La population de Felden, commune de Chellata se plaint de l’isolement du village provoqué par la coupure de son unique route, emportée par un glissement de terrain après les dernières pluies de l’hiver. Un message écrit a été remis, nous indique-t-on, au wali de la wilaya de Béjaïa où les 200 citoyens de ce gros bourg de montage lancent un SOS à l’autorité suprême de la région pour agir en urgence et mettre fin au calvaire vécu par les travailleurs, les lycéens et les écoliers contraints d’aller à pied sur une longue distance pour sortir du village et rejoindre la RN 26A, important axe routier reliant Akbou à Tizi Ouzou par le massif du Djurdjura. C’est au lieu-dit Alma-Gwadif, un virage en épingle et en forte pente, qui surplombe un ravin, que la route est coupée sur un segment de plus de 30 mètres de long. Aucun panneau indicatif signalant le danger, aucun garde-fou ni barrière de protection ne sont visibles à cet endroit. Cette chaussée affaissée constitue un péril mortel permanent pour tout voyageur qui ne connaît pas l’endroit. Les gabions qui soutiennent la chaussée et le talus en amont ont été retirés pour permettre aux petits véhicules de passer, avec beaucoup de difficultés. Ni camion ni tracteur ne peuvent emprunter cet unique accès pour ravitailler les commerces malgré le petit muret érigé en aval de la chaussée par les services communaux. De nombreux citoyens confient leurs inquiétudes. Parmi eux, S. H., notable : « La fissure de la route a commencé il y a plus de quatre ans, la population avait alors organisé un volontariat et ramassé des tonnes de pierre pour soutenir la chaussée en aval. La mairie, qui devait faire les travaux, n’a pas bougé le petit doigt. C’est dire que l’autorité locale est informée du problème depuis longtemps. La catastrophe était prévisible », déclare-t-il. Et un autre d’ajouter : « C’est parce que nous ne sommes pas satisfaits de la solution qu’offre notre APC, que nous sommes allés voir le wali. La mairie propose la réhabilitation d’une vieille piste du génie militaire colonial, abandonnée après l’indépendance à cause de sa pente et de son impossible utilisation en hiver et en période de mauvais temps. C’est peut-être la solution la moins coûteuse pour l’APC, mais un faux dénouement et une grande complication pour la population qui verra son itinéraire détourné par Fethone et ses coûts de transport multipliés par deux. Il suffira d’une averse de plus pour que le village soit coupé du monde. C’est en sorte une solution saisonnière provisoire et ou n’en veu pas ». Un troisième citoyen renchérit : « Il y a d’autres solutions plus humaines. La piste de Takhlijt qui sort sur Mliha sera praticable durant toute l’année avec quelques travaux d’élargissement et de petits ouvrages d’art. Elle n’a pas de pente et traverse nos propres terres. C’est une solution de rechange moins onéreuse que celle qu’à retenue l’APC. La piste qui mène vers la zone industrielle d’Akbou peut également constituer une bonne issue. La réparation de la route actuelle qui s’est affaissée, demeure la meilleure des solutions même si financièrement on nous dit que ça coûtera cher. Nous nous sommes toujours pris en charge seuls, au nom des valeurs kabyles, de Nif et de Horma. Nous avons réalisé sans aucune aide institutionnelle le château d’eau, le cimetière de chouhada, l’assainissement du village, la conduite d’eau potable du mont Boukriche et d’autres travaux d’utilité publique ! Pour une fois que nous sommes réduits à demander quelque chose depuis 1962, on nous répond que c’est trop cher ! Il n’y a que la vie du citoyen qui n’est pas chère dans ces montagnes ; notre patience a des limites. «
« Associer les citoyens à toutes les démarches »
Joint au téléphone, M. Maïbech, président de l’APC de Chellata, dira que « M. Smaïl Belhadj, représentant de l’association sociale du village, a remis le message des villageois, dont j’ignore la teneur, au wali de Béjaïa et d’ajouter pour expliciter la version de l’APC à propos de la prise en charge de la précoccupation des villageois : « Deux solutions sont retenues » : la solution à court terme qui évitera l’enclavement dans la réhabilitation et l’élargissement de la piste la plus courte et la moins coûteuse qui donne sur Fethoune. Une enveloppe de 210 millions de centimes est dégagée pour ce faire. A moyen terme la correction du tracé de la route actuelle constitue la solution définitive. Une équipe de topographes viendra cette semaine pour faire les relevés nécessaires à l’étude d’un nouveau tracé qui évitera la zone affectée par le glissement de terrain. Nous avons déjà touché les propriétaires des terrains avoisinants, certains sont réticents,mais nous sommes optimistes. Une enveloppe financière de 7 millions de dinars sera débloquée pour le nouveau tracé. Nous sommes à l’écoute de la population. Nous associons les représentants des villages dans toutes nos démarches. L’audience que nous a accordée le wali, le 7 mars dernier, à laquelle nous avons associé un notable de Felden, est la preuve de la transparence de notre ligne de conduite. Une commission de la DTP de Béjaïa est passée à notre insu pour évaluer le problème sur le terrain. Nous faisons des démarches afin qu’elle revienne pour une sortie avec les représentants de Felden en vue d’étudier la possibilité de promouvoir la piste sortant sur Takhlijt comme le désirent les citoyens de ce village. Au demeurant le problème du glissement de terrain concerne deux autres villages, Ighil-Goumsed et Taourirt Tala Mellal, que nous prenons en charge au même titre que celui de Felden. Dans l’attente d’un heureux dénouement, les travailleurs, les lycéens qui descendent journellement dans la vallée de la Soummam et les malades qui doivent être évacués sur l’unique hôpital de la région, prennent leur mal en patience. Toutes les autorités semblent mobilisées pour parer au plus pressé à court terme et mettre en œuvre des solutions durables pour le long terme. Les citoyens craignent cependant que la solution provisoire soit en fait l’unique et que la réparation de la route principale soit renvoyée aux calendes grecques. Il y a un manque de confiance de la population dans ses élus malgré la bonne volonté de ces derniers.
Rachid Oulebsir
