Jadis, le métier de tuilier était très convoité. Aujourd’hui, avec le développement de l’industrie, il a disparu, mais ses traces restent encore visibles.
On retrouve encore les anciens et mythique fourneaux et les objets qui servaient à la fabrication des tuiles «kabyles» comme on les appelait pour les différencier des tuiles européennes, notamment anglaises. La commune de Boudjima regorge de ces lieux remplis de souvenir de cette activité humaine hautement respectée autrefois. A Aguemoun, dans la forêt séparant les communes de Boudjima et Ouaguenoun, au lieu-dit Tamadaght Bwulmou, les fourneaux existent toujours, et dans un état bien conservé. Aménagés pour brûler les tuiles fabriquées avec de l’argile rougeâtre, ces fourneaux portent encore les traces du feu. Il est vrai qu’il faut les débusquer dans la forêt dense, mais les seniors se souviennent encore des places. En effet, les plus âgés relatent encore comment étaient fabriquées les tuiles qui sont encore disposées sur de nombreuses maisons dans la région. Un d’entre eux raconte qu’il a travaillé avec son père sur les lieux. D’ailleurs, il a fait part, en détail, de la méthode utilisée pour la fabrication : le tuilier moulait d’abord l’argile rougeâtre avec de l’eau pour qu’elle devienne malléable. Ensuite, il découpait un morceau qu’il étale sur son bras jusqu’à ce qu’il prenne forme. Le bras du fabricant faisait ainsi office de moule. Un procédé ingénieux pour ainsi dire. Posées par terre délicatement, les tuiles sont séchées d’abord au soleil avant d’être mises au fourneau où elles passent plusieurs nuits et jours. Ensuite, elles sont sorties et transportées jusqu’au village où elles ont été commandées. Cette façon de faire des anciens a prévalu jusqu’au années 70. Depuis lors, les tuiles modernes, appelées «anglaises», ont fait leur apparition. Plates, elles ne ressemblent guère aux tuiles locales. Petit à petit, celles-ci prennent le dessus. Et c’est finalement toute la configuration architecturale locale qui a changé. Aujourd’hui, de ces tuiles fabriquées par les bras des ancêtres, il n’en reste plus beaucoup. Il est vrai que leur beauté n’apparaît dans tout son éclat que lorsqu’elles couvrent une maison en pierre. Ce qui n’est pas le cas de nos jours. Les maisons sont en ciment et toutes peintes. Bien que les temps aient eu raison de ces fabriques rudimentaires, il n’en demeure pas moins que leur sauvegarde est d’une importance capitale. Ce patrimoine témoigne de l’activité de nos ancêtres qui ont su innover sans toucher à l’environnement. Une industrie des tuiles qui n’a jamais manifesté le besoin d’une énergie non renouvelable. La fabrique n’avait besoin pour son fonctionnement que de l’argile, de l’eau, des efforts physiques, de l’ingéniosité et d’un bras.
Akli N.

