Le point du jour – Lounis Aït Menguelet, le ménestrel inépuisable…

S. Ait Hamouda

Le poète tient du prophète, dans ses dits, dans ses pensées, dans son sens du sens, pour ainsi dire. Le poète possède la capacité de formuler le monde et la vie en une métaphore, dans un magma éclaté d’allégories et d’images, ici belles et là laides. Et pour moi, il n’y a pas de lumineux et de sombres faiseurs de vers, il y a les poètes et ils se reconnaissent par dessus-tout. Ils sont la voix de leurs pays, de leurs peuples et la voix, la plus intime, qui dicte la manière d’appréhender les choses de l’existence. Cela ne veut pas dire qu’il voue aux dieux du dit le culte des mots recherchés, mais il est par son être, corporel et spirituel en osmose totale, en symbiose, en harmonie avec ce qui le porte dans les contrées les plus escarpées, les plus impénétrables, les plus insondables. Et il vogue selon son humeur, sa tristesse, ses joies, selon un ton, une intonation, une mesure d’égale profondeur pour toucher la fibre sensible en chaque femme et en chaque homme. Il me souvient que dans ma prime jeunesse je l’écoutais, et lui, c’est Lounis Aït Menguellet. Je continue inlassablement à l’entendre avec le même sérieux, la même ferveur et les mêmes emportements. C’est dire que Lounis a le sens de la réplique et de la répartie, et il s’en sert sans parcimonie mais avec la sagesse d’un grand poète, d’un ménestrel hors du commun dans le parler kabyle. Il est un lecteur insatiable et averti, il lit de tout avec une fougue et non sans sens critique. Il refuse de s’impliquer dans ce qui ne le regarde pas en tant qu’artiste, poète et musicien. Beaucoup de gens aiment la quintessence des trois. Il est réaliste, humain, jusqu’au fond de son âme. Il arrive à effacer, par la seule intonation de sa voix, les bleus à l’âme, le blues et les différentes épreuves qui se déclinent dans le cheminement de l’homme. Rien ne saurait, mieux que Lounis, soulager des turbulences qui nous accablent.

S. A. H.