Par Djaffar Chilab
Ainsi donc ce qui n’était qu’une appréhension, est-il en passe de devenir un risque avéré ? Jusque-là c’est même un fait réel puisque les clés d’accès au bouquet TPS, distillées à travers Internet au jour le jour ne tiennent pas plus de vingt-quatre heures. Cela dure maintenant depuis une semaine déjà et les spéculations vont bon train sur cette fameuse rupture des chaînes du second bouquet français, particulièrement prisées par les Algériens. Ces derniers qui se sont accommodés à cette «brochette» de chaînes où ils trouvaient l’essentiel de leurs désirs, que ce soit en images d’informations, de sport, de cinéma, et autres même s’ils nourrissent toujours une énorme frustration du cryptage des kiosques de Canal + se sont retrouvés depuis la semaine dernière privés de cette fenêtre privilégiée. Désormais, toutes les TPS, BRTV incluse, ne répondent plus. C’est l’écran noir ! La grande frustration !Ils sont des millions en Algérie, au Maroc ou encore dans une partie de l’Europe de l’est ou le signal satellitaire du bouquet est décrypté à l’usage de terminaux équipés de cartes pirates, plus connus dans le langage de la rue par l’appellation des «démos flashables», à subir la grande frustration. En Kabylie où on n’a plus accès à l’unique chaîne qui «parle au Berbères dans leur langue», le désarroi est encore plus pesant. «On était tellement habitué… C’est difficile à subir, et c’est encore davantage terrible à vivre. Nos vieux et nos vieilles qui ne comprennent que le kabyle admettent mal la chose, eux pour qui cette chaîne représente tout. La majorité des foyers kabyles dormaient et se réveillaient avec cette chaîne. Aujourd’hui ils sont en émoi. Y a plus rien. C’est comme si on s’est remis à nous priver de parler notre langue maternelle”, commente cet homme d’un âge moyen. Il est fonctionnaire à la wilaya de Tizi-Ouzou, donc d’un certain niveau d’instruction mais c’est à peine s’il ne lâche pas qu’il s’agit là d’une… sanction politique. Il faut dire que la BRTV représente beaucoup pour la population de la région. Voir son village, son chanteur préféré du coin, ou juste l’animateur lui lire les informations en kabyle est encore un luxe dont on découvre à peine la réjouissance. Du jour au lendemain tout s’envole comme dans un rêve, d’où la lumière du matin vous tire sans sommation. «Si au moins on pouvait acquérir ces fameuses cartes d’abonnement !», s’exclame-t-on. Chose qui n’est pas évidente, et à la portée de tous. Car pour remédier à la fâcheuse situation, il faudra d’abord s’équiper d’un nouveau terminal à cartes à quelques 15 000 DA, et ensuite se procurer cette petite plaque cédée par la chaîne à 50 Euros. De plus, elles ne sont pas pour l’heure distribuées en Algérie. La même contrainte vaut aussi pour les cartes TPS qui elles tourneraient entre les 30 000, et 70 000 DA et rien n’est garanti ! La hantise de perdre à jamais…la première Ligue anglaiseChez les jeunes branchés, la frustration est d’un autre genre. «J’espère que les pirates ne nous décevront pas. Sinon où pourra-t-on revoir Chelsea, Morinho, Henri, Arsenal, et la première ligue ? Ce n’est pas possible je préfère qu’on me prive de nourriture que du championnat d’Angleterre». Zidane, ce beau gosse constamment connecté, ne blague pas. Il ne parle que de ce souci chez son ami Maïdi, un disquaire qui tient une boutique en plein Centre-ville de Tizi-ouzou. Il est aussi un accro du cinéma. Inutile de vous ressasser son double dépit mais il a bon espoir en les crackers. «Ils le trouveront ce code, c’est une question de temps. Ils sont forts !». Le même esprit anime les nombreux vendeurs de terminaux de la ville. Ils sont conscients qu’ils vendent du matériel presque en fraude alors ils préfèrent parler dans l’anonymat. «Non ! Les ventes n’ont pas été affectées. Le client sait que même s’il n’y aura plus de TPS, il aura toujours plus de choix qu’avec un «démo» analogique. Il a pas mal de bonnes chaînes en plus. Il a Action, RTL 9 pour le cinéma par exemple, Eurosport, Real Madrid TV, OLTV, et plusieurs autres pour le sport. Et puis un jour ce code sera cracké. C’est vrai que ça a l’air sérieux puisque d’habitude, en 24 heures la nouvelle clé tombe mais ce n’est pas la première fois que ça arrive de la sorte non plus», commente ce jeune tenancier d’une boutique d’électroménager qui évoque la dernière vaste opération de cryptage lancée par TPS en fin d’année 2004. “Ca a duré juste quelques jours. C’est en fait des trucs dont nous les Algériens on en profite mais sinon ça se passe entre les Français et les Asiatiques. D’un côté il y a les patrons des télévisions, et de l’autre les gros bonnets de l’industrie des terminaux pirates. Au milieu, les petits génies financés sous la table, directement ou indirectement, par les uns et les autres. En Algérie, on est juste consommateur. Notre génie se limite à