Si les maisons éparses de part et d’autre du chemin wilayal 24 à l’entrée de la localité n’attirent pas l’œil du voyageur, ou paraissent insignifiantes, il n’en est pas de même pour les octogénaires d’aujourd’hui, qui racontent que les ancêtres de ces lieux étaient autrefois unis en l’une des plus célèbres familles du aârch Ath Leqser. Ath L’hadj Boudjemaâ, est en effet le nom de cette famille ancestrale qui vivait sous la conduite d’un vieux sage, Hadj Boudjemaâ, d’où l’appellation de celle-ci. Ce type de commandement a établi dans un esprit de fraternité, l’union de plus de sept dizaines de personnes pour une communion de vues et de nécessités de la vie. Une sorte de cohésion qui lui permettait, de surcroît, de rester unie face aux actes de brigandage et de pillage de ses biens et de ses propriétés. De part son attachement indissoluble à la terre, ses richesses se mesuraient à l’entassement de grandes quantités de vivres comme le blé, l’orge et plusieurs silos souterrains. Outre cela, la possession de centaines de têtes de bétail de races caprine et ovine. Une famille vouée à vrai dire à une vie géorgique, laborieuse et munificente. Mais ce qui faisait le plus sa réputation à cette époque, c’étaient la grandeur de sa générosité, ses gestes de charité et son aimable hospitalité pour tous. Toutes ces vertus et ces valeurs lui ont donné sa notoriété et hissé à un rang socialement élevé : voyageurs, mendigots et pauvres errants originaires de la région, ou venus de loin ont plus d’une fois trouvé le gite et le couvert auprès de cette famille particulièrement accueillante. Mais elle subit dans les années 40, ce qu’elle prit en ce temps-là pour une malédiction divine, la maladie de typhus, qui en l’espace d’une quarantaine de jours emporta plus d’une quinzaine de personnes. On serait tenté de croire à une punition puisque cette maladie ne s’est pas propagée ailleurs qu’en ces lieux et n’a même pas contaminé les foules de gens venues d’autres villages assister aux veillées funèbres et aux enterrements. En somme, une hémorragie qui a plongé cette famille dans les affres de plusieurs deuils insupportables. Toutefois, des années après s’être relevée de ces terribles pertes, la Guerre de libération a son tour lui causa encore de grands préjudices. Suspectée d’apporter aide et gite aux gens du maquis, elle fut alors la première famille du aârch victime de bombardement et à qui, on a détruit, incendié maisons et tous les vivres de réserve durant l’année 1958. Aujourd’hui, même en ces temps d’une Algérie indépendantes sa descendance pareillement à ses ancêtres, joue de malheur, puisqu’elle n’a bénéficié d’aucun projet susceptible de lui apporter un minimum de confort et de commodités. Outre l’électrification de son périmètre, tout reste, à vrai dire, dans son état primitif. Somme toute, l’aménagement en eau potable, les mesures de salubrité publique sont des priorités que ces habitants souhaitent voir poindre un jour à l’horizon.
R. Debakhe
