Les artisans bijoutiers font face à de multiples difficultés et n’arrivent plus à exercer leur métier. Ce qui, à la longue, pourrait mener à la disparition de cet artisanat, l’une des fiertés de la wilaya.
C’est également le gagne pain de centaines de famille à travers toute la région. «A Ath Yenni, quand le bijou va, tout va», nous disait un artisan rencontré lors de la dernière édition de la Fête locale du bijou. Pour comprendre les raisons de ce déclin annoncé, nous avons rencontré plusieurs artisans bijoutiers qui disent tous craindre de voir leur métier disparaître si les mesures nécessaires ne sont pas prises rapidement. «Nous faisons face à des problèmes monstres, à commencer par l’indisponibilité de la matière première. Agénor ne nous en procure plus depuis 2012. Nous arrivons à en trouver chez des fournisseurs privés, mais à des prix exorbitants. Le kilo de corail est à 8 millions de centimes et celui de l’argent dépasse les 10 millions. Les contrôleurs de la qualité nous harcèlent pour poinçonner nos produits, mais nous n’avons pas de factures à présenter car nous achetons chez le privé», confient-ils. «La location, les différents frais, les impôts, en plus de la concurrence déloyale de marchands ambulants qui proposent des produits contrefaits à des prix dérisoires font que nous nous roulons les pouces à longueur de journées. Nous demandons aux responsables concernés de veiller à ce que la matière première soit disponible et de mettre un terme à la concurrence déloyale des produits chinois et indiens contrefaits qui envahissent le marché. Nous espérons également l’ouverture prochaine d’une maison de l’artisanat», appellera de ses vœux un bijoutier de Tizi-Ouzou. Un artisan d’Ath Yenni insistera : «En plus du manque de la matière première et de sa cherté, nous dénonçons avec désespoir l’impact néfaste du marché parallèle et des produits contrefaits sur notre activité. La location nous revient par ailleurs excessivement cher et il est impératif d’ouvrir la maison de l’artisanat. Mais pour cela, il faut une véritable volonté politique». Et de préciser : «Nous avons ouvert une boutique à Paris pour justement faire connaitre notre artisanat en France et dans le monde, mais pour faire sortir nos produits c’est un véritable parcours du combattant. Résultat : nous sommes contraints à fermer la boutique d’ici la fin de l’année. Tout est une question politique. Le jour où on voudra réellement préserver cet artisanat, les mesures seront faciles à prendre», lâchera l’artisan. Pour saisir l’ampleur des dégâts dans le secteur, il n’y a qu’à faire un tour du côté de la douane (chef-lieu de Tizi-Ouzou), on y constate en effet une débauche de produits contrefaits.
Hocine T