découvrir les sites, et bien lire les clés sur Internet. Les crackers sont généralement soit chinois, soit russes, ce sont les plus renommés”. En attendant, la clé au jour le jour sur le NetLes crackers eux, sont déjà à pied d’œuvre depuis les premières heures qui ont suivi la disparition des chaînes sur les écrans, pour déjouer cette dernière vaste opération anti-piratage initiée par TPS, la seconde importante du genre. Par le passé, le changement du code se faisait par semestre avant d’être ramené à chaque mois en réplique à l’offensive des pirates. Les filous faisaient alors flasher leurs receveurs mensuellement moyennant la somme de 100 à 200 DA. Ce qui n’est plus le cas depuis la semaine dernière. Et c’est la grande hantise de ne plus rien revoir de ces chaînes prisées. Car avant cela, il y a eu la disparition des Multivision qui remonte à bien au-delà. A quelques deux mois si ce n’est plus. Mais ça n’a pas provoqué autant de désarroi, la «brochette» ayant déjà perdue sensiblement de sa substance depuis sa perte des droits exclusifs de diffusion des matches de la première ligue française au profit de Canal +. Maintenant que plus rien ne répond, la frustration est amplifiée. Du coup, les téléspectateurs restent suspendus en attendant des jours meilleurs, qui risquent de tarder avec cette fusion dans l’air entre les deux bouquets qui semble avoir abouti à une disponibilité mutuelle pour faire face, unis à la concurrence des pirates mais aussi à la cherté d’acquisition des droits exclusifs de diffusion des manifestations sportives, de cinéma, et autres événements importants. Ajouter à cela ces nouveaux modes de distribution de l’image en vogue ces dernières années. Mais cela n’est pas du tout le souci du citoyen non-résident. En attendant le craquement du fameux code qui jusque là semble bien tenir, les plus férus se retrouvent alors, comme c’est le cas des algériens, obligés de réintroduire à chaque matin la nouvelle clé dans leur terminal pour faire réapparaître momentanément les chaînes sur leur téléviseur. Une pratique à laquelle n’a pas accès le simple consommateur qui ne jouit pas d’une petite maîtrise dans la spécialité. Néanmoins, pour l’heure, c’est la seule alternative qui accorde ce privilège de revoir…Kamel Tarouihth à l’écran. Pour y parvenir ce n’est pas pour autant une entreprise impossible à réussir soi-même. Il suffit d’aller sur l’un des sites libres spécialisés, en vogue sur le Web et s’informer de la nouvelle clé à 32 caractères renouvelée au jour le jour. Pour hier c’était «47 52 77 4B 72 E2 09 46 DF 65 D1 27 0D A6 10 BF». Le code doit être à chaque fois inséré dans le tableau de flashage du récepteur correspondant au bouquet TPS. Pour avoir ce fameux tableau sur par exemple un «démo» de marque Cobra, type Master Sat CB 1200, il suffit de taper deux fois le chiffre 82 sur le petit clavier de la télécommande. Apparaît alors un certain nombre de combinaisons. Il faut ensuite introduire la clé récupérée sur Internet de telle sorte à répartir respectivement les trente-deux caractères sur les deux lignes, seize caractères chacune, réservées aux codes de décryptage de TPS. La dernière étape se limite à confirmer les rectifications apportées en appuyant sur le bouton de sélection des chaînes. Et vous avez de nouveaux les chaînes TPS avec les Multivision pour 24 heures. C’est toujours mieux que rien, en attendant le grand crachement… Le “Cobra 6600” ou le pirate de luxePendant ce temps, la guère du décryptage et de la piraterie n’a jamais pris de répit. A l’intérieur de cette effervescence qui s’est emparée de l’univers de la télévision numérique, des systèmes anti-pirates qui ne cessent d’être améliorés, et de plus en plus renforcés pour atténuer la fraude et le manque à gagner accusé par la pratique de la piraterie aux groupes de télévisions, les crackers eux aussi ne sont pas restés en spectateurs. Il semblerait qu’ils sont, même, parvenus à monter un beau joyau capable de décrypter même les programmes de Canal +, selon ce vendeur bien initié dans le domaine. Le terminal, le «Cobra 6600» équipé de compartiments pour cartes non officielles est dit-on, capable de décrypter aussi les programmes de Art, Arabesque, Nova, Mtv, et les Sky italiennes notamment. Il est d’ailleurs bien mis en évidence sur un site qui se veut un espace de réclame pour la marque sur le Web. Il y est également proposé les étapes à suivre pour flasher les «démos» de cette marque qui a pris de l’essor en matière de vente des récepteurs dits «libres». le petit bijou encore méconnu du large public consommateur est cédé à moins de 18 000 DA, et le prix va sans doute baisser avec le temps. Autant dire que la bataille est loin d’être finie pour cette conquête aux chaînes satellitaires françaises…et ça fera sans doute encore craque…craque ! Les Algériens en sont, dans leur majorité, convaicus.
D. C.
