«L’écriture est une activité «somnanbulesque»

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La Dépêche de Kabylie : Comment êtes-vous venus à l’écriture ?Mohand Chérif Zirem : Depuis mon plus jeune âge, je m’intéresse à l’écriture. Les contes avaient bercé mon enfance, au point que je ne pouvais pas dormir sans qu’on me raconte une histoire. Ma mère a su me faire aimer la littérature orale kabyle. Chaque soir avant de fermer les yeux, je voyageais avec les fameux personnages : Loundja, Aouaghzen et tant d’autres. Avec le temps, je découvre que je peux accéder aux plaisirs des mots par le truchement de la lecture. Je me mets alors à lire. Les petits livres pour enfants furent mes premières lectures. Certains d’entre-eux sont gravés dans ma mémoire à jamais comme “Le chat botté”.Lorsque j’avais onze ans, j’ai lu le Saint Coran, un livre qui m’a vraiment marqué. Au-delà de la spiritualité qu’il véhicule, son style poétique et hors-pair me fascine et me donne la volonté d’écrire. C’est ainsi que sont nés mes premiers poèmes en langue arabe. Les années passaient et je n’ai guère cessé d’écrire, en arabe puis dans ma langue maternelle en kabyle et enfin en français, tout en me consacrant à la lecture. Comme on a une bibliothèque chez nous, j’ai pu lire une armada d’auteurs des quatre coins du monde. J’ai lu Mammeri, Feraoun, Malek Haddad, Maupassant, Abou Nouas, Omar Khayyâm, Victor Hugo, Kateb Yacine, Rimbaud, Eluard, Neruda, Faulkner, Dostoïevski, Ernesto Sabato, Mondiano et bien d’autres.

Parlez-nous de votre livre qui vient de sortir.“Les Nuits de l’absence” est un recueil de poésie que j’ai écrit durant les quatre dernières années. C’est des fragments de ma mémoire. Dans le jardin de l’université, dans un bus, dans un café, dans mon lit, là où me tient l’inspiration, je tente d’écrire un poème. Des choses terrifiantes se sont passées dans notre pays et partout dans le monde. Je ne peux pas rester indifférent à l’égard du malheur d’autrui. A travers mes écrits, j’exprime le malaise et la déchéance des millions de gens qui souffrent en silence.La violence en Algérie, en Palestine, en Irak ou ailleurs a fait d’innombrables victimes, dans des guerres absurdes comme toutes les guerres. Dans mes écrits journalistiques ou littéraires, j’essaie toujours de dire que des millions de personnes sur cette terre peinent à vivre, ou plutôt à survivre. J’ai aussi rendu un grand hommage aux martyrs du Printemps noir 2001. Je suis persuadé qu’un jour, l’Algérie se démocratisera et les sacrifices des filles et des fils du pays de Kateb Yacine auront raison de tout. Dans mon livre, le spleen a une forte présence, cependant l’espoir aussi a sa place, car sans espérance point de vie à envisager. L’amour nous procure ce qu’il y a de plus merveilleux dans l’existence et nous permet de rêver, même si les chemins des songes sont souvent vertigineux.

Quelle est votre conception de l’acte poétique ?Je pense que la poésie est l’âme de l’écriture. Une œuvre littéraire est bien aboutie lorsqu’elle contient de la poésie et c’est l’avis de plusieurs critiques littéraires. Personnellement, je ne retravaille pas mes poèmes, je préfère qu’ils gardent la forme du premier jet. Ceci pour toucher à l’esthétique du texte, mais ne trahit pas le substantiel du poème. Ecrire en général et faire de la poésie en particulier est une activité “somnanbulesque”, à peine consciente. Si dans tous les genres littéraires, le texte est un chantier ouvert, la poésie garde la saveur de sa première naissance comme la brise d’un matin printanier.

Quelle appréciation faites-vous de la littérature algérienne actuelle ?Dans les trois langues dans lesquelles s’expriment les écrivains algériens (tamazight, le français et l’arabe), je trouve une qualité littéraire indéniable. Beaucoup d’auteurs commencent à s’affirmer, même si les médias et les pouvoirs publics continuent de les ignorer. Il est temps de consacrer de l’espace à la chose culturelle.

Qu’est-ce que vous lisez actuellement ?Comme j’adore la poésie, ces derniers temps je me consacre à la lecture des poètes arabes anciens, tels que Abu Nuwas et Imrou El Kïas. Actuellement, je lis El Khansa, une grande poétesse.

Quels sont vos projets d’écriture ?L’écriture poétique occupe presque quotidiennement mes carnets. C’est très important pour moi. En outre, je me suis mis à écrire un roman. Je laisse le temps au temps pour tenter d’accéder à mon subconscient. Peut-être que ce livre sera prêt dans quelques mois ou quelques années.

Propos recueillis par Boualem B.

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