La Kabylie au rendez-vous !

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La célébration du Printemps berbère a été, cette année encore, riche en couleurs, en actions et en activités à travers les différentes contrées de la Kabylie.

La veille du 20 avril, soit jeudi dernier, des étudiants de l’université de Béjaïa ont battu le pavé pour commémorer cet événement. Peu nombreux, les manifestants ont scandé, tout au long de leur marche, des slogans en rapport avec la promotion de tamazight et la généralisation de son enseignement à l’école et son intégration dans les institutions de l’Etat. Ils ont également dénoncé «les manœuvres visant à folkloriser le 20 avril». Les manifestants ont aussi défendu, lors de leur action, «le caractère latin» pour la transcription de tamazight. Il s’agit, estiment-ils, «d’un legs de Mouloud Mammeri et de ses disciples». Dans la journée d’hier, vendredi, les rues de Béjaïa ont « accueilli » deux autres marches, l’une «officielle» regroupant des employés de la direction de la culture et de la DJS, et la deuxième a été organisée par les militants du MAK. Ces derniers, par leur action, ont réitéré leurs slogans habituels. Scindés en quatre carrés, les militants du MAK, dont la marche s’est élancée depuis le campus de Targa Ouzemmour, ont relayé chants et cris hostiles au pouvoir. Arrivés sur la placette Saïd Mekbel, des prises de paroles ont été improvisées par les organisateurs. Il est à signaler que toutes les manifestations de rue organisées à l’occasion du 38e anniversaire du Printemps berbère se sont déroulées dans la sérénité. A Tizi-Ouzou, une marche a été également organisée hier à l’appel du MAK. Peu nombreux que d’habitude, les marcheurs ont parcourus leur itinéraire (de l’université Mouloud Memmeri au centre-ville) dans le calme et la bonne humeur. Le long du parcours, ils ont alterné chants (de Matoub dont plusieurs portraits ont été brandis) et cris des louanges pour Tamazight et hostilités au pouvoir en place.

Des activités variées à Kherrata

La célébration du 20 avril à Kherrata a été marquée par un programme diversifié d’activités culturelles et sportives à l’initiative de l’association «Tadoukla» de la localité d’Ighil-N’Tahar, sise au village de Djermouna. Les festivités commémoratives de ce rendez-vous ont été lancées dans la matinée d’hier par une exposition d’objets traditionnels issus de la culture ancestrale berbère. L’après-midi de la même journée a été consacrée à l’exhibition d’arts martiaux par le club local, suivie de chorales et chansons kabyles animées par la troupe «Amal» de Tiaouinine. Les jeunes adhérents à la dite association ont aussi présenté des pièces théâtrales sur le thème de tamazight. La tombola et les remises de cadeaux aux lauréats des différents concours culturels ont clôturé les festivités, avant d’offrir une collation aux invités et aux participants, et ce, au niveau de l’école primaire d’Ighil-N’Tahar.

Un programme lancée depuis le13 avril à Aïn Zaouïa

Comme tous les établissements de jeunes de la wilaya, la maison de jeunes Larbi H’sissène, du chef-lieu communal, a été au rendez-vous pour fêter le 38e anniversaire du Printemps amazigh (20 avril 1980). Un programme d’activités a été lancé depuis le 13 avril dernier. Pour commémorer le 61e anniversaire du bombardement du village Ath Maâmar, dans la grappe de villages de Boumahni, la maison de jeunes a organisé, en collaboration avec le comité de village, une pièce de théâtre. Par ailleurs, un tournoi de football a été organisé sur l’aire de jeux d’Aïn Zaouïa-village, plus précisément tout près de la tombe du défunt Rabah Aïssat, ex-P/APW de Tizi-Ouzou, assassiné le 12 octobre 2006 par un groupe armé. C’est toute une symbolique en hommage à cet homme intègre, enseignant et défenseur de la langue amazighe. La finale entre les jeunes et les vétérans s’est jouée avant-hier. Au sein de la maison de jeunes, ce sont des expositions et des activités variées qui ont sont tenues depuis le 16 avril. C’est dire que la maison de jeunes Larbi H’sissène, connue pour son adhésion totale à des rendez-vous comme celui-ci, n’a pas désempli, surtout que juste à côté de cette structure, se trouvent une école primaire et un collège d’enseignement moyen. «Nous avons de la danse, des pièces théâtrales, des expositions, tel l’historique du 20 avril, des coupures de journaux, ainsi que les portraits et acteurs de ce mouvement», dira un cadre de la jeunesse auprès de cet établissement. En outre, une troupe du théâtre Kateb Yacine est montée sur scène pour jouer la pièce «Amet Ihi !» (Meurs, donc !), écrite par Salem Amrane, devant un public nombreux parce que, dans cette région, les journées théâtrales organisées chaque année ont su éveiller, aussi bien chez les enfants que chez les adultes, l’amour du quatrième art. D’ailleurs, le public a apprécié, non seulement, le contenu, mais aussi le jeu des comédiens. «Nous avons l’habitude d’assister à des pièces théâtrales. Mais, pour celle-ci, je vous dirais que nous avons eu de vrais professionnels», s’est réjoui un fan de théâtre. Les activités se sont poursuivies toute la journée d’hier (vendredi) avec la suite du programme, à la clé une autre pièce théâtrale et un gala artistique, animé par le groupe de la maison de jeunes Larbi H’sissène, qui se distingue par les prix remportés à l’échelle de wilaya, alors que dans les villages, les associations étaient de la partie avec, chacune, un programme aussi riche que varié. Chaque association a célébré à sa manière cet événement historique dans la lutte pour le recouvrement de l’identité amazighe, à travers de nombreuses générations.

