tension. Comment dormir dans ces conditions? Au petit matin, avec le chant du coq, Tarik s’amène saoul. Sa mère en colère lui dit : «Tu empruntes la voie de ton père !», mais soulagée de le voir vivant et devant elle, chez elle. Elle met son haîk blanc et va au travail. «Nous n’avons pas honte, c’est notre vieille maman qui continue de travailler pour nous, c’est une vie ça ?» dit sa sœur. Ces deux séquences captent l’attention du faible public. «Tu sais, avec tous mes diplômes, je n’ai pas trouvé de travail!», lui répond le frère qui, après un moment de silence, lui confie : «Je dois partir et je ne sais pas si je vais revenir vivant !» La fille aura compris et ne fait aucune objection. Tarik est encouragé par la mission dont l’a chargé Abane. La sœur aura compris le comportement de son frère. Omar, (Nourdine Ali Hamdane) un autre moudjahad, entre à la maison pour recevoir les instructions de Tarik pour assassiner le maire Brudieu, colon, grand propriétaire de plusieurs hectares de vigne à la Mitidja (rôle joué par Hocine Ait Gueni Saïd). Le décor change. C’est l’intérieur d’une maison française. Le maire entre et trouve sa fille Brigitte (Nacéra Benyoucef) et lui dit : «J’ai échappé à un attentat et c’est sûrement l’acte d’Abane». Insaisissable, il est craint par tous ! L’occupant est terrorisé. Il est constamment sur ses gardes. Le vignoble du maire est incendié et c’est la panique. Un collaborateur, Baldachi, mercenaire à la mitraillette (Nourdine Krim) annonce au maire : «Tarik est arrêté !» C’est le silence dans la salle et la joie sur scène. On fait entré le prisonnier. Mains liées derrière le dos, chemise déchirée, tâchée de sang, visage enflé et yeux cernés. Assis droit sur la chaise, malgré la première séance de torture, il ne dit rien, ne dénonce personne. Il fait face avec courage et militantisme à ses tortionnaires qui tentent la carte Brigitte, la fille du maire puis de Giovani (Amouri Dihia), épouse de Baldachi et maîtresse du maire pour le séduire et lui soustraire les informations sur le plan d’Abane. Imperturbable, il ne perd pas la tête et ne tombe pas dans le piège. La mère et la sœur furent introduites dans la salle du maire. La fille du maire, avocate, contre toute attente, change de camp et défend le prisonnier en dénonçant les conditions de sa détention. La mère et la sœur encouragent le prisonnier à garder le secret et «s’il faut mourir, il faut mourir en homme !» Dans sa furie, le maire dégaine son pistolet et lui tire à bouts portants dans la tête. Il s’écroule de la chaise. Des youyous de la mère et de la sœur emplissent la salle.
M. A. Tadjer

