Avant-hier mardi, le marché des véhicules d’occasion d’Aomar, un des plus importants de la wilaya de Bouira, était plutôt animé. Des dizaines de revendeurs y ont pris place très tôt le matin, et certains étaient là dès 4h du matin.
à cette heure-ci du matin, il y a peu de clients. Le marché ne commence à se remplir qu’à partir de 7h. Or, les connaisseurs sont unanimes à dire que les bonnes affaires se font très tôt le matin. Il se trouve même que le gros des ventes et surtout les meilleures se font tôt dans la matinée. Passée une certaine heure, le marché a tendance à s’animer mais en réalité il n y a pas beaucoup de transactions. Mais ces derniers temps, la situation a été complètement chamboulée. Au marché d’Aomar comme d’ailleurs au niveau d’autres comme celui de Tidjalabine dans la wilaya voisine de Boumerdès, l’un des plus importants du centre du pays, ou à El Koléa, à l’ouest d’Alger, les transactions ont diminuées. Il faut dire que l’affichage des prix de sortie d’usine des véhicules neufs montés en Algérie, a eu des retombées néfastes sur les ventes de véhicules aussi bien les neufs que ceux d’occasion.
Baisse de fréquentation de moitié
Cette atmosphère était palpable avant-hier mardi au niveau du marché d’Aomar. Un marché, qui contrairement aux apparences qui le donne à première vue comme bondé de monde, a connu selon les initiés, une baisse de fréquentation. Les quelques habitués de ce marché sont unanimes à le confirmer. «D’habitude, il est difficile de se frayer un chemin au niveau du marché tellement il y a du monde. Mais aujourd’hui (mardi, ndlr), le marché est presque vide», nous confie un revendeur de Tizi-Ouzou, un habitué du marché des véhicules d’occasion d’Aomar. Notre interlocuteur estime que le taux de fréquentation a baissé de moitié ces dernières semaines. «Beaucoup de revendeurs ont déserté le marché car d’une part il n’y a pas de vente et d’autre part, les prix ont nettement chuté comparativement à ce qu’ils affichaient il y a de cela quelques mois», explique le même revendeur. Et d’ajouter : «la plupart des revendeurs préfèrent temporiser en attendant un retour à la normale des cours des véhicules».
Stagnation des ventes
à cette baisse de fréquentation du marché, s’ajoute une stagnation des ventes. La preuve, durant les trois heures que nous avons passées dans ce marché, nous n’avons assisté à aucune transaction. Cette tendance a été confirmée par les dires de plusieurs revendeurs. Hamid, un revendeur de Bouira croisé à Aomar confiera qu’il est arrivé sur place vers 6 h du matin et durant sa présence, aucune vente n’a été conclue. Lui-même repartira du marché vers 10 h sans qu’il n’ait réussi à vendre son véhicule. Selon notre interlocuteur, les clients passent, jettent un coup d’œil au véhicule, demandent le prix et quelques renseignements puis repartent. D’autres repassent, essayent de négocier le prix pour vite laisser tomber. Même son de cloche chez Madjid, un revendeur venu de Tizi-Ouzou. Selon ce dernier, des clients font le tour du marché et proposent même des prix mais au final, aucune transaction n’est menée à terme ou conclue. Il nous est arrivé à plus d’une reprise d’assister à un regroupement de clients autour d’un véhicule, mais tout ce beau monde finit par se disperser au bout de quelques minutes. A en croire certains revendeurs rencontrés au niveau de cette aire de négoce, revendeurs et clients sont réticent à l’idée d’acheter ou de vendre. Du coté des revendeurs, les prix proposés sont en deçà des espérances et il est préférable d’attendre. Du coté des acheteurs, la conjoncture est propice pour proposer des prix à la baisse quitte à plomber les ventes et le marché.
Chute sensible des prix
De l’avis de beaucoup de revendeurs, les prix ont beaucoup chuté. D’aucuns affirment que la tendance est à la baisse depuis quelques semaines. Pour illustrer cette situation, Madjid le revendeur de Tizi-Ouzou parle d’une chute des prix avoisinant 10 parfois 20 millions de centimes. Le prix qu’on lui a proposé pour sa Renault Symbol de 2018 monté à Oued Tlelat dans la wilaya d’Oran est de 167 millions de centimes. La voiture, une 1.6 l essence n’a que 500 km au compteur. Selon lui, ce véhicule frôlait les 180 millions de centimes il y a quelques mois. «Les prix ont chuté de près de 20 millions de centimes. Moi personnellement je ne suis pas prêt de céder le mien à 167 millions. J’en exige plus», déclare Madjid. Ce dernier est venu avec un autre véhicule chinois de marque Chang de 2006. Il dit qu’on lui a proposé 36 millions de centimes. Mais lui il estime que son prix se situe aux alentours de 54 millions de centimes. Hamid, le revendeur de Bouira venu vendre sa Golf de 5èmegénération s’est dit très déçu du prix proposé. Le prix est de 85 millions de centimes. La Golf est de 2006 et elle est en très bon état. C’est une 2 litres de 140 chevaux. Elle affiche 310.000 km au compteur. «Le prix qu’on m’a proposé est dérisoire compte tenu de l’état du véhicule. Mais que voulez-vous faire c’est ça le marché. En tout cas, je ne céderai pas ce véhicule à moins de 102 millions de centimes», soutient notre revendeur. Vers 9h30, la Golf atteignait péniblement les 92 millions de centimes. Lors de notre tournée au niveau du marché, beaucoup de revendeurs ont confirmé cette tendance baissière des prix des véhicules. Un algérois dira que le prix de 104 millions de centimes qui lui a été proposé pour sa Kia Picanto de 2008 ne correspond pas au prix réel du véhicule. Ce véhicule essence qui affiche 83.000 km au compteur était proposé à un prix beaucoup plus élevé que celui proposé mardi dernier. Nous avons continué notre tournée du marché, et nous sommes tombés sur une Toyota Yaris de 2005 affichant 280.000 km au compteur. Selon son propriétaire, un jeune de Boumerdès, il lui a été proposé 85 millions de centimes. Par contre, lui estime que le prix de vente se situe à 107 millions de centimes. Il y a également cette Toyota Starlet de 1999 négociée à hauteur de 52 millions de centimes. Son propriétaire n’est pas prêt à la céder à ce prix. Une Kia Picanto de 2016, une toute option, affichant 63.000 km au compteur, est proposée à la vente à 150 millions de centimes. Son propriétaire indique que des clients lui ont proposé juste 143 millions de centimes. Tous ces revendeurs sont unanimes à confirmer, et la chute des prix, et la stagnation des ventes. D’ailleurs, tous sont repartis bredouille en espérant que les choses évoluent. Il faut dire aussi que depuis l’interdiction de l’importation des véhicules, instaurée par le gouvernement, les véhicules d’occasion ont pris l’ascenseur. Mais cela n’a pas empêché les gens d’acquérir ces véhicules d’occasion. Ces derniers font en fait les frais d’une campagne de boycott visant à l’origine les véhicules neufs fabriqués localement. En l’état actuel des choses, et à moins d’une évolution de la situation dans les prochains jours, la campagne de boycott semble impacter sérieusement les marchés des véhicules d’occasion lesquels sont confrontés à une baise de fréquentation, une stagnation de ventes et surtout une chute des prix.
Djamel Moulla