à la mémoire de Si Salem Ramdane à Souk El-Tenine

Les deux APC de la daïra de Maâtkas, en collaboration avec le mouvement associatif, ont commencé par rendre hommage aux militants de la cause amazighe et des hommes de culture de la région. La tombe de Saïd Boukhari a été fleurie à Maâtkas, Ali Brahimi et Hocine Hettal n’ont pas été oubliés. Dans la placette du chef-lieu communal de Souk El Tenine, une grande exposition a été tenue avec la participation de plusieurs associations, notamment Tafath qui a excellé par la présentation d’œuvres réalisées par des personnes en situation d’handicap. Les jeunes amateurs d’arts martiaux ont gratifié le public par de sublimes démonstrations à ciel ouvert. De la poésie, du théâtre et des projections ont eu lieu au grand bonheur des jeunes assoiffés de connaitre la symbolique, la chronologie et la genèse du Printemps Berbère et Noir de 1980 et de 2001. Pour la journée d’aujourd’hui, un cross communal est prévu à la mémoire de feu si Salem Ramdane, un fervent militant du front des forces socialistes (FFS) et défenseur de la culture amazighe. Plus de 500 athlètes vont participer à ce cross et toutes les catégories sont concernées. L’APC et certains donateurs ont assuré des cadeaux aux 52 futurs lauréats de la course.

Carnaval en tenues traditionnelles à Mechtras

La maison des jeunes de Mechtras, au sud de Tizi-Ouzou, a été également au rendez-vous. Les festivités ont été lancées depuis le 17 avril dernier avec un inter établissements avec la participation des maisons des jeunes d’Assi Youcef et d’Ath Mendès. Au menu il y avait de l’animation, de la poésie, de la chorale, de la danse et des devinettes. Hier encore, la maison de jeunes de Mechtras n’a pas désempli durant toute la journée. Dès le matin, les filles et les garçons ont assuré un carnaval en tenues traditionnelles qui s’est ébranlé depuis le CFPA jusqu’à la maison des jeunes sise au centre-ville. Une exposition-vente de robes kabyles, de bijoux, de la cuisine culinaire et surtout de fromage artisanal produit par une artisane d’Ath Mendès était, également, maintenue avec la participation de plusieurs artisans. Pour la journée d’aujourd’hui et en plus de l’exposition, il est prévu un grand hommage qui sera rendu aux artistes de Mechtras, entre autres, Kaci Imghour, Rachid Ferhati, Ali Mouzaoui et Ahmed El Hadi.

Laâziv, Chabet et Boumerdès se sont mises de la partie aussi

Des manifestations et activités culturelles ont été organisées, hier, à l’occasion du 38ème anniversaire du Printemps berbère ainsi que du printemps noir de 2001, dans plusieurs régions de Boumerdès. À Laâziv (Naciria), des centaines de personnes ont marché dans la ville pour commémorer le double anniversaire des Printemps berbère et noir. La coordination locale de l’Arch N’Laâziv a appelé à marcher et à commémorer l’événement et à faire de l’occasion une date symbolique de lutte pour la démocratie et l’émancipation des libertés. «Le combat identitaire et culturel ne doit pas être à l’écart de notre mouvement pacifique depuis des décennies. Nous n’allons pas oublier, également, ceux qui ont toujours lutté pour un État de droit, pour l’amazighité et l’émancipation sociale», dira l’un des meneurs de mouvement. La procession humaine a sillonné tous les axes routiers de la ville dans un climat de sérénité et le devoir de commémoration à ceux qui ont perdu leur vie, notamment durant le Printemps noir. Les manifestants ont brandi des banderoles sur lesquelles on pouvait lire, entre autres, «Yella welbad yella wellacit, Yella welbad wlacit yella», «Assa azeka Tamazight tella tella», «Gloire à nos Martyrs». Des slogans anti pouvoir ont été, également, scandés tout au long de la marche, «Ulac Smah Ulac», «Justice pour les martyrs du Printemps noir»… Durant toutes les haltes marquées, des minutes de silences ont été observées à la mémoire des martyrs de la cause berbère. À Ammal, une commune du Sud-est de la wilaya, plusieurs activités notamment des expositions de photos, ont été organisées au niveau du village Tizza, à lesquelles des dizaines de personnes y ont assisté. L’association Thafat a, d’ailleurs, concocté un programme riche en activités. À Chabet El Ameur, plusieurs festivités commémoratives et initiatives de jeunes dans les villages ont été aussi organisées. Du même qu’à Afir, où des activités culturelles retraçant le combat et la lutte identitaire ont été organisés au centre-ville. À Boumerdès, et comme à l’accoutumée, les étudiants des facultés de l’université de Boumerdès ont manifesté pour commémorer le double anniversaire. Ils ont réclamé la reconnaissance de la composante berbère en tant qu’élément de la base de la société algérienne et la reconnaissance de la journée du 20 avril de chaque année comme étant une fête nationale et journée fériée.

D. S., Slimane Zidane, Amar Ouramdane, Y. Z. et H. T.

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