Le secteur artisanal, autrefois la plus grande entreprise de la Kabylie, a aujourd’hui perdu sa consécration d’antan.
Potiers, couturiers, tisserands, forgerons ou encore vanniers sont tous aux abois en raison des difficultés socioéconomiques. Ces métiers, grâce auxquels des familles arrivent à subvenir à leurs besoins, sont nombreux et se pratiquent à domicile. Touchant plus particulièrement les femmes et quelques retraités en quête d’arrondir les fins de mois, ces créneaux, créateurs de richesses et d’emplois, méritent toutes les considérations. À travers les villages et les hameaux de la Kabylie, le tissage artisanal, qui est de loin l’activité la plus prisée par la gent féminine, est incontestablement en tête des activités. La robe kabyle, par exemple, est produite en une quantité quasi-industrielle. Portée autrefois uniquement par les femmes kabyles, elle est, aujourd’hui, la préférée des Algériennes, particulièrement durant les fêtes. Sa notoriété a même dépassé les frontières, surtout en Afrique du Nord où elle a gagné beaucoup de terrain de par son originalité, ses couleurs et ses contrastes. Dans les milieux ruraux, certains jeunes en ont fait un excellent créneau et gèrent de réelles micro-entreprises donnant, du coup, une opportunité pour des dizaines de filles de travailler à domicile. Ces jeunes promoteurs arrivent à écouler leurs marchandises à travers toutes les wilayas du centre, et parfois même à Oran ou encore à Constantine. Dans la région de Maâtkas, la couture traditionnelle a même pu surclasser la poterie en matière de production pour la simple raison que ce dernier art traditionnel n’est plus rentable comme autrefois. Cette dernière activité est, en effet, en déclin, nonobstant les quelques résistances qu’elle affiche encore dans certains villages, comme Ighil Aouène, Aït Aissa Ouziane, Aït Ahmed, Takhribt et El-Bir. «Elles se comptent sur les doigts d’une seule main les potières qui exercent encore et elles sont toutes âgées !», dira un commerçant des produits artisanaux de Maâtkas, en soulignant également que «la jeune génération ne veut plus prendre la relève». La vannerie est aussi un art qui s’achemine tout droit vers une extinction, et ce, même dans sa propre capitale de Betrouna, au Sud de la ville des Genêts. «Ce n’est plus rentable ! Les vanniers ont tous changé d’activités. L’importation de la matière première, depuis L’Espagne, est devenue un parcours du combattant», explique un villageois de Betrouna qui a déjà travaillé dans ce secteur. Le burnous et le tapis perdent aussi du terrain face à l’invasion du tissu chinois. L’activité artisanale, qui devrait surtout être encouragée, demeure mal répertoriée et souvent non déclarée.
Amayas Idir
