Si la zaouïa Cheikh Benderahmane, dans l'Aârch N'Ath Smail à Bounouh, fut, durant des années, un lieu de transmission de la Tariqa Errahmania, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
En effet, les fêtes religieuses, comme El Mawlid Ennabaoui hier, ne sont pas célébrées comme il y a quelques années de cela. Cette zaouia, aujourd’hui, est en désuétude et cela a commencé au début des années 90 avec l’avènement du terrorisme et du «salafisme», une période durant laquelle elle fut fermée pour diverses raisons. Certes, avec le retour de la sécurité, des bienfaiteurs l’ont restaurée et dotée de classes et de dortoirs. D’ailleurs, elle a repris du service au milieu des années 2000. Plus d’une trentaine de «talebs» reprit le chemin, pour apprendre le coran et les autres sciences religieuses. Cette zaouia abrita même un colloque national l’an dernier en présence du ministre des affaires religieuses et des «wakfs», comme M. Mohamed Aissa. Cependant, ces derniers temps, il semble que la zaouia est livrée à elle-même. «Pour le moment, deux groupes se disputent sa gestion. Aucun comité religieux n’a encore obtenu son agrément. D’ailleurs, dernièrement, un groupe de quatre personnes avait été surpris en train de voler de l’argent déposé dans le coffre du mausolée et furent présentés, par conséquent, à la justice», nous confiera un citoyen du village. Par ailleurs, il nous dira que, durant le mois de Ramadhan dernier, il y eut une dispute entre l’imam et des membres d’un comité non-agrée. Du jour au lendemain, tout commence à manquer dans ce lieu de culte à telle enseigne que la plupart des «talebs» ont quitté les lieux. Il ne reste encore sur place qu’une dizaine qui ne tarderait pas à partir, si la situation de leur école n’était pas redressée. «Ils n’ont pas de nourriture et de chauffage. Ils vivent dans des conditions très difficiles, notamment en ce début d’hiver», enchaînera notre interlocuteur. Celui-ci regrettera que l’ Aârch N’Ath Smail n’ait pas intervenu, afin de protéger cette zaouia. «Il faudrait que tout le monde se lève, pour libérer ce lieu de culte de tous les conflits qui l’entourent», insistera-t-il. L’imam de cette zaouia nous dira aussi: «Ce n’est pas normal qu’une zaouia, qui accueillait jusqu’à deux cents «talebs» au milieu des années 80, se retrouve, aujourd’hui, prisonnière de plusieurs conflits. Je me rappelais de cette belle époque lorsque, sous la houlette de notre maître Abdellah Hadjaz, nous apprenions le coran nuit et jour dans la discipline totale et dans une grande sérénité», nous dira cet imam que nous avons approché. Il ajoute aussi: «M. Abdellah Hadjaz a dirigé cette zaouia durant quarante ans sans aucun problème. Tous les imams qu’il avait formés sont en poste actuellement dans, pratiquement, la plupart des mosquées à travers le territoire national». Il est temps de redorer le blason de cette zaouia qui porte le nom d’un homme qui, en son temps, transmit sa «tariqa» même dans les pays du Sahel.
Amar Ouramdane

