De par une popularité acquise au prix d’un parcours politique honorable suivi de 7 ans de guerre sans faille et d’une modestie exemplaire post-indépendance, son nom revient sur toutes les lèvres des citoyens, notamment des moudjahidine qui l’ont côtoyé et des jeunes pour qui son histoire jalonnée de succès a été contée, à chaque fois que l’on commémore des événements de la guerre de Libération nationale dans la vallée de la Soummam, région où il a activé pendant toute la période de guerre. Le moudjahid Fedal Ahmed, connu sous le nom de guerre de commandant Si Hamimi, a rendu l’âme il y a de cela deux ans, plus précisément le 26 mars 2004, pour être enterré le 28 mars au carré des martyrs à El Alia, Alger, où il repose en paix aux côtés de ses anciens compagnons d’armes avec qui il a partagé des joies et des peines. La région de Béni Maouche, wilaya de Béjaïa, s’apprête à lui rendre un vibrant hommage. Cette année encore vient d’être remise sur le tapis la revendication légitime formulée l’année passée aux autorités locales par les moudjahidine et sa famille, pour la réalisation d’une stèle à la mémoire du héros au cimetière des chouhada du chef-lieu de la commune de Béni Maouche, sur cette terre qui l’a vu naître, grandir et mourir !Né en 1923 dans le village Aguemoune, commune et daïra de Béni Maouche dans la wilaya de Béjaïa, dès son jeune âge, l’amour pour la patrie l’a guidé à militer dans le mouvement national et, à 22 ans, il a participé dans la région de Kherrata au soulèvement du 8 mai 45, où il a été repéré par l’armée française qui l’a incorporé d’office au service militaire et affecté au 19e bataillon à la caserne d’Hussein Dey à Alger, où il a rencontré des jeunes algériens nationalistes qui partagèrent les mêmes convictions avec qui il a entamé un travail de propagande à la faveur de la libération du pays. Libéré avant terme, le 17 octobre 1946, suite à la victoire des alliés sur l’Allemagne, il a vite rejoint le PPA/MTLD où il active sous la direction de Larbi Oulebsir, représentant du parti dans la vallée de la Soummam et depuis, il n’a cessé de sensibiliser les citoyens pour rejoindre le mouvement national. Pour les préparatifs du déclenchement de la révolution, il a participé avec 11 de ses compagnons à une réunion qui s’était tenue à Ighil Ouadhou près de son village natal dans la commune de Béni Maouche, dans la maison d’un martyr où ils ont décidé de la formation de groupes de 4 moudjahidine chacun. Dans son groupe, figurent Saâdi Med Ourabah, Touahri Ali et Hudjal Med Chérif. Son groupe, grâce à la connaissance du terrain, avait mené plusieurs embuscades tendues à l’ennemi qui s’en suivirent souvent d’affrontement sanglants, lesquelles étaient toujours jalonnées de succès. Comme elles étaient nombreuses, on ne peut énumérer que quelques unes. Pour affaiblir l’ennemi, il fallait commencer à se débarrasser de ses alliés dans les douars serait l’objectif tracé par son groupe et la première action fut la tentative d’assassinat du caïd Nacer de Béni Mouhali. N’arrivant pas à le liquider en raison d’un arsenal militaire déployé dans cette localité le jour de l’opération, son groupe a pris sa revanche sur le parc communal où il a incendié deux engins des travaux publics. Ce moudjahid de la première heure a vite gagné l’estime de son chef, le colonel Amirouche qui fit de lui son homme de confiance dans la vallée de la Soummam. En dépit de son niveau scolaire très faible, Si Hamimi a pu obtenir le grade de commandant grâce à son héroïsme et sa bravoure. Lors d’une rencontre avec Amirouche, tenue le 18 juillet 1955 à Ath Amar Ouzeguane, ils avaient décidé de la refondation du groupe où Arezki l’Aurassi a été nommé chef et Si Hamimi comme son adjoint. Le 18 août 1955, le groupe de Si Hamimi, recevant une information des citoyens sur un éventuel passage d’une autorité française (El Hakam), au lieudit Délaga, a tendu une embuscade, dans l’accrochage qui s’en était suivi, deux moudjahidine ont trouvé la mort. Malgré ces pertes humaine, les deux chefs avaient été félicités par le colonel Amirouche qui leur a signifié que cette opération est un acte politique important pour la révolution. Continuant son acharnement contre les troupes françaises dans des combats qui font souvent rage, le 17 septembre 1955, le groupe avait surpris, par des tirs nourris un convoi de la gendarmerie au lieudit Sahel, dans la commune de Seddouk. Depuis, l’endroit est baptisé : « Le pont de gendarmerie ». Le 15 février 1956, le groupe avec un effectif de 130 hommes a tendu dans la région de Bordj Bou-Arréridj un guet-apens à une patrouille de l’armée française. Le traquenard bien préparé s’était soldé par d’importantes pertes humaines et matérielles pour l’ennemi. Beaucoup de soldats éliminés, 18 armes de guerre récupérées et 3 soldats capturés. Son groupe s’est distingué aussi, lors de la tenue du congrès de la Soummam, à Ifri Ouzellaguen. Le colonel Amirouche avait fait appel à lui pour assurer la sécurité des congressistes. Le 17 octobre 1957, dans une bataille livrée à l’ennemi au lieudit Iamourène, dans la commune d’Akbou et qui a duré de 6h du matin jusqu’à 21h, Si Hamimi a échappé à la mort mais, néanmoins, a été blessé à la jambe, ce qui lui a valu quelques mois de convalescence. Lors de l’opération Jumelles, le général Massu avait décidé d’une opération de grande envergure de traque des moudjahidine en faisant passer au peigne fin tous les maquis de la Kabylie, son groupe a pu passer les mailles du filet tendu à plusieurs reprises par les paras. Ne baissant pas les bras, le 7 août 1959, le groupe a livré une bataille sans merci à l’ennemi entre Tansaout et Bouhamza, qui s’était terminée par plusieurs pertes humaines du côté des paras français. Après l’indépendance, le vaillant moudjahid, hormis un mandat de député, n’avait pas occupé de fonctions de l’Etat, mais n’a cessé de répondre présent quand on lui demandait d’animer des conférences sur notre glorieuse révolution.
L. Beddar
