La Dépêche de Kabylie

Retour sur le parcours du martyr…

Aucun autre dirigeant nationaliste n’a pesé autant sur le destin collectif national qu’Abane Ramdane. L’assassinat de l’architecte de la révolution algérienne, le 27 décembre 1957, par ses compagnons d’armes dans une ferme de Tétouan au Maroc, constitue une étape importante dans la dérive autoritaire et militaire qu’a connue notre pays et a ouvert la voie à une longue série de liquidations physiques des principaux dirigeants de la révolution algérienne de Chaabani à Mohamed Boudiaf, en passant par Khider, Krim et autres. Une pratique qui s’est installée dans les mœurs politiques de notre pays et qui a coûté la vie à ses enfants. Il est évident qu’Abane Ramdane a été sacrifié sur l’autel des ambitions politiques et la responsabilité du triumvirat Belkacem, Boussouf et Ben Tobbal, appelé communément les 3B, ne fait pas l’ombre d’un doute. Même si certains doutent de la responsabilité de Krim Belkacem dans cet assassinat, le témoignage du colonel Amar Ouamrane, compagnon de route de Krim, affirme l’impossibilité pour Boussouf et ses sbires de franchir le pas et de procéder à l’étranglement d’Abane sans le consentement de Krim. Les rapports tendus qu’entretenaient Abane et Krim étaient autant d’éléments qui plaident pour l’implication directe, ou pour le moins indirecte, de Krim. Un regard lucide et sans état d’âme doit être fait, pour tirer les enseignements des erreurs du passé. Abane dérangeait et dérange encore. Le principal rédacteur de la charte du congrès de la Soummam a doté la révolution algérienne d’institutions fédératives, sans l’exclusion d’aucunes tendances ou courants du mouvement national, à l’instar du Comité de Coordination et d’Exécution (CCE) et du Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA), ainsi que la réorganisation politique, militaire et administrative du pays qui ont été les premiers jalons de la future République Algérienne Démocratique et Populaire. Les recommandations du congrès de la Soummam, quant à la primauté du civil sur le militaire, de l’intérieur sur l’extérieur, ainsi que l’objectif d’un état national qui ne soit inféodé ni à Moscou, ni à Paris, ni à Washington, ni au Caire témoignent de la lucidité et la clairvoyance de son rédacteur. Ferhat Abbas, premier président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA), écrivait dans son livre, «L’indépendance confisquée», qu’«Abane Ramdane a eu le grand mérite d’organiser rationnellement notre insurrection, en lui donnant l’homogénéité, la coordination et les assises populaires, qui lui étaient nécessaires et qui ont assuré la victoire». L’enfant de Azouza (commune de Larbaa N’Ait Irathen), qui a vu le jour le 10 juin 1920 a pris connaissance précocement de l’injustice que subissait le peuple algérien et a commencé à militer très tôt au sein du PPA-MTLD. Après avoir obtenu son baccalauréat au lycée de Blida, il opte pour la vie professionnelle, pour venir en aide à sa famille. Il occupa la fonction de secrétaire général de la commune de Chelghoum Laid. Responsable de l’Organisation Spéciale (OS) à l’Est du pays, il sera arrêté en 1950 aux lendemains du démantèlement de cette organisation et sera condamné à 5 ans de prison. À sa libération en janvier 1955, Krim Belkacem et Amar Ouamrane vont chez lui, à Azouza, et lui demandent de prendre la direction politique de la révolution algérienne. Abane accepte et commence à structurer une révolution qui était, jusqu’à son arrivée, dirigée d’une manière qu’il qualifia, lui-même, d’amateurisme. Il convainc les différentes tendances du mouvement national, à savoir l’UDMA de Ferhat Abbas, du Parti Communiste Algérien et les Oulémas, de rejoindre le Front de Libération Nationale à titre individuel dans un souci d’unité nationale et dans le but ultime est l’indépendance nationale. Après la bataille d’Alger, son arrestation puis la mort de Ben Mhidi, il a du gagner Tunis, avant qu’il ne tombe dans le traquenard que lui ont tendu ses frères d’armes. Ce n’est que le 29 mai 1958 que le journal «El Moudjahid», organe de la presse qu’il a créé, annonce qu’Abane Ramdane est tombé au champ d’honneur.

I. M.

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